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zéro déchet

L'édito de Sonia Arnal: Psychanalyse du sac-poubelle

Arnal Sonia Edito 19 2

La planète, on peut contribuer à ne pas la polluer sans brandir sa poubelle, sans poser en héros du quotidien.

Le truc du moment, c’est de photographier son sac-poubelle, de le poster sur les réseaux sociaux et de se vanter de ne brandir là que le 4e, le 8e ou le je ne sais combientième de l’année. Moins tu en produis, plus ta gloire est grande, ta sainteté établie urbi et orbi. La poubelle, ou plutôt l’absence de, est désormais un trophée.

Le déchet, ou son inexistence, un signe de distinction sociale, d’appartenance à cette communauté du Bien qui sauvera la planète pendant que toi, méprisable représentant de l’axe du mal, avec ta production industrielle de détritus, soit un sac taxé par semaine minimum, tu n’aimes pas vraiment les bébés dauphins et koalas.

Limite si tu ne souhaites pas leur mort – sinon tu arrêterais d’en produire, des poubelles, n’est-ce pas?

La poubelle étendard

Jeune journaliste, on m’a collé plein d’articles sur l’éducation, la psychologie infantile, toute cette sorte de choses. Ça m’est tombé dessus un peu par hasard, un peu par intérêt personnel. De fil en aiguille, j’en suis venue à lire deux ou trois choses sur Freud ou à interroger des spécialistes qui m’en parlaient. Tout ne m’a pas convaincu. Cette idée que les filles ne se remettent jamais de ne pas avoir de pénis? Bof, pas sûre.

Et puis il y a les stades du développement de l’enfant. Je vous passe les détails et j’en viens à mon point: en partant de sa théorie du stade anal, des disciples en sont arrivés à la conclusion qu’il fallait féliciter le tout petit pour le cadeau qu’il nous livre dans son pot, érigé au rang d’œuvre d’art (pas le contenant, donc, le contenu). Pas sûre non plus.

Quel rapport, me direz-vous?

On peut réussir des choses très valables, tout seul dans son coin, sans se mettre en scène ni faire de cette réalisation, somme toute banale, un exploit que le monde entier doit applaudir des deux mains et considérer comme un accomplissement ultime.

La planète, on peut contribuer à ne pas la polluer sans brandir sa poubelle, sans poser en héros du quotidien. Le rapport, donc: transformer la gestion des déjections personnelles en instrument qui permet d’afficher sa supériorité sur le reste de l’humanité et mérite des félicitations publiques, franchement, je ne suis pas sûre.

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