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reportage

Rencontre avec le collectif Némésis

Reportage nemesis feminisme dextreme droite

«Leurs revendications restent iconoclastes et surtout ultra-minoritaires, en contradiction avec les féministes actuelles. Némésis est probablement une façon d’accéder à la notoriété, elles ne sont que des influenceuses d’extrême droite. En outre, leur tentative d’exister risque de trouver ses limites avec le refus de s’aventurer sur d’autres sujets traditionnels du féminisme.» - Éléonore Lépinard, professeure en sociologie à l’UNIL et spécialiste des mouvements féministes

© Nicolas Poinsot

C’est là, dans les flux et les reflux de l’entrée principale de la gare de Lausanne, un samedi de décembre, que les membres de Némésis nous ont donné rendez-vous. «On sera plusieurs à venir pour une opération de collage d’affiches dans le centre-ville, vous pourrez nous accompagner pour nous poser des questions, si vous voulez», avait proposé leur leader et porte-parole Sarah, unique figure du groupe à apparaître à visage découvert dans les médias.

Des questions, en effet, on en avait, surtout depuis les échauffourées du 25 novembre 2021, lorsque les Némésis ont fait les gros titres pour la première fois en s’invitant en plein milieu de la marche organisée contre les violences faites aux femmes, qui traversait alors la place St-François. Quatre d’entre elles s’étaient mêlées au cortège munies d’une grande banderole. «Violeurs suisses: prison. Violeurs étrangers: expulsion», clamait le message en lettres capitales accompagné d’un dessin de déesse antique. Tollé chez les manifestants. Une apparition qui avait vite dégénéré en heurts, rendant l’intervention d’un agent de police nécessaire pour calmer cette atmosphère électrique.

Les Némésis suisses semblaient copier l’action d’autres Némésis, à Paris cette fois, qui avaient fait irruption dans une manifestation similaire quelques jours auparavant. Déjà, des violences avaient été signalées entre ces autoproclamées féministes identitaires et des militants antifascistes. Ce samedi de décembre, en revanche, l’arrivée discrète des Némésis sur l’avenue de la gare se fait dans l’indifférence générale, personne ne reconnaissant ces militantes controversées. Elles sont sept, toutes masquées à l’exception de l’omniprésente Sarah. Plusieurs ont des rouleaux de papier sous le bras.

Affiches grand format

Si les Némésis se réclament de cette figure de la mythologie grecque, une déesse éprise de justice et vengeresse des crimes, celles qui nous attendent devant la gare sont loin de l’imagerie homérique. Pas de vêtements tout droit descendus de l’Olympe, pas de coiffes ailées comme l’effigie de leur mouvement. Elles sont toutes très jeunes, probablement entre 18 et 25 ans. «Il y a aujourd’hui une vingtaine de Némésis en Suisse, essentiellement en Romandie», explique Sarah avec une autorité naturelle ne laissant pas de doute sur son statut de cheffe du groupe. Les treize autres avaient sans doute mieux à faire? «Certaines sont à la marche contre les féminicides à Zurich», fait-on savoir (après vérification, aucune Némésis n’a été signalée dans le cortège zurichois et le groupe n’a pas consacré de publication à cet événement sur ses comptes de réseaux sociaux).

«La plupart sont étudiantes, mais certaines travaillent. Ici vous avez des membres qui viennent du Valais, Vaud, Genève, Fribourg et Neuchâtel, sauf le Jura pour l’instant», note la porte-parole. La petite tribu se met en branle et entreprend l’ascension de la rue du Petit-Chêne, prête à suivre un parcours qui est toujours le même, une boucle passant par les artères principales du centre historique de Lausanne.

Premier arrêt en vue: deux panneaux dédiés à l’affichage libre de chaque côté du passage pavé. Les affiches sont déroulées par terre. On voit apparaître une figure féminine bleue sur fond blanc, accompagnée d’un sablier, symbole traditionnellement associé à cette déesse en plus de l’épée. «Elle est trop belle, super-féminine, prenante, admire Sarah. Cette figure a été composée d’après plusieurs traits physiques des fondatrices françaises de Némésis, ce sont les cheveux d’Alice (Alice Cordier, ndlr, la présidente, souvent invitée sur le plateau de Cyril Hanouna), les taches de rousseur d’une autre, les lèvres d’une troisième. Paris nous envoie tout ce matériel.»

© Nicolas Poinsot

Dix fois pire à la prochaine manif

On entend parler de panneaux à couvrir, on déplore le mauvais scotch. Elles recouvrent méticuleusement chaque surface disponible avec l’une des 35 affiches apportées par le groupe. Le message Némésis, féminisme identitaire clignote bientôt dans toute la rue. Les passants, du moins ceux qui remarquent cet insolite tapissage urbain, ne jettent pas plus qu’un coup d’œil intrigué. «On a souvent eu des réactions hyper-positives, notamment une fois à Neuchâtel où une personne est venue nous féliciter. Sinon, généralement nos collages se passent assez bien», affirme l’une des membres. En tout cas au début, car les affiches sont souvent arrachées dans les heures qui suivent.

«Ce qui n’est pas vraiment étonnant, vu le retour qu’on a eu et la censure qu’on subit, tempère Sarah. Depuis la manif du 25 novembre notamment, on reçoit pas mal de messages menaçants sur le web, des gens disent qu’ils vont nous choper, qu’il nous arrivera des choses s’ils nous croisent en train de coller des affiches dans la rue, qu’ils nous réservent un accueil dix fois pire à la prochaine manif.»

Une autre membre s’agace: «Empêcher des femmes de s’exprimer pendant une manifestation féministe, c’est contradictoire.»

Opérations de collages urbains, comptes de réseaux sociaux, happenings diffusés en ligne, les méthodes utilisées par Némésis rappellent furieusement celles des Femen, ces féministes venues d’Europe de l’Est qui connurent leur heure de gloire au tournant des années 2000 et 2010. À la différence qu’aux yeux de nombreux observateurs, les Némésis sont des militantes d’extrême droite, des chevaux de Troie habilement glissés dans des habits de féministes tentant de diffuser des discours xénophobes depuis une vitrine glamour et victimaire. Il faut dire que leur vision de la défense des droits des femmes s’avère très personnelle.

«On ne se prononce pas sur l’avortement, ou le mariage pour tous ou le congé paternité, parce que ce ne sont pas nos combats, on a déjà tellement à faire en parlant de violences faites aux femmes», argumentent-elles.

«J’ai contacté Alice Cordier au printemps pour créer une antenne suisse, raconte Sarah. On était plusieurs copines à vouloir faire ça. Je trouvais que c’était le seul collectif qui nous représentait, parce que dans les collectifs féministes mainstream comme on les appelle, on parle beaucoup de trucs comme l’écriture inclusive, l’épilation, des combats que je dirais secondaires, anecdotiques, alors que moi ma principale préoccupation c’est de rentrer à la maison sans me faire importuner, ce qui n’est pas le cas.»

© Nicolas Poinsot

Ainsi, selon elles, les féministes traditionnelles ne voudraient pas parler des choses essentielles, ni mettre de noms sur les gens qui les agressent. «Le harcèlement de rue et les violences sexuelles sont principalement un phénomène dû aux hommes issus de l’immigration, qui nous accostent de manière vulgaire, qui nous agressent parfois, assurent-elles. Ils nous suivent, nous interpellent, ils font des grognements, des commentaires déplacés. C’est un constat qui vient de notre expérience, on n’a pas de chiffres ethniques sur le sujet en Suisse. Mais dès qu’on parle immigration, on est aussitôt labellisé extrême droite.»

Reste que ce terme ne semble pas franchement les révulser. On cherchera en vain, dans leurs propos, une parole visant à s’en désolidariser. «On s’en fiche, nous nous considérons comme apolitiques», tente de dédramatiser la porte-parole, qui promet qu’aucune valeur religieuse conservatrice ni aucun racisme n’animent Némésis. Tout le monde n’est pas d’accord avec ça, à voir la réaction de certains passants. «Fascistes! Fascistes!» scandent soudain bruyamment deux hommes qui les découvrent en train de coller des affiches à quelques encablures de la place Saint-Laurent.

Et puis, il y a cet adjectif, identitaire, qui met la puce à l’oreille et fait un peu trop écho au vocable de l’extrême droite, dont celui de Génération Identitaire, ce groupuscule fasciste français démantelé il y a quelques mois. À quelle identité se rallient donc ces soi-disant féministes de Némésis? «En disant identitaire, on se réfère à des choses qui arrivent aux femmes ici, en Suisse, en Europe, se défend Sarah. Cela ne veut pas dire nationaliste, on parle juste de ce qui nous arrive ici.»

La plaidoirie apparaît bancale. D’autant plus que les récits des jeunes femmes sur leurs expériences de harcèlement de rue, prétendument le fait d’étrangers, usent de raccourcis flagrants en confondant systématiquement physique et nationalité. Un «Suisse» ou un «étranger» semblent ainsi identifiés au premier coup d’œil, comme si faciès et couleur de peau avaient valeur de passeport. «Nos solutions, ce serait déjà de condamner vraiment les hommes auteurs de ces harcèlements et ces violences. On demande l’expulsion à vie après avoir purgé leur peine ici.»

L’Europe blanche et chrétienne

Voilà qui nous rappelle beaucoup les discours de plusieurs politiciens suisses situés très à droite, mais aussi ceux d’un certain Eric Zemmour. Tiens, qu’en pensent-elles, du polémiste candidat à l’élection présidentielle française? «On ne se prononce pas trop sur lui, esquive leur leader. On a juste vu le clin d’œil qu’il nous a fait au meeting de Villepinte, où il évoque les associations courageuses faisant le lien entre insécurité des femmes et immigration. Moi à titre personnel cela m’a fait plaisir.»

Ce qu’oublient de dire les membres de Némésis, c’est que plusieurs d’entre elles semblent pourtant tout sauf apolitiques. La leader et porte-parole du collectif suisse, qui se fait appeler par le pseudo Sarah Prina sur les réseaux, est reconnaissable dans une vidéo postée en mars 2021 sur Instagram par Militants Suisse (MS), un groupe d’extrême droite dure qui n’est plus actif publiquement. Dans l’un de ses posts, son fondateur valaisan écrit notamment: «Vive l’Europe blanche et chrétienne.»

Interrogée sur cet élément troublant, l’intéressée confirme mais prend ses distances. «Ce groupe ne correspondait pas à nos valeurs, nous n’avons plus aucun lien avec eux et nous nous désolidarisons de leurs actions et discours, nous explique Sarah. Némésis s’est séparée des Militantes Suisses qui nous avaient rejointes, car on ne souhaite pas avoir de femmes qui véhiculent des idées racistes, homophobes et suprémacistes blanches dans nos rangs.» C’est pourtant bien Sarah Prina, un temps liée à MS, qui a monté Némésis Suisse. Et en dépit des masques chirurgicaux et de l’anonymat revendiqué des autres membres, on reconnaît au moins deux autres jeunes femmes qui ont dans le passé figuré dans des publications de Militants Suisses. Les filles de MS n’avaient donc pas «rejoint» Némésis: elles en étaient les fondatrices.

À noter encore que quatre membres de Militants Suisses, dont au moins une Némésis, avaient rencontré, fin 2020, le sulfureux Junge Tat, groupuscule dont les publications sur les réseaux sociaux laissent peu de doutes quant à leurs proximités idéologiques avec l’extrême droite nostalgique du nazisme. Les listes de followers des différents comptes de réseaux sociaux des Némésis, en Suisse comme en France, fourmillent par ailleurs de comptes se revendiquant clairement comme nationalistes ou fascistes, ces derniers faisant l’apologie de la violence sous l’égide de nombreux référentiels du IIIe Reich.

Lausanne, leur QG naturel

Le groupe a désormais terminé sa campagne de collage et redescend vers la gare. «Les affiches sont toujours là, c’est trop bien!» se réjouissent les Némésis en découvrant un panneau encore intact en haut du Petit-Chêne. «Lausanne est un peu notre QG naturel, car elle est au centre de la Suisse romande, expose la porte-parole. Pour l’instant nous n’avons pas de siège physique, mais nous espérons bientôt disposer d’un local. Nos militantes payent une cotisation mensuelle et on a des donateurs, certains ponctuels, d’autres plus réguliers, souvent des gens qui nous suivent sur Instagram.» Les choses pourraient toutefois se compliquer pour leurs plans. En novembre et décembre 2021, les comptes principaux de Némésis sur Instagram, Twitter (20000 followers) et YouTube (10000 abonnés) ont été suspendus après avoir été signalés. Elles appellent donc les internautes à les rejoindre sur Gettr, «le nouveau réseau social sans censure». Qui, surprise, est majoritairement utilisé par les mouvements d’extrême droite. 

Ce nouveau féminisme néolibéral, voire xénophobe, existe car il n’y a plus d’opprobre sur le terme [féminisme]. Il est devenu disponible et porteur, et il permet de faire des gains sur le plan politique. C’est de l’opportunisme, car ces soi-disant féministes n’ont pas de projet de justice sociale.

Éléonore Lépinard

Professeure en sociologie à l’UNIL et spécialiste des mouvements féministes

5 questions à Éléonore Lépinard, professeure en sociologie à l’UNIL et spécialiste des mouvements féministes

FEMINA Des militantes dans des mouvements ultraconservateurs, ce n’est pas très attendu?
Éléonore Lépinard
Il y a toujours eu des femmes militant activement dans des mouvements d’extrême droite, du Ku Klux Klan d’hier aux clans religieux conservateurs d’aujourd’hui, ou encore des femmes opposées à l’avortement. Adhérer ainsi à une idéologie qui les cantonne à des rôles stéréotypés peut être vu comme surprenant, mais ce n’est pas nouveau. Dans ces mouvements, il y a parfois des places à prendre, avec des contraintes, des limites, certes, mais ces places existent. Cela donne peut-être à ces femmes une forme de pouvoir, mais un pouvoir un peu illusoire. Dans de tels contextes, ces places s’offrent à elles sous condition. Ce qui apparaît en revanche comme plutôt inédit, c’est cette revendication de l’étiquette féministe. Évidemment, cette affiliation passe pour un non-sens du point de vue des autres féministes.

On ne peut concevoir un féminisme de droite?
Bien sûr cela peut exister, notamment via le business feminism, une sorte de féminisme qui est néolibéral, mais il n’y a pas le même projet politique derrière.

Comment expliquer que des groupes féminins conservateurs, voire d’extrême droite, s’approprient cette étiquette connotée à gauche?
Il y a encore quelques années, les féministes passaient souvent pour des agitées du bocal. Elles étaient raillées, moquées, recadrées, sanctionnées. Les groupes d’extrême droite rejetaient ce vocable de féministe, il était hors de question de se revendiquer ainsi. Mais avec #MeToo, le féminisme est devenu légitime, acceptable, sociologiquement mainstream, voire vendeur. C’est donc maintenant que ce concept devient intéressant pour l’extrême droite, qui se met à le récupérer. Ce nouveau féminisme néolibéral, voire xénophobe, existe car il n’y a plus d’opprobre sur le terme. Il est devenu disponible et porteur, et il permet de faire des gains sur le plan politique. C’est de l’opportunisme, car ces soi-disant féministes n’ont pas de projet de justice sociale.

Comment percevez-vous ce discours qui prétend lutter contre le harcèlement de rue?
On a toujours entendu certains discours de l’extrême droite au nom de la défense et de la protection des femmes. Et cela fait bien longtemps que ces groupes politiques utilisent cette stratégie consistant à pousser en avant des figures féminines pour tenter de rendre crédibles leurs revendications. Mais je crois que Némésis et les autres mouvements féminins d’extrême droite ne représentent presque aucune femme dans la société. On voit d’ailleurs que sur les réseaux sociaux, les followers des Némésis sont majoritairement des hommes d’extrême droite qui, pour le coup, passent leur temps à attaquer les féministes classiques à coups de sexisme et de misogynie.

Les Némésis peuvent-elles être crédibles avec cette étiquette de féminisme identitaire?
Leurs revendications restent iconoclastes et surtout ultra-minoritaires, en contradiction avec les féministes actuelles. Némésis est probablement une façon d’accéder à la notoriété, elles ne sont que des influenceuses d’extrême droite. En outre, leur tentative d’exister risque de trouver ses limites avec le refus de s’aventurer sur d’autres sujets traditionnels du féminisme, comme l’avortement, la place de la femme dans la famille et la société, les droits des homosexuels… Le terrain du harcèlement de rue est le seul où elles peuvent exprimer leur xénophobie et leurs discours ultraconservateurs. Leur longévité est donc sûrement limitée.

Ces égéries de l'extrême droite française qui inspirent Némésis

Thaïs d’Escufon
Catholique aux origines aristocrates, elle se fait connaître à 21 ans en devenant porte-parole de Génération Identitaire, un groupe d’action d’extrême droite dissout sur décision de justice pour ses discours incitant à la haine raciale. La Toulousaine s’est reconvertie comme community manager au Rassemblement national (ex FN), puis a fondé son propre groupe, l’Asla. En 2021, elle a été condamnée à de la prison avec sursis pour des propos anti-migrants.

Iseul Turan
En 2013, cette étudiante de 21 ans infiltre les Femen pendant sept semaines et évoque une organisation «opaque» et «sectaire». Mais Iseul ne semblait pas désintéressée: elle est à la tête des Antigones, un groupe féminin catholique ultra-conservateur se présentant comme féministe et anti-Femen. Il a participé au mouvement de la Manif Pour Tous, opposé au mariage des homosexuels, et prôné la «complémentarité de l’homme et de la femme». Plusieurs membres sont d’ailleurs issues de formations d’extrême droite.

Alice Cordier
Originaire de Bretagne, la jeune femme de 24 ans est la présidente de Némésis France, par extension de toutes les antennes Némésis européennes. Elle est à l’origine de la bannière «Féminisme identitaire» de ce collectif, un concept qui ferait la promotion de la défense des femmes contre l’immigration. La leader, régulièrement invitée à débattre dans l’émission «Touche pas à mon poste», se défend de propager des idées d’extrême droite. Elle déclare pourtant, dans une tribune fin 2020, vouloir «promouvoir la civilisation européenne comme berceau de l’épanouissement de la femme» et défendre le «mâle blanc».

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