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J’ai une famille, des amis, un travail, reconnaît Nathalie, 25 ans, photographe. Et pourtant, j’ai souvent l’impression d’être seule. Pendant un repas entre proches ou aux heures de pointe dans le métro, je ressens comme un vague à l’âme. Parfois, une tristesse plus profonde. C’est étrange, non, d’être entourée mais… seule?» Rien de plus humain, au contraire, que le sentiment de solitude. «Peu importe que l’isolement soit réel ou non, précise Laurie Hawkes, psychopraticienne (auteure de «La Peur de l’autre, surmonter l’anxiété sociale», LGF, 2013). C’est la façon dont nous le vivons qui engendre ou pas une mélancolie ou une souffrance.» Pourquoi certains se sentent mal, différents ou incompris quand ils se sentent seuls?

Je vis dans un monde connecté

Notre culture et les idéaux de sociabilité qu’elle véhicule dévalorisent les moments avec soi-même. «Notre époque regorge de moyens qui permettent d’être en lien avec l’autre: le téléphone, internet, ou même les déplacements rapides et faciles, remarque la psychologue et psychanalyste Catherine Audibert (auteure de «L’incapacité d’être seul», Payot, «Petite Bibliothèque», 2011). Mais ces nouveaux outils renforcent la conscience de la solitude, puisqu’en la condamnant, ils la mettent en évidence. Certains, parce qu’ils ont un smartphone, comptent régulièrement les appels, les «like» reçus, leurs followers…» De ce nombre dépend leur valeur, donc leur sécurité, car être seul recèle une forme de danger pour la personne vulnérable que nous sommes. «C’est là tout le paradoxe: fondamentalement, essentiellement, nous sommes seuls, mais il nous faut être accompagnés, physiquement et psychiquement, pour ne pas mourir, d’abord, puis pour vivre sans que la conscience de la solitude et de la mort ne fasse trop d’ombre à l’existence», poursuit la thérapeute.

Être accompagné dans l’apprentissage de la solitude, voilà qui changerait tout. Laurie Hawkes explique: «Si l’enfant a bénéficié d’un attachement sécurisant et d’une confiance en ses capacités d’autonomie, il n’aura pas besoin d’être nourri par la reconnaissance – et la présence – de l’autre. Mais si ses désirs, ses peurs n’ont pas été entendus, alors surgira une impression d’abandon et d’insuffisance.» Inversement, un enfant surinvesti, très choyé, qui n’aura pas appris à se détacher, notamment de sa mère, aura lui aussi quelques difficultés à envisager l’isolement dans son versant constructif. Pour Catherine Audibert, si les expériences de solitude sont trop prématurées, fréquentes ou, au contraire, si elles sont absentes, «l’individu y associera la détresse. Il passera sa vie à tenter de la fuir ou de s’en protéger.»

Je fantasme une fusion passée

Cela dit, bien accompagnés ou pas, nous sommes tous confrontés à ces moments de mélancolie. Le psychiatre Christophe Fauré rappelle qu’il fut un temps où nous ne faisions qu’un avec l’autre. «Lorsque nous étions dans le ventre maternel, nous avons fait l’expérience de la fusion, qui vérifie l’impossible équation «un plus un égale un». Peut-être sommes-nous irrémédiablement nostalgiques de ce moment intense, parfait, présent parfois dans les premiers temps de la relation amoureuse, avant – encore! – qu’il disparaisse.» Cette nostalgie nous renvoie à une réalité structurelle et fondamentale: nous ne sommes qu’un, avec ou sans l’autre. De quoi se sentir perdu au milieu d’une foule.


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Que faire?

Renouer avec soi «A-t-on peur de la solitude, ou bien d’une intériorité que l’on ne connaît pas?» interroge Christophe Fauré, psychiatre. «C’est parfois de soi que l’on est déconnecté. Des exercices de méditation permettent de combler ce vide. D’apprendre à mieux se connaître en interrogeant ses peurs, ses croyances, ses désirs, ses besoins. En recontactant une dimension intérieure que nous avons trop longtemps ignorée, la solitude nous apparaît moins effrayante.»

Réinvestir les relations «Nous sommes nombreux à nous plaindre de liens superficiels, de relations sans vraie valeur», constate la psychopraticienne Laurie Hawkes. «Nous nous sentirions sans doute moins seuls en nous impliquant davantage et, surtout, activement. Car un ami, comme un amant, se courtise! Donner du temps, porter de l’intérêt, se faire beau, se créer des souvenirs… il s’agit de donner du sens et de la valeur aux rapports humains.»

S’appuyer sur un thérapeute «Notre souffrance face au sentiment de solitude nous invite à réinterroger notre capacité à être seuls», développe Catherine Audibert, psychologue et psychanalyste. «C’est en refaisant l’expérience d’une «bonne» solitude, en présence d’un autre – analyste, thérapeute, praticien… –, que nous pouvons affronter le fait d’être seuls sans nous sentir démunis. L’idée est d’être accompagnés dans l’apprentissage de la solitude comme il aurait été utile que nous le soyons enfants.»

Sa solution

Benoist, 31 ans, en reconversion professionnelle. «J’étais un jeune cadre dynamique. Je passais d’un téléphone à l’autre, je virevoltais entre les partenaires. Et puis, il y a eu ce licenciement: une sensation de solitude m’est tombée dessus. Une profonde tristesse qui a duré plusieurs mois. J’ai décidé de faire une retraite dans une abbaye. Au lieu de pleurer sur la faiblesse de l’être humain, j’ai voulu affronter mes démons. Bizarrement, je souffrais moins de solitude dans ma cellule que dans mon bureau. J’ai décidé de changer de voie pour devenir professeur.»

A lire

«Ensemble mais seuls, apprivoiser le sentiment de solitude dans le couple» de Christophe Fauré. Le psychiatre propose de rencontrer sa solitude pour ne plus en souffrir (Albin Michel, 2009).

Rubrique réalisée en partenariat
avec «Psychologies Magazine»
dont le numéro 380
est disponible en kiosque.
A consulter aussi sur psychologies.com

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