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Oops!… I did it again», chantait Britney Spears en 2000. Le refrain faussement ingénu allait devenir non seulement un tube planétaire, mais aussi la façon la plus commode de ne pas présenter d’excuses tout en le laissant croire. «Oups!», l’interjection francisée, souvent assortie d’une petite mimique vaguement embarrassée signifiant «j’ai fait une bêtise», est en passe de remplacer les formulations de pardon et de contrition. Pour la psychanalyste Isabel Korolitski, ce petit mot est moins banal qu’il n’en a l’air: «Il ponctue au départ une erreur entre soi et soi: «Oups! j’ai renversé mon verre/fait partir un SMS trop vite…» Le problème, c’est qu’il a été exporté dans les relations interpersonnelles. Or une onomatopée n’a pas la fonction humanisante d’un mot.»

C’est un mot pour soi…

Or, rappelle Isabel Korolitski, «nous sommes des êtres de langage, les mots sont une façon de reconnaître l’autre. Le «oups!» ne reconnaît que son action à soi, pas la sensibilité de l’autre, c’est en cela qu’il est violent.» La psychanalyste inscrit ce microphénomène dans la tendance langagière qui privilégie les formules toutes faites – «pas de souci», «que du bonheur» – au détriment du sens: «Ce sont des codes que l’on adopte sans les interroger, parce qu’ils nous inscrivent dans l’air du temps. L’important est «d’en être», beaucoup moins de savoir ce que l’on dit et à qui l’on s’adresse. C’est pourquoi je vois dans le «oups!» la marque du désarroi de l’individu qui ne sait plus comment s’y prendre avec l’autre. Aussi anecdotique soit-elle, cette interjection pose des questions fondamentales: qu’est-ce que parler? Que signifie être en relation? Pourquoi est-il nécessaire de bien s’excuser?»

Aux Etats-Unis, pays du «oops!» originel, la littérature psy sur l’art et la manière de bien s’excuser est abondante. Et ce n’est pas un hasard si elle est majoritairement produite par les chercheurs et psychologues qui s’inscrivent dans le courant de la psychologie positive, car le pardon, la gratitude ou l’altruisme sont des notions centrales de ce champ d’études. Selon la psychosociologue et chercheuse américaine Heidi Grant Halvorson, «les excuses sont essentielles. Elles permettent de résoudre les conflits, de panser les blessures affectives et de favoriser le pardon.»

La chercheuse a également constaté que la sincérité exige de sérieux efforts. «La mécanique des excuses est complexe, détaille Isabel Korolitski. Elle met en jeu notre ambivalence, notre enfance, notre conscience de soi et de l’autre. Si l’on s’accorde peu de valeur, on ne peut pas concevoir que l’autre attende réparation. Si l’on n’a pas conscience de lui, on aura peut-être honte d’avoir «mal agi» mais on ne culpabilisera pas de l’avoir malmené. Bien s’excuser nécessite d’être suffisamment à l’aise avec soi pour reconnaître sa faute et ses conséquences, mais aussi comprendre l’intérêt qu’il y a à le faire.»

… qui nie la relation

De nombreuses études l’affirment: s’excuser est aussi bénéfique à l’offensé qu’à l’offenseur. Mais toutes les excuses ne se valent pas. Heidi Grant Halvorson a constaté que le premier avait besoin de faire prendre conscience au second des conséquences de son acte, même mineures, et aussi de le sentir sincèrement désolé. Elle a découvert que seuls trois types d’excuses étaient positifs: offrir une compensation, exprimer une empathie sincère, reconnaître que l’on a transgressé. «Pour l’offensé, il s’agit d’être reconnu en tant que personne, car celui qui ne s’excuse pas nie son existence, précise Isabel Korolitski. Mais il y a aussi un double bénéfice pour l’offenseur à demander pardon sincèrement: celui d’être reconnu dans sa propre humanité et celui de prendre conscience que, s’il le fait, c’est que son acte peut être excusé.


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Cela lui permet d’être symboliquement réintégré dans la communauté des hommes.» Convaincue que présenter des excuses satisfaisantes pour les deux parties doit être le fruit d’un processus intérieur, et non le respect d’une simple convention sociale, une psychologue américaine a élaboré un dispositif en six étapes pour apprendre à s’excuser sincèrement. Elle préconise sa méthode à ceux qui tiennent à la relation qu’ils ont momentanément maltraitée. Et insiste sur le fait que cette démarche renforce de manière significative l’estime de soi de l’offenseur. Deux bonnes raisons pour consommer le «oups!» avec modération, et pour apprendre aux plus jeunes le bon usage des vraies excuses.

Bien s’excuser

Les conseils d’Andrea Brandt, docteure en psychologie

1. Se mettre à la place de l’autre afin de comprendre ce qu’il ressent.
2. Reconnaître le préjudice subi par lui, et l’assumer.
3. L’assurer que vous ferez tout pour éviter de répéter l’offense.
4. Si c’est un proche, lui dire (ou redire) l’importance de votre relation.
5. Lui présenter vos excuses. En préférant évidemment la formulation: «Je te prie de m’excuser», qui tient compte de l’existence et du libre choix de l’autre, plutôt que le «je m’excuse», qui les nie.
6. Prendre le temps de tirer les leçons de l’événement.

Rubrique réalisée en partenariat
avec «Psychologies Magazine»
dont le numéro 359
est disponible en kiosque.
A consulter aussi sur psychologies.com

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