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L'édito

L'édito de Géraldine Savary: «Entre soi, mais pas que»

Geraldine savary edito

«Au final, le vrai problème n’est pas de parler entre soi. Le vrai problème, c’est de ne parler que pour soi. On devrait plutôt tenter de faire sienne l’histoire de l’autre. Qu’un jeune se soucie des plus vieux, qu’un blanc s’engage pour les minorités, que les hommes se préoccupent des femmes.»

© Anoush Abrar

Le 27 mars 2021, Audrey Pulvar, tête de liste PS pour les régionales en Ile-de-France, accorde une interview de quarante minutes à BFM TV. La conversation roule tranquillement, quand, à une question sur les discriminations raciales – Audrey Pulvar est née sur l’île de la Martinique – la candidate répond: «Si vient à un atelier consacré aux discriminations raciales une femme blanche ou un homme blanc, il n’est pas question de la jeter dehors, on peut en revanche lui demander de se taire, d’être une spectatrice ou un spectateur silencieux.»

Depuis, cette phrase est reprise en boucle dans tous les médias, Marine Le Pen dénonce un apartheid anti-blanc, la France entière est sommée de se déterminer entre communautarisme et universalisme, comme si elle n’avait rien d’autre à faire actuellement. Audrey Pulvar a dû se justifier et, à l’heure où j’écris ces lignes, elle songe à se retirer.

Vous me direz, en quoi ces pataquès franco-français nous regardent-ils? Permettez une première remarque à portée helvétique. Que nous arrive-t-il, pour qu’une minute d’entretien sur une chaîne de TV, un sketch sur le site d’un journal ou un édito dominical suscitent autant de ressentiments, de haines et d’invectives? Peut-on encore se parler? Accepter le débat d’idées sans dresser des bûchers? Cesser de considérer systématiquement les maladresses comme des erreurs, les erreurs comme des fautes, les fautes comme des crimes de lèse-pensée?

Un peu de bienveillance, ne serait-ce pas la meilleure réponse à la radicalité des positions?

Faire sienne l'histoire de l'autre

Sur le fond, maintenant. Audrey Pulvar énonce ce que l’on pratique depuis longtemps: se retrouver entre personnes de même sexe, origine, couleur de peau, âge ou profession. Parfois, ça fait du bien. On se dit qu’on n’est pas tout seul, qu’on vit pareil. Si participer à un groupe non-mixte consiste à promouvoir l’apartheid, alors autant interdire les soirées pyjamas, les sorties entre contemporains, les vestiaires de foot, les conseils d’administration, les sociétés d’étudiants ou les mercredis après-midi dans les parcs à surveiller les enfants.

Au final, le vrai problème n’est pas de parler entre soi. Le vrai problème, c’est de ne parler que pour soi. On devrait plutôt tenter de faire sienne l’histoire de l’autre. Qu’un jeune se soucie des plus vieux, qu’un blanc s’engage pour les minorités, que les hommes se préoccupent des femmes. Et ça marche. La preuve, vous êtes nombreux, messieurs, à lire Femina.

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