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Hommage: Mireille Darc, la voix du cœur

Femina 36 Mireille Darc

Mireille Darc en 1961.

© Roger Viollet/Getty Images

ll fait chaud sur Paris, ce 28 août 2017. La journée s’annonce belle. Et soudain, le coup de tonnerre. La nouvelle qu’on redoutait tombe, brutale: «Mireille Darc est décédée.» Dans un ultime élan de son cœur si grand mais si fragile, l’artiste est partie. Alors, l’immensité du souvenir. Ses films cultes, ses photos sublimes, ses livres poignants, ses documentaires aussi justes qu’émouvants. Et puis la rencontre. Un face-à-face bouleversant – un de ces rendez-vous qui vous marquent profondément.

Il fait gris sur Paris, ce 28 janvier 2016. La journée s’annonce morne. Et soudain, quand elle ouvre la porte de son appartement rue Montaigne, le soleil se met à briller, illumine le hall cossu de cet immeuble bourgeois. Mémoire fabriquée? Peut-être… Fragile et fluette, emmitouflée dans un gilet-doudoune qu’elle a enfilé sur une stricte chemise immaculée, Mireille Darc se dirige avec une légèreté féline vers l’immense salon – une somptueuse symphonie composée en noir et blanc.

Maintenant délicatement assise sur un énorme canapé en cuir, elle paraît minuscule. Impression fugace: en un battement de cils, elle prend possession de l’espace, efface tout ce qui n’est pas «elle». Avec une bienveillance enveloppante, elle se raconte, répond du tac au tac, nature et sans chichis. Son enfance triste à Toulon, sa dyslexie, le Conservatoire, les débuts, le cinéma, les rencontres marquantes, «ses» hommes. «J’ai été beaucoup aimée et j’ai surtout eu la chance de vivre trois passions sublimes.» Les yeux étincelants, elle se souvient d’Alain Delon, à qui elle ne demande rien d’autre que «de l’accepter dans sa vie», puis s’enflamme en mentionnant son mari, l’architecte Pascal Desprez: «Ce matin, il est parti à New York et m’a envoyé un superbe message d’amour avant de décoller. C’est merveilleux, non?», glisse-t-elle avec un sourire gourmand.

«Il faut être le plus possible en harmonie avec soi-même, ne pas tricher devant la vie.

Non, Mireille Darc n’est pas blasée. Ni victime du statut de star que les médias lui collent à la peau. A l’en croire, elle aurait pu: «Je n’ai pas toujours eu les pieds sur terre et, à certaines périodes, je m’y croyais. Et puis en 1980, j’ai eu ma première opération du cœur. Jusque-là, je n’avais jamais pensé à la mort… Mais la vie vous apprend à baisser le nez et à ne pas regarder avec morgue les gens qui sont face à vous! Désormais, je sais qu’il ne faut pas se penser plus fort que les autres. On est soi. Pas plus, pas moins!» Le téléphone sonne. Elle s’excuse – dit devoir «absolument» répondre. Au bout du fil, sa femme de ménage. Mireille Darc la réprimande: «Vous êtes malade, je ne veux pas vous voir tant que ça ne va pas mieux! Je me débrouillerai… et couvrez-vous, bon sang, sinon vous ne vous sortirez jamais de cette crève!» Elle boucle, lâche affectueusement: «Quelle enfant!» L’heure tourne, la réalisatrice est attendue à la galerie Artcurial, où elle expose la série de photos «Un après-midi à Saint-Germain-des-Prés»: «Ces images, je les ai prises dans un appartement conçu par mon mari et qui ressemble au nôtre: j’y vois un flirt entre mon travail et le sien, comme une manière de prolonger le dialogue entre nous!»

Dans la rue, des passants la reconnaissent, lui sourient avec affection. Avenante, elle les salue gentiment. C’est qu’elle aime les gens. Sincèrement. Pour s’en convaincre, il suffit de la regarder. De l’écouter parler de ses combats contre l’injustice et de ses engagements pour promouvoir des femmes «libres et indépendantes». Ou de se plonger dans l’un de ses documentaires, dont elle dit qu’ils sont ses «lettres de noblesse» et qu’ils lui ont permis de s’économiser «10 ans de psychanalyse… au moins!». Reconnaissante et empathique, elle explique que grâce aux témoins qu’elle a rencontrés, elle a commencé à envisager les choses autrement. «Je cherche à être dans une forme d’authenticité autant avec les autres qu’avec moi-même. Contrairement à ce qu’on pense, c’est plus facile de dire la vérité. On devrait tous essayer d’être le plus net possible vis-à-vis de soi-même.» L’instant est troublant. Hiératique, d’une sérénité absolue, elle poursuit: «Comme j’ai été deux fois opérée du cœur, j’ai beaucoup travaillé sur le fait d’être mortelle. Pour moi, il faut chercher l’harmonie, ne pas tricher. Au fond, j’aime assez penser que la vie est tellement bien foutue qu’il est impossible que l’on parte et qu’il n’y ait rien d’autre après!» Impossible, on l’espère.


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