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Yseult sort son premier album éponyme

Elle est détonante, Yseult. Et atypique. Physiquement d’abord. Du haut de son mètre 77 et avec ses rondeurs voluptueuses de femme callipyge rappelant les sculptures de Fernando Botero, elle en impose. Avec générosité, mais sans en faire des tonnes. Car si, au départ, Yseult avait de la peine à vivre en paix avec cet aspect «too much» – «Depuis la maternelle, j’ai toujours été trop, trop grande, trop forte…», lâchera-t-elle – aujourd’hui, la demoiselle s’assume. D’autant qu’elle possède plus d’un atout dans son jeu. A commencer par cette voix d’or noir, puissante et agile, qui lui a valu de se retrouver dans les bacs début janvier. Mais aussi grâce à ce charme incandescent qui se dégage de son joli visage de madone africaine, à ces feux follets prêts à s’embraser qui illuminent ses yeux charbon.

Touchante dans sa volonté de se raconter sans tout dévoiler, la jeune interprète s’accorde une longue respiration avant de réenrouler le fil de son histoire personnelle, celle qui a débuté il y a un peu plus de vingt ans à Quessy (Picardie). «J’étais une fillette différente. Très différente. J’étais surtout hyperdissipée: chanter, danser, faire l’intéressante, voilà ce qui comptait. Quitte à commettre, au passage, des bêtises, comme ce jour où, après avoir vu ma mère s’épiler les sourcils, j’ai voulu l’imiter. Sauf que j’ai commis l’erreur de prendre un rasoir. Résultat: plus un poil! J’ai passé des heures recluse dans la salle de bains, jusqu’à ce que je croie avoir trouvé la parade: me les redessiner au feutre noir.» En terrain inconnu, par contre, la tornade admet que son attitude était tout autre. «Timide, méfiante, j’étais aussi farouche qu’un chaton qui fait le dos rond.» Afin de souligner ce statut de fille à part, qu’elle brandit comme un étendard, elle met le doigt sur ces dissonances qui sont venues troubler la mélodie de l’insouciance: «En plus de me distinguer par ma taille et mes formes, mon prénom aussi m’a valu des vannes.»

Un manque de tendresse

Cadette de la famille Onguenet, fille de Mathieu et Marie, tous deux Camerounais exilés en France – lui, ex-cadre supérieur dans l’industrie automobile actuellement retraité, elle, infirmière – Yseult n’a qu’un frère, Mathieu, étudiant en médecine. «Très petits, il nous arrivait de jouer ensemble. Nos relations se sont un peu gâtées par la suite», explique-t-elle sans s’attarder, soucieuse de taire une blessure. Balayant le nuage, elle s’empresse de préciser qu’elle a grandi dans un milieu confortable: «Matériellement, je n’ai pas à me plaindre, mon père gagnait beaucoup d’argent. On changeait de voiture tous les deux jours, on me conduisait à la maternelle en Mercedes. Ma mère s’achetait des sacs griffés.»

Alors qu’on imagine son enfance dorée vibrante de rires, pleine de doux baisers et de chaleur, Yseult nous arrête: «Dans la culture africaine, les relations mère-fille, c’est vraiment compliqué. Montrer ses sentiments, donner et recevoir des câlins, ça ne se fait pas trop. On est dans la pudeur, la distance. Et puis, j’ai reçu une éducation très stricte. Ramener mon copain à la maison pour dormir, inutile d’y penser! J’ai d’ailleurs intégré la chose, puisque pour moi aussi c’est anormal.» Si côté transmission des valeurs, la greffe semble avoir pris, qu’en est-il du jeu des ressemblances avec ses proches? «Mon caractère, même si je m’en suis énormément défendue, je le tiens de mon père. Je lui dois une certaine réserve, le goût de la perfection. J’ai aussi hérité sa droiture, cette impossibilité à caresser les gens dans le sens du poil. Lui et moi, on est à la fois solitaires et soucieux des autres, ce qui peut paraître paradoxal. Mon frère et ma mère, c’est tout le contraire.»

La solitude, un terme qui reviendra comme une litanie dans la bouche d’Yseult. Tout comme son expression fétiche «c’est relou!» (verlan de lourd), qui s’immisce dans ses propos pour marabouter les notes grises de l’existence. «On déménageait sans cesse. On a même passé un an au Sénégal avant de revenir à Paris. Donc se faire des copines, c’était pas simple. J’ai eu une vie correcte mais instable, ballottée d’école en école, de quartier en arrondissement. A la maison: le désert! Tu rentres, tu te retrouves livrée à toi-même, à croire que tu n’as pas de parents. Du coup, je suis hyperautonome. Je refuse qu’on m’aide. Je garde tout pour moi. Si je pouvais donner un conseil, c’est de soutenir ses enfants. Car si psychologiquement on n’est pas fort, la situation est ingérable.»

De la solitude à la musique

Plus sombre, elle nous parle, avec la froideur clinique d’un médecin qui pose un diagnostic, d’une meurtrissure enfouie, d’une fracture. «Pour que je travaille mieux, on m’a placée en école privée à Agen (ndlr: à plus de 600 km de Paris). J’avais 13 ans, je n’ai pas compris pourquoi on m’envoyait à l’autre bout du monde. J’ai eu le sentiment qu’on voulait se débarrasser de moi. C’était horrible! J’ai vécu seule pendant un an dans un foyer d’accueil. Quelque chose en moi s’est brisé.» Sans doute en écho à ce déchirement, elle mènera, dès lors, sa tendre guerre: «J’ai fait ma révolution de 14 à 18 ans. Je me suis rebellée, je n’ai plus admis qu’on me rabaisse.»

En s’affirmant, elle découvre que la normalité l’ennuie, que son identité ne colle pas avec le modèle familial. Adieu le désir d’être infirmière comme maman ou chirurgienne! «En classe, j’ai lâché l’affaire, me contentant de surfer sur la moyenne. J’ai décroché mon bac de justesse. Je n’avais plus qu’un but: être dans l’artistique.» Hors cours, elle dévore la vie et explore plusieurs voies: la photo, la mode notamment en s’improvisant blogueuse pour les Fashion Weeks, la musique.

La musique, sa partition de cœur, nous y voilà. L’image du père, musicien amateur jouant de la rumba camerounaise et du jazz, ressort aussitôt du bois. «Il m’a mise derrière un clavier très tôt, m’a acheté un énorme piano, m’a payé des cours, mais rien n’y a fait. Plus il insistait, plus je me cabrais.» Echec. Le père revend l’instrument. Il faudra attendre qu’Yseult entre en résistance pour que le feu rejaillisse. «Prudente, j’ai d’abord passé par la petite porte. J’ai chanté dans le métro, je suis devenue choriste.» Confortée dans son choix, elle s’essaie aux télécrochets. «Mon père m’a désavouée. Il a tout renié, alors que c’était lui qui m’avait mis le pied à l’étrier», commente-t-elle, incrédule. Amère, elle balance alors une sentence acide: «Ma famille ne m’a jamais, je dis bien jamais, aidée.» Recalée aux auditions à l’aveugle de «The Voice», elle tente la «Nouvelle Star», mais là encore la finale lui échappe. Sauf qu’au jeu du qui perd gagne elle décroche le jackpot, un album rien qu’à elle. Une galette electro pop à son image, «exubérante à l’extérieur, mélancolique à l’intérieur»; une carte d’identité, riche de deux textes perso, où les chagrins sont emballés dans des tissus sonores vitaminés. Emerveillée de ce qui lui arrive mais consciente de la fragilité de sa notoriété naissante, Yseult préfère regarder vers demain: «Là, je repars en studio.» Son futur CD s’inscrira-t-il dans la lignée de «La vague» ou de «Bye bye bye», ses premiers singles? «Je rêve d’un truc épique, sur fond de piano hyperclassique.» A la fois totalement dans l’air et hors du temps. Atypique, comme Yseult, brûlante et brûlée.

Curriculum vitae

1994 Yseult Onguenet naît le 18 août à Quessy (Picardie, nord-ouest de la France).

2014 Le 20 février, elle se retrouve en finale de la «Nouvelle Star» et s’incline face à Mathieu Saïkaly. En 2013, elle avait été recalée aux auditions de «The Voice».

2015 Sortie le 5 janvier d’un premier album éponyme chez Universal Music.

Questions d’enfance

Une odeur Sans hésiter, celle des bananes plantains et des beignets que ma mère cuisinait.

Mon premier amour Enfant, j’étais un peu la boulotte de service, donc, rien à signaler. Il est arrivé plus tard, je devais avoir 14 ou 15 ans, il s’appelait Raphaël, si je ne me trompe pas, il était blond, avait des yeux bleus. Il était supergrand. A cause de ma taille, je suis toujours sortie avec des garçons plus âgés.

Mon jouet fétiche J’étais très Barbie, mais je possédais aussi toute une collection de Bratz (ndlr: poupées mannequins ultra- lookées) et de Polly Pocket (ndlr: poupées miniatures dotées de nombreux accessoires). J’adorais les habiller, les coiffer. C’était le côté mode qui m’intéressait.

Mon bonbon préféré Les Arlequin, des bonbons acides et sucrés multicolores, qui pétillent sur la langue. C’est trop bon!

Mon dessert enchanteur Je ne suis pas très dessert. Et j’ai horreur de tout ce qui tourne autour du chocolat. Mais j’ai un petit faible pour les tartes aux pommes, et les préparations à base de caramel ou d’agrumes.

Son légume détesté Si j’adore les épinards, les choux-fleurs, les brocolis, il y a un légume qui ne passe pas, mais pas du tout: les haricots verts. Non, mais vous avez vu leur façon de vous regarder du fond de l’assiette! C’est trop «dégueu».

La phrase qu’on lui répétait et qui l’agaçait «Tais-toi, tais-toi, tu as tort!» Je ne sais pas pourquoi, les autres avaient toujours raison…

Les premières vacances Mon frère et moi, on a énormément voyagé, mais toujours uniquement avec ma mère: Jamaïque, USA, Indonésie… Mon tout premier pays, je crois que c’était Cuba. J’en garde des souvenirs assez flous.

Le vêtement dont elle était fière Je disposais d’une large panoplie de cagoules, roses, vertes… Ma mère nous habillait à la mode d’alors, très colorée, inspirée des 2Be3 ou des Worlds Apart (ndlr. boys band des années 90).

Yseult petite fille noire
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Enfant malicieuse, Yseult aimait prendre la pose.

© DR
Yseult avec son frère photo noir-blanc
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Avec son grand frère dont elle s’est éloignée.

© DR
Yseult avec sa mère photo noir-blanc
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Dans les bras de sa maman, Marie.

© DR
Yseult en famille avec son père et sa mère
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La machine à remonter le temps d’Yseult est faite d’instantanés tendres et colorés, ici avec son père et son frère prénommés tous deux Mathieu!

© DR
Yseult fashion victim béret
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Une petite fille à la pointe de la mode grâce à sa maman.

© DR
Yseult chanteuse noire
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Mon père m'a désavouée. Il a tout renié, alors que c'était lui qui m'avait mis le pied à l'étrier.

© DR

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