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Jeux paralympiques 2021: Sofia Gonzalez, l'espoir romand en athlétisme

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«Il ne faut jamais arrêter de rêver. Il n’y a pas de limites, sauf celles que l’on se pose.» - Sofia Gonzalez

© Anne-Laure Lechat

Sa différence, c’est sa force. Et elle en parle, très à l’aise, même quand on ne sait pas très bien comment aborder le thème avec délicatesse: «Je n’ai aucun problème à parler de mon amputation.» Il faut soulever bien des montagnes, vaincre des centaines d’interrogations sur les limites de son corps pour aborder le sport de haut niveau quand on est amputée d’une jambe. On devine la force mentale et l’énergie foisonnante de Sofia Gonzalez, la seule représentante féminine romande parmi les vingt athlètes helvétiques sélectionnés qui s’envoleront le 16 août à Tokyo pour les Jeux paralympiques débutant le 24 août. Elle s’alignera sur 100 mètres et en saut en longueur dans une catégorie appelée – assez froidement – «amputation tibiale, T63».

Paradoxalement, cette qualification extraordinaire n’est pas forcément ce qui a fait sa notoriété. Si ce visage radieux vous rappelle quelque chose, c’est parce que la Vaudoise a été l’une des lumières de la dernière Fête des Vignerons. En 2019, elle a fait sensation à Vevey dans le tableau de la Saint-Martin, tenant le rôle de La Messagère. Un moment magique, sous la protection des étourneaux, où la jupe est soulevée pour fixer l’appareillage. La Messagère prend alors son élan et entraîne la petite Julie dans une course féerique. Là, déjà, la jeune fille de 18 ans avait affirmé ses convictions. Pas question pour elle de poser dans le rôle classique du fameux Messager Boiteux: «D’abord, parce que je ne boite pas. Ensuite, parce que le terme est dénigrant. En changeant le titre, je voulais faire passer un message fort.»

© Anne-Laure Lechat

«Le sport m’a permis de grandir»

Preuve de sa détermination, la native de Jongny (VD) n’a appris à courir qu’à l’âge de 16 ans avec une prothèse en carbone, prévue pour la pratique de l’athlétisme. En 2018, elle participe à une première grande compétition, les championnats d’Europe, à Berlin. Elle se classe 4e de la finale du 100 mètres. En 2019, elle s’envole pour Dubaï et termine au 5e rang battant son record sur la distance (16’’37). Et en juin dernier, elle signe son dernier exploit lors des championnats d’Europe à Bydgoszcz, en Pologne: une 3e place. «Je suis extrêmement fière de cette première médaille.»

Sofia Gonzalez vient au monde avec une malformation à la jambe droite, ce qui l’amène à être amputée au-dessus du genou alors qu’elle n’est âgée que de trois ans. «Je ne me souviens pas de ma jambe. Je n’ai pas de douleurs fantômes.» Malgré le handicap, elle affiche, depuis toute petite, une volonté de normalité, mais aussi une ténacité en pratiquant du tennis, de l’équitation, du ski. Elle reconnaît qu’à l’adolescence, elle se «cachait beaucoup» parce qu’elle avait envie d’être comme tout le monde. «Mais, le sport m’a permis de grandir, de m’ouvrir et d’accepter ma différence.» A 11 ans, elle se rend en famille aux Paralympiques de Londres, loin de se douter qu’un jour elle passerait «de spectatrice à participante».

«Aujourd’hui, j’ai réussi des exploits que je n’aurais jamais imaginé accomplir. Le rêve ultime pour tout athlète est de participer aux JO. Et je viens de le réaliser. Je me sens si heureuse et fière de représenter la Suisse.»

Médiatiser les Paralympiques

Déterminée, toujours orientée vers l’avenir, celle qui entamera un Bachelor en communication et marketing se projette dans les JO de Los Angeles de 2028, avant même de se confronter aux chronomètres de ceux de Tokyo. «C’est important de se fixer un objectif, un rêve, des règles. De s’y tenir et de foncer.»

Par manque de compétition en Suisse, il lui arrive de courir aux côtés des valides. Un terme qu’elle n’emploie d’ailleurs à aucun moment de l’interview. Preuve qu’elle a entièrement intégré sa différence. «Je suis obligée de courir avec les autres. Mais ça ne pose aucun problème. Je cours pour mes limites.»

Au mental de championne s’ajoute un sens aigu du féminisme et l’envie de faire comprendre l’importance du handisport dans la société. «A partir du 24 août, c’est notre moment.» Mais Sofia regrette l’injustice flagrante de la faible couverture médiatique de l’événement:

«Connaître l’existence des Jeux paralympiques devrait relever de la culture générale. Il y a encore des efforts à faire à ce niveau. Au final, on s’entraîne tout aussi dur que les autres. Pour les JO, ça veut dire un entraînement deux fois par jour, sauf le dimanche, beaucoup de sacrifices. On mérite donc autant d’attention médiatique.»

L’athlète qui l’inspire «depuis toute petite» est Serena Williams. «Même après sa grossesse, elle a su se surpasser et montrer qu’on peut réussir en parallèle sur plusieurs plans: être maman, avoir une vie de famille et poursuivre une carrière sportive à haut niveau.» Comme elle, Sofia soigne son apparence, jusqu’au bout des cheveux, jusqu’au bout des doigts: «Je trouve important de garder son côté féminin dans le sport. J’aime être glamour quand je cours. J’aime choisir de jolies tenues, me faire les ongles, ne pas être négligée.»

Inspirer elle-même les femmes lui plairait, qu’elles soient avec ou sans handicap. «La différence n’est pas un obstacle.» A 20 ans, Sofia Gonzalez a intégré ce que certains mettent une vie entière à comprendre: «Il n’y a pas de limites, sauf celles que l’on se pose.» Et elle livre ce message: «Il ne faut jamais arrêter de rêver.»

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