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L’édito de Géraldine Savary: «De l’avortement au panier de la ménagère»

Géraldine Savary rédactrice en chef Femina éditorial

«Si l’onde de choc nous atteint si violemment, c’est qu’elle arrive à un moment où les femmes s’engagent pour défendre leurs droits, leur corps, leur avenir.» - Géraldine Savary

© ANOUSH ABRAR

Vendredi 24 juin 2022, la Cour suprême des États-Unis a décidé de révoquer le droit à l’avortement. Cette décision nous touche profondément, et les sentiments qu’elle provoque (indignation, sidération, tristesse, sentiment d’impuissance) ne sont pas près de s’éteindre. Pourquoi? Après tout, l’Amérique est loin, les juges de la Cour suprême ne gouvernent pas notre utérus; chez nous, il n’y a pas d’individus qui agressent des femmes devant les centres de santé, nous habitons dans un pays civilisé, qui n’autorise pas les enfants à se promener avec des armes automatiques dans les rues.

Si l’onde de choc nous atteint si violemment, c’est qu’elle arrive à un moment où les femmes s’engagent pour défendre leurs droits, leur corps, leur avenir.

Jamais il n’y a eu autant de discussions, de débats, de succès aussi qu’aujourd’hui pour plus d’égalité entre les genres. Alors quoi? Tout ça n’a servi à rien?

Quand donner c'est reprendre

Ces juges sont certes âgés, mais ni sourds ni aveugles. Ils ont entendu les manifestations sous leurs portes, ils ont suivi la parole libérée autour de #MeToo, ils ont bien des petites-filles, des voisines, à coup sûr des femmes de ménage qui ont dû leur expliquer que porter un enfant, ce n’est pas si simple. Non, la révocation du droit à l’avortement est un acte d’intimidation qui envoie au monde le message suivant: mesdames, vous avez vociféré pendant quelque temps, on vous a laissées faire, on vous a nommées à quelques postes, vous avez pu vous exprimer à la télé, vous avez eu le droit de publier quelques articles, même des livres, mais désormais, on passe aux choses sérieuses: vous donnez la vie sans rechigner, on s’occupe du reste.

En 1972, l’arrêt Roe vs Wade avait contribué à faire avancer le droit à l’avortement dans le monde et, dans la foulée, à légitimer les revendications féminines. Cinquante ans plus tard, sa révocation a la même portée symbolique.

Elle risque de marquer le début d’un retour en arrière en matière d’égalité entre les genres, une contre-réforme renforcée par les crises actuelles.

La guerre réunit une confrérie presque exclusivement composée d’hommes soucieux de mesurer leur puissance, la vulnérabilité économique sollicite des experts et des interlocuteurs très majoritairement masculins qui se penchent sur le pouvoir d’achat et le panier de la ménagère. Donner la vie, la prendre ou en soutenir le niveau, à nouveau, à chacun son rôle.

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