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L'édito de Géraldine Savary: «Cervin, reviens!»

L'édito de Géraldine Savary

«Des symboles que la Suisse a inventés (le gruyère, il y a plus de 200 ans, le Toblerone depuis 1908), développés, aimés, qui font partie de nos racines, de la mémoire collective sont ainsi bradés par les impératifs de groupes ou de pays plus puissants que nous.»

© ELSA GUILLET

D’emblée, je déclare mes anciens intérêts. Dans une autre vie, j’ai présidé l’Association des appellations d’origine protégée (AOP), qui réunit les producteurs de fromage, de produits carnés ou autres encore (pain de seigle, cardon, cuchaule, etc.). Quand j’ai commencé, je n’y connaissais pas grand-chose pour être honnête, mais j’ai visité pendant des années des exploitations, rencontré des producteurs, passé du temps à discuter avec des familles, sur les alpages, à manger des gratins de cornettes au soleil, à discuter des troupeaux, des produits et de la nature qui les nourrit. Protéger les paysans, les régions d’origine, garantir la traçabilité des produits pour les consommatrices et consommateurs n’est pas une mince affaire. En Suisse, en Europe, et dans le monde, il s’agit d’éviter qu’on produise n’importe quoi, pour n’importe qui, en traitant les bêtes et les gens n’importe comment.

Et voilà que le gruyère est désormais attaqué par les États-Unis, qui se sont toujours opposés à la protection des appellations d’origine, y compris pour leurs propres produits. Ils préfèrent négocier des marques, représentées par des batteries d’avocats qui, comme les vaches du Wisconsin, n’ont jamais mis les pieds dans un champ.

Ainsi vogue la mondialisation

Pas très loin du Wisconsin, à Chicago, l’entreprise américaine Mondelez International, deuxième acteur mondial de l’agroalimentaire, vient de décider que désormais la fabrication du Toblerone, qui appartient à son cheptel, sera produit en Slovaquie. Conséquence la plus évidente: le Cervin disparaît des emballages. Une loi, à l’époque disputée comme jamais par l’industrie, impose que l’utilisation de l’identité nationale est autorisée uniquement pour des produits faits en Suisse, ce qui est quand même la moindre des choses.

Des symboles que la Suisse a inventés (le gruyère, il y a plus de 200 ans, le Toblerone depuis 1908), développés, aimés, qui font partie de nos racines, de la mémoire collective sont ainsi bradés par les impératifs de groupes ou de pays plus puissants que nous.

Ces décisions occupent quelques titres et puis s’en vont, ainsi vogue la mondialisation. On préfère faire tout un Cervin de l’appellation d’origine d’une conseillère d’État, trop zougoise pour être vaudoise. En ce sens, la semaine de Valérie Dittli ressemble au gruyère. Croûte épaisse, coups durs et des larmes qui ont le goût du sel.

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