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Lutte contre les stéréotypes féminins

«Qui a peur des vieilles?»: un essai sur l'âgisme à ne pas manquer

Qui a peur des vieilles un essai sur lagisme a ne pas manquer

Comme la série Grace and Frankie, on parie que le livre Qui a peur des vieilles? va vous donner envie de passer voir votre grand-mère, ou à défaut de méditer sur leur force et leur beauté.

© Netflix

Depuis notre plus jeune âge, nous prenons conscience qu’on nous regarde. Le poids de ces regards nous suit toute notre vie, pour finir par disparaître. Certaines femmes, finalement invisibilisées, en ressentent une immense liberté. Pourtant, l’image du corps vieillissant est toujours victime de sexisme et demeure un tabou ancré dans notre société. Avec son ouvrage Qui a peur des vieilles? (Ed. Les Pérégrines), Marie Charrel s’efforce de briser les stéréotypes attribués aux femmes ménopausées: un livre nécessaire, mêlant constats personnels, extraits de romans féministes, témoignages de personnalités (dont Monica Bellucci, oui elle vieillit aussi) et d’inconnues, références culturelles ou analyses sociologiques.

Cette journaliste et romancière 37 ans commence son ouvrage par une anecdote personnelle qui se déroule chez une dermatologue où elle «voit» le fantôme de Léa, sa grand-mère. Elle l'entend lui dire «Tu n’as pas honte?» et la dissuader se faire botoxer la ride du lion. Cela s’est-il vraiment passé ainsi? «Oui ça s'est vraiment passé comme ça, confie l’autrice. Depuis toute petite, jusqu’au moment du tourbillon de l’adolescence et de ses normes, je voulais ressembler à ma grand-mère, elle m’inspirait beaucoup.» L’épisode chez la dermatologue l’interroge: que s’est-il passé dans sa tête entre-temps? L’idée de son livre naît alors.

45-50 ans, la moitié d’une vie d’une femme

Parallèlement à sa réflexion, Marie Charrel est sidérée d’observer autant de femmes plus jeunes qu’elle, angoissées par leurs rides. «J’ai la folie de la vieillesse», lui confie une jeune femme de 20 ans. Elle comprend qu’il existe un profond problème de société, alors que celle-ci est définitivement vieillissante. «Le visage de l’Européenne moyenne, si on schématise un peu, c’est une femme de 50 ans», souligne l’écrivaine. Selon l’Insee, l'espérance de vie moyenne d'une femme, chez nos voisins français, est de 85,6 ans. Si aujourd’hui, on imagine parfaitement une femme capable de faire le métier de ses rêves, il serait faux de dire qu’on la voit facilement l’exercer au-delà de ses 50 ans. La représentation de la femme dans notre inconscient collectif a la dent dure.

Pour Marie Charrel, cela s’explique notamment par le sexisme et l’âgisme de l’industrie du cinéma. Avec lui, il faut sans cesse jouer à «Où est Mamie Charlie?». Ainsi se demande-t-on où se cachent les histoires qui traitent les 50-85,6 ans! «Bien sûr, il y a Helen Mirren, Catherine Deneuve et Isabelle Huppert, énumère Marie Charrel. Ou encore le film Aurore sur la ménopause positive avec Agnès Jaoui, mais elles sont trop rares.»

Des modèles de femmes non représentatifs

Dans sa fresque historique flamboyante, la journaliste cite également des figures féminines emblématiques, telles que la romancière Annie Ernaux (pressentie pour devenir le prochain Prix Nobel de Littérature), la comédienne et activiste Jane Fonda ou la musicienne Patti Smith. Et pourtant… les femmes d’âge mûr sont encore sous-représentées dans notre société. D’ailleurs, le champ lexical pour les raconter demeure bien mince, encore aujourd’hui. Que dire d’une femme qui n’est ni grand-mère ni senior? En 1970, dans La Vieillesse, Simone de Beauvoir pointait déjà que l’on ne parle jamais de «belle vieillarde». Cela vous inspire-t-il, experts du marketing?

Alors, pourquoi autant de méchanceté envers nos petites vieilles? L'autrice nuance: «Le sujet du livre ne concerne pas seulement les vieilles, mais bien toutes les femmes et toute la société.» Pour elle, le regard que l’on porte sur les femmes, peu importe leur âge, doit effectivement passer par un changement des modèles imposés, au cinéma comme dans l’espace public, dans les médias et dans la publicité.

Aujourd’hui, Marie Charrel constate que ces modèles sont encore «très éloignés de la réalité», même si les lignes bougent, doucement. Elle cite par exemple la vision contemporaine de la marque de lingerie Darjeeling. Dans sa dernière campagne, l'enseigne a inclus l’instagrameuse Caroline Ida (alias fiftyyearsofawoman) et sa chevelure argentée, très loin des standards de beauté habituels.

Par ailleurs, l'autrice souligne que l’évolution nécessaire de la diversité des modèles féminins ne doit pas seulement être étiquetée de combat féministe, mais portée comme une réflexion sociétale globale, au même titre que la lutte contre les stéréotypes des jouets destinés aux enfants.

Mieux comprendre le phénomène d'invisibilité

Un autre chapitre notable du livre concerne la discussion sur le poids des regards portés sur les femmes, lesquels s'estompent au fil du temps pour complètement disparaître, leur âge passant. On retient le témoignage de Sam, 61 ans: «Les gens ne me voient pas tout de suite parce que je suis invisible. Je ne capte plus la lumière. Leur regard glisse sur moi. Vieillir, c'est ça: enfiler la cape d'invisibilité d'Harry Potter. Disparaître. Passer de l'autre côté du miroir.» Sur la thématique de la disparition dans le regard de l’autre, Marie Charrel analyse un sentiment ambivalent qui peut évoluer dans le temps. Si certaines femmes, à l’instar de Sam, peuvent ressentir une forme de liberté à l'idée ne plus être jugées physiquement, d’autres, ressentent une certaine violence.

Dans l’ouvrage, Marie Charell rappelle que cette invisibilisation des femmes est le point de départ de la réflexion de Barbara Macdonald, féministe américaine pionnière de la pensée sur l’âgisme outre-Atlantique, et autrice de Look Me in the Eye. Old Women, Aging and Ageism. Soit-dit en passant, Qui a peur des veilles? demeure un vrai puits d’idées de livres pour compléter sa bibliothèque féministe.

Vers une vieillesse dégenrée ou plus libre

En outre, l’essayiste décrypte une théorisation singulière qui lie la vieillesse à un possible mouvement de la binarité des genres et de leurs stéréotypes. «Une femme ménopausée m’a raconté s’être pris pour un homme dans le miroir, alors qu’elle se sentait reléguée aux confins de la féminité», raconte Marie Charrel. L’autrice analyse: «Vieillir, c’est peut-être se sentir exclue, mais cela peut aussi inclure la perception d’une libération qui passe par un remodelage physique et identitaire.» Ainsi, la journaliste observe que les femmes ayant passé l'âge de subir le regard des autres, de la société, peut-être de leur job et de leur famille aussi, sont plus enclines que les hommes à s’autoriser une évolution dans leurs relations sociales, amicales, interpersonnelles, voire sexuelles. Libérez les vieilles!

Qui a peur des vieilles? (Ed. Les Pérégrines), de Marie Charrel.

© DR

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