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Parce que… nous sommes renvoyés à notre propre enfance

«Je l’aime, bien sûr, mais souvent il m’exaspère… J’ai l’impression qu’il cherche à me pousser à bout!» Myriam, à propos de son fils de 2 ans.

«Avoir un enfant, c’est devenir responsable vingt-quatre heures sur vingt-quatre, et c’est d’abord cette hyperresponsabilité qui nous pèse, affirme la psychanalyste et psychologue clinicienne Lyliane Nemet-Pier. Elle est d’autant plus lourde à assumer qu’elle s’articule avec une aspiration à la liberté égoïste et à la jouissance immédiate.» Par ailleurs, cette responsabilité et l’autorité qui en découle sont plus ou moins bien assumées selon l’histoire de chaque parent, précise-t-elle. Ce qui nous «dévore» le plus, c’est moins l’enfant que notre propre histoire: «Par leurs cris, leurs rires ou leurs caprices, nos enfants nous interpellent sans cesse, à notre corps défendant, dans ce que nous n’avons pas réglé de notre propre passé. C’est pour cela qu’ils sont à la fois passionnants et épuisants: ils nous obligent à nous mettre à nu et à régler nos comptes avec notre enfance.» Prendre conscience de ce mécanisme de projection est fondamental pour assumer son rôle de parent avec moins de culpabilité. Lorsque l’enfant nous «pousse à bout», c’est aussi pour tester la résistance du cadre qu’on lui propose et, ainsi, se sentir sécurisé.

Parce que… nous avons peur du conflit

«Chaque soir après l’école, on doit négocier pendant des heures pour qu’elle accepte de faire ses devoirs!» Sophie et Pierre, à propos de leur fille de 11 ans.

«Aujourd’hui, les parents sont fréquemment dans un rapport de séduction avec leurs enfants parce qu’ils les ont, souvent, beaucoup désirés, dit Lyliane Nemet-Pier. De ce fait, ils ne supportent pas l’idée d’être en conflit avec eux.» Pourtant, si la violence n’apporte rien de positif, le conflit, qui consiste à prendre une position ferme et à voir l’enfant s’y opposer, est utile. «Cela lui permet de trouver sa place, de s’affirmer dans son individualité, mais surtout d’apprendre à dire sa colère avec des mots, et non avec des gestes ou des cris», indique la psychanalyste. Le cadre éducatif doit l’aider à canaliser ses pulsions. «Et puis le conflit est l’occasion pour le parent de rappeler qu’il est le capitaine du navire, renchérit Lyliane Nemet-Pier. L’enfant, y compris l’ado, a besoin qu’on lui redise qu’il est là pour profiter du paysage de son enfance depuis le pont, mais qu’il n’a pas à tenir le gouvernail.»

Parce que… nous avons de la violence en nous

«Quand il commence à me répondre, ça me rend dingue; il m’arrive de l’insulter, et je lutte pour ne pas le gifler…» Sébastien, à propos de son fils de 15 ans.

«Nos enfants ont le don de nous révéler à nous-mêmes dans ce que nous avons de mieux: notre patience, notre douceur… mais aussi à travers nos lignes de faille, notamment la violence que nous portons en nous», explique Lyliane Nemet-Pier. Avant qu’une personne nous pousse à bout, il faut qu’elle en fasse beaucoup, alors qu’avec notre enfant cela vient très vite. Pourquoi? «C’est relatif à notre passé, à notre état de stress, mais aussi à notre «déception» inconsciente à l’égard de cet enfant tant désiré, qui, du coup, nous fait culpabiliser, nous met en colère contre nous-même», répond la psychanalyste. Tenter de nier cette violence qui nous habite, c’est risquer de la voir exploser. Si nécessaire, Lyliane Nemet-Pier conseille de mettre l’enfant dans sa chambre un moment pour laisser la pression chuter. Et, avant de «craquer», le parent peut décider de passer le relais à son conjoint. L’enfant comprend ainsi qu’il y a des limites à la violence et au conflit.

Parce que… nous connaissons des désaccords de couple

«Elle n’écoute que son père, plus laxiste parce que moins présent…» Stéphanie, à propos de sa fille de 13 ans.

Pour maintenir une cohérence éducative, la coach familiale Nathalie de Boisgrollier recommande de faire régulièrement le point dans le couple sur ce que l’on veut ou non tolérer. Y compris dans les couples séparés, il est essentiel de continuer à décider ensemble des limites imposées. Cela peut susciter des désaccords, d’où la nécessité de faire ce point loin des enfants qui, sinon, sauraient profiter des failles pour imposer leurs règles. De même, poursuit la coach, «quand un parent fait une remarque ou punit, l’autre parent ne peut pas critiquer ou lever la punition, sans quoi l’autorité est discréditée et l’enfant en conclut que les règles sont fragiles. Mais dès que l’on se sent soutenu dans son rôle de parent, les limites à poser nous apparaissent plus évidentes.»

Parce que… nous sommes tentés de faire à leur place

«Je passe ma vie à ranger: leurs vêtements, la maison, leurs chambres… Et le pire, c’est qu’ils ont l’air de trouver ça normal!» Elodie, à propos de ses filles de 10 et 8 ans et de son fils de 5 ans.

Nathalie de Boisgrollier constate que les parents aménagent souvent l’espace avec l’idée que les enfants ne doivent pas se blesser, mais oublient de penser à favoriser leur autonomie, notamment en aidant à la vie de la maison: «Pourquoi s’énerver chaque jour avec leurs manteaux étalés dans l’entrée si la penderie ne leur est pas accessible? Comment leur demander de ne pas marcher sur le tapis du salon si le meuble à chaussures n’est pas dans l’entrée? En repensant l’espace pour l’adapter à la vie des enfants, on s’épargnera beaucoup d’agacements et les règles de rangement s’imposeront d’elles-mêmes.» Elle conseille aussi de délimiter un «espace enfant» qui n’est pas la chambre et où, contrairement au reste de la maison, le désordre est autorisé… dans une certaine limite: «On peut fixer un jour de la semaine où on le range tous ensemble.» Poser ainsi des frontières dans l’espace est une autre manière de faire entendre la notion de limites. Et de ne pas se faire physiquement déborder… En sachant tout de même qu’avant 5-6 ans les enfants ont besoin de jouer à portée de vue de leurs parents, pour se sentir sécurisés. Inutile, donc, de s’énerver si le plus petit débarque dans le salon avec quelques jouets!

Rubrique réalisée en partenariat
avec «Psychologies Magazine»
dont le numéro 352 est disponible en kiosque.
A consulter aussi sur www.psychologies.com

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