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L'édito de Sonia Arnal: «Grosse AI, petit QI»

Arnal Sonia Edito 19

Voilà maintenant que ma messagerie professionnelle se pique de penser pour moi. Chaque fois que je reçois un courriel, elle me suggère des réponses qu’elle estime adéquates.

© Ludovic Andral

Paraît que bientôt on n’aura plus besoin de réfléchir, l’intelligence artificielle (IA) fera ça très bien pour nous. Dans ma vie, ça a déjà commencé. D’abord avec les sites de vente en ligne. Sous prétexte que tu as acheté plusieurs fois des polars, l’algorithme t’en propose systématiquement. Le problème, c’est qu’un bon Dennis Lehanne n’a rien à voir avec un médiocre livre dans lequel le héros «sent son cœur accélérer dans sa poitrine» et «la sueur perler sur son front» – là, c’est le moment où l’auteur essaie subtilement de nous faire comprendre que son héros a peur, donc.

Certes, dans les deux livres, il y a au moins un mort, mais c’est à peu près le seul point commun entre un bon polar et de la daube. Clairement, les robots ont encore beaucoup de peine à faire dans le qualitatif. En tout cas, mes goûts littéraires, pourtant d’une logique implacable, leur restent impénétrables.

Des mails robotisées

Voilà maintenant que ma messagerie professionnelle se pique de penser pour moi. Chaque fois que je reçois un courriel, elle me suggère des réponses qu’elle estime adéquates. Je suis parfois tentée de les utiliser, juste pour mettre un peu d’ambiance dans la vie de bureau, souvent un peu terne, mais je m’abstiens – on a déjà assez de psychodrames dans les médias, pas la peine que j’en rajoute avec des incidents diplomatiques.

J’ai par exemple été invitée par la hiérarchie suprême de l’entreprise à un échange informel pour partager sur nos soucis.

«Non merci!» m’a soufflé la messagerie en guise de réponse préécrite sur laquelle il n’y a plus qu’à cliquer.

Je trouve le point d’exclamation, tout en finesse, particulièrement bien senti de la part de l’intelligence artificielle. Tu m’invites, je te claque la porte au nez, Bam!

Pareil avec le mail d’une collègue me disant qu’elle serait absente à notre séance traditionnelle du lundi matin pour cause de rendez-vous téléphonique avec un interlocuteur indispensable à son prochain article. La suggestion du robot? «Intéressant.» Que tout récipiendaire humain interpréterait forcément par: «Je ne te crois pas une seule seconde, mais comme je n’ai pas le choix, je vais faire semblant.»

Il manque une case à l’IA, mais je ne sais pas si c’est la faculté à analyser correctement les intentions et les jugements forcément encapsulés dans un message en apparence basique ou si c’est le surmoi. Si ça se trouve, elle s’autorise simplement à dire tout haut ce que nous osons à peine penser dans le secret de notre âme.

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