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Job: Comment lutter contre le surprésentéisme?

Comment lutter presentisme

«Il faut montrer que l’on est capable d’atteindre les objectifs fixés, note Nicky Le Feuvre. Et si l’on ne travaille pas, ces derniers ne disparaissent pas: ils devront être atteints plus tard, en plus de ceux de la semaine ou du mois suivant.»

© Getty

Yeux cernés, teint blanc, fatigue XXL. Et pourtant, Barbara est au bureau, malgré sa pharyngite et le congé maladie ordonné par son médecin. «Il fallait que je vienne, j’ai trop de choses urgentes à terminer», explique-t-elle entre deux crises de toux. Ne devrait-elle pas plutôt rester chez elle, prendre le temps de se soigner et rejoindre ensuite son open space lorsqu’elle sera vraiment guérie? «Dans l’idéal oui, mais tout le monde est sous pression en ce moment, impossible de m’absenter plus de 24 heures», répond-elle avant de nous rembarrer pour traiter les demandes reçues durant son jour d’absence.

Des objectifs à atteindre plutôt qu'un temps de travail à mesurer

Comme Barbara, les Suisses sont nombreux à bouder leur couette et à se rendre au bureau lorsqu’ils sont malades. En 2010, Nicola Cianferoni, chercheur en sociologie du travail à l’Université de Neuchâtel, a mené une étude sur les conditions de travail dans le secteur bancaire. Verdict: 45% des employés ont déclaré avoir travaillé alors qu’ils étaient malades lors des douze derniers mois. «L’une des raisons qui explique ce chiffre important, c’est la pression qui pèse sur les employés», analyse l’expert.

«Lorsqu’on est souvent absent, à son retour, on est convoqué à un entretien avec son supérieur, voire avec les ressources humaines. L’entreprise pèse de tout son poids pour que l’employé se rende au travail. En s’absentant, le salarié a le sentiment d’être mal vu.»

Nicky Le Feuvre, professeur de sociologie du travail à l’Université de Lausanne, pointe du doigt le déplacement du temps de travail (être occupé 8 heures par jour au sein d’une usine) à la réalisation d’un objectif comme unité de mesure de la productivité des employés. «Cette transformation profonde dans l’organisation du travail ces 20-25 dernières années explique la tendance à travailler même quand on n’est pas en forme, note-t-elle. Il faut montrer que l’on est capable d’atteindre les objectifs fixés. Et si l’on ne travaille pas, ces derniers ne disparaissent pas: ils devront être atteints plus tard, en plus de ceux de la semaine ou du mois suivant.»

Et si on échappait au présentéisme?

Le Job Stress Index, établi par Promotion Santé Suisse, avance un taux moyen de 11,3% de présentéisme (contre 3,3% d’absentéisme). Ces deux chiffres combinés coûtent 6,5 milliards par an à l’économie suisse. «Plusieurs facteurs expliquent le présentéisme, constate Ursula Gut-Sulzer, associée chez Vicario Consulting SA, société active dans le climat du travail depuis 20 ans. Il y a tout d’abord des aspects liés à la personnalité de l’employé: la tendance au surinvestissement, le fait de se croire invincible et irremplaçable, d’ignorer la maladie et les signaux de son corps.

Ensuite, la culture des entreprises joue aussi un rôle: en Suisse, on a encore cette image qu’un travail bien fait doit faire mal.

Et last but not least, l’environnement professionnel peut également contribuer à accentuer le phénomène.»

Solidarité entre collègues

En étudiant de près le fonctionnement de grandes structures (La Poste, les supermarchés, les hôpitaux), Nicola Cianferoni a abouti au même constat. «Dans beaucoup d’équipes, les absences sont fortement subies par les collègues directs, détaille-t-il. On ressent une loyauté et une solidarité vis-à-vis de ces derniers qui nous empêche de les laisser tomber.» De plus, certains systèmes de rémunération sont directement liés à la performance. Un cercle vicieux, puisque l’on évite toute absence pour éviter de perdre de l’argent. «Nous évoluons dans une société très exigeante qui nous pousse à toujours produire plus et mieux, analyse-t-il. On doit sans cesse montrer que l’on est à la hauteur et que, même si l’on est malade, l’entreprise peut compter sur nous.»

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Le dysfonctionnement du management entrepreneurial est également pointé du doigt. Pour Ursula Gut-Sulzer, améliorer la formation des cadres est effectivement un bon départ pour soigner la santé des employés et, de ce fait, leurs performances professionnelles.

«68% des travailleurs en Suisse ont déjà démissionné à cause de leur supérieur, note la spécialiste. Les cadres jouent un rôle essentiel dans le bien-être des collaborateurs. Un encadrement bienveillant, valorisant, où l’on propose régulièrement des entretiens pour que chacun ose s’exprimer est capital.»

Les cadres sont également tenus de montrer l’exemple: s’ils débarquent au bureau avec 40 de fièvre, l’employé va penser que l’on attend la même chose de lui. «Et lorsqu’un collaborateur arrive en étant malade, il faut immédiatement réagir et le renvoyer chez lui», poursuit l’experte.

Si le présentéisme peut donner l’impression de résoudre certains problèmes à court terme, comme les demandes urgentes que Barbara traitera malgré sa maladie, le phénomène a des effets néfastes sur la santé physique et psychique des employés. Qualité de vie qui se dégrade, perte de confiance en soi, de motivation, burn-out… Le bien-être a un impact capital sur la qualité du travail fourni par les collaborateurs. «Cela se ressent également au niveau de l’ambiance, de la productivité et de la fatigue», ajoute Nicola Cianferoni.

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3 mesures (simples et efficaces) à mettre en place

Il existe pourtant des mesures simples et rapides à mettre en place pour endiguer le fléau. «Il faut commencer par remplacer rapidement les personnes absentes, afin d’éviter les risques de surcharge qui pèsent sur les collègues, estime Nicky Le Feuvre. Il est aussi nécessaire d’alléger la charge de travail en fonction du nombre de jours d’absence pour ne pas surcharger la personne malade à son retour.»

«Enfin, il est capital de modifier notre perception de la présence au travail «à tout prix» comme la seule preuve possible de l’engagement et de la fiabilité des salariés.»

Quant à Barbara, après quelques heures d’agonie en open space, elle repart finalement chez elle, soigner son mal de gorge. «Ma cheffe ne m’a pas laissée travailler dans cet état, explique-t-elle en rassemblant ses affaires. Mais peut-être que je me sentirai déjà mieux cet après-midi, je pourrai alors répondre à quelques e-mails…»

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