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#FeminaOpinion: Par pitié, arrêtez de nous dire ce qu'on ne doit plus manger!

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«Que nous reste-t-il, si l'on veut vraiment appliquer les recommandations de tous ces gourous et de tous ces régimes? Hormis une pile d'assertions scientifiques à vérifier une par une, des cachets de spiruline et des épinards en feuilles, nous n'aurons plus grand chose à nous mettre sous la dent.»

© Instagram derekblasberg

Je me souviens avec nostalgie du temps où je mangeais sans vraiment réfléchir. C'était il n'y a pas si longtemps. En ce temps-là, mon assiette n'était jamais la même, et se remplissait selon ma faim: généreuse après une longue journée de travail, légère après mon cours de sport et colorée selon la saison. Je ne me posais pas beaucoup de questions. La seule règle que j'appliquais à la lettre, celle que m'avaient toujours répétée mes parents, était d'inclure un fruit ou un légume à chaque repas, et de réserver les friandises aux «occasions spéciales». Et c'est tout.

En 2018, les choses ne sont plus tout à fait les mêmes: j'ai l'impression que chaque élément comestible est désormais passé au crible, comme si nous partions du principe que nos aliments tentent de nous berner par leur apparence innocente, et cachent secrètement un poison mortel. On nous dit que nos corps sont trop acides, pollués, toxiques, sales... tout ce qu'il faut pour nous faire paniquer. Et même s'il est bien de prendre conscience des conséquences de certaines mauvaises habitudes alimentaires, ces constats ne devraient pas régir notre existence. Non?

Comment alcaliniser mon assiette?

L'autre jour, une collègue m'apprenait que la carotte (une racine tirée du sol, donc...) contenait beaucoup de sucres, et que les adeptes du «sugar free» l'avaient désormais ajoutée à leur liste d'ennemis jurés. Quelques jours auparavant, je découvrais que les pousses de soja étaient «terriblement mauvaises pour la santé» (chose que je ne suis pas encore parvenue à vérifier). Hier, après avoir préparé avec fierté une portion de lentilles noires («HA! cette fois, vous ne me trouverez aucune contre-indication!»), on me rappelait que cet aliment favorise les ballonnements. J'ai baissé les yeux vers mon assiette, confuse, et me suis dit que j'étais devenue une bien triste brebis de Panurge.

Spiruline et eau plate

Soyons clairs: s'alimenter correctement, pour protéger sa santé, c'est très, très bien! Mais lorsque cette résolution va trop loin, devient catégorique, nous vole une part de joie de vivre, nous culpabilise, embrouille notre esprit et supprime nos repères de satiété naturels, elle n'est plus si positive que cela. Que nous reste-t-il, si l'on veut vraiment appliquer les recommandations de tous ces gourous et de tous ces régimes? Hormis une pile d'assertions scientifiques à vérifier une par une (ne croyons pas tout ce qui se lit sur Internet: les carottes ne vous donneront pas de caries!), des cachets de spiruline et des épinards en feuilles, nous n'aurons plus grand chose à nous mettre sous la dent.

Manger «sain» à s'en rendre malade

Je veux bien croire que le sucre raffiné (entendez gâteaux, donuts, sodas, bonbons, certaines barres de céréales), les plats industriels bourrés de sodium et de graisses saturées (comprenez poissons panés surgelés, paquets de chips, fast food) sont mauvais pour notre santé. Mais ça, nous le savions déjà, bien avant que les fans du «sugar free» ne prennent d'assaut nos vies. Oui, parce qu'il y a deux façons de concevoir cet anglicisme si tendance: ceux qui évitent simplement les sucres raffinés, un choix tout à fait respectable; et ceux qui coupent TOUS les types de sucres existants, même ceux que l'on trouve dans certains végétaux! Imaginez une vie sans fromage, sans vin, sans pain... bref, l'extrême de l'extrême. Et comme n'a de cesse que de me rappeler ma cheffe, «tous les extrêmes sont mauvais.»

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Pourquoi mange-t-on?

Sincèrement, je me suis posé la question, en écoutant un reportage au sujet du régime cétogène: ce dernier consiste à couper absolument tous les sucres de son alimentation, pour favoriser les graisses (viande, avocats, noix, huiles végétales, poissons...). Comme tous les régimes à la mode, celui-ci vise une meilleure santé et une perte de poids. Mais peut-on vraiment tenir des années sans manger un morceau de fromage? Sans doute que certains convaincus y parviennent, peut-être malgré eux, en raison d'une digestion facilitée (chacun digère différemment la nourriture!) ou d'un trouble de la santé particulier.

Personnellement, je veux bien réduire ma consommation, afin de protéger ma santé; mais il me serait physiquement impossible d'arrêter le chocolat pour toujours. Je suis certaine qu'au bout de quelques mois, je finirais par craquer et dévorer la plaque entière, pour rattraper le temps perdu. Peut-être bien qu'on s'habitue à tout... mais pas à l'absence de cacao!

Manger, le casse-tête du siècle

À force de vouloir faire attention à tout ce que nous mangeons, pour protéger notre corps, c'est notre santé mentale que nous finirons par malmener! Manger, à la base, est un plaisir que l'on partage. Nos premiers rendez-vous galants, nos réunions de famille, nos fêtes d'anniversaire: ces événements heureux s'articulent quasiment toujours autour d'un repas. Nous mangeons pour fêter quelque chose, pour profiter de l'instant... pour se sentir en vie! Un bon repas (AVEC frites ou fromage) a le don d'embellir le présent, et ne devrait pas suggérer le compte-à-rebours angoissé jusqu'à notre inévitable mort, que l'on doit à tout prix tenter de retarder (je caricature...). Si, selon une étude que je viens d'inventer, chaque artichaut avalé nous offre deux heures de vie supplémentaires et que chaque verre de vin nous en supprime cinq...? Il y a de quoi devenir fou, surtout pour moi qui n'ai jamais été bonne en calcul.

Retrouver l'équilibre

Je ne suis pas nutritionniste, ni médecin. Mais je me suis beaucoup, voire trop renseignée sur la question. Et je deviens folle. La nourriture est en passe de devenir une dictature culpabilisante, si bien qu'un paquet de haricots s'accompagnera bientôt de l'étiquette «immortalité garantie, à chaque consommation»! Un peu d'équilibre, ce serait pas mal, non?

Une boule de glace par semaine, une poignée de frites au four tous les dix jours, un bon burger maison quand on en a envie, des bonbons lors des goûters d'anniversaire, du fromage fondu après le ski... et tout cela en plus des fruits, des légumes, des fibres, des graines de chia et du curcuma! Peut-être que ce ne serait pas si mal d'arrêter de réfléchir à tout: manger quand on a faim, arrêter de manger lorsqu'on se sent rassasié, et dire «oui» sans culpabilité quand on rêve d'une deuxième part de gâteau. Juste de temps en temps, histoire de rendre ces moments plus beaux: de toute façon, une vie sans frites ne vaut pas la peine d'être vécue.

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