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Chronique: Aspirateur 1 Camus 0

Chronique Sonia Arnal 2

Sonia Arnal est rédactrice en chef adjointe du Matin Dimanche. Dans sa vie comme dans la vôtre, rien ne se passe jamais comme il faudrait…

© Silke Werzinger

Reprenons, pour ceux qui auraient siesté durant les cours d’histoire antique et de philo; Sisyphe, donc, est un être mythologique condamné à hisser un immense caillou au sommet d’une immense montagne, mais dès qu’il est à bout touchant, la pierre roule au bas de la pente et il doit recommencer.

J’ai toujours trouvé que nous avions avec ce mythe-là une parfaite métaphore des travaux ménagers: tu passes l’aspirateur dans le couloir; deux jours après la poussière, tes enfants et tes invités ont rempli leur office; tout est sale et tu peux recommencer. Cet éternel recommencement, cette tâche dépourvue d’intérêt, cette certitude que ce ne sera jamais fait mais toujours à faire: nous sommes toutes des Sisyphe.

Cet éternel recommencement, cette tâche dépourvue d’intérêt, […] nous sommes toutes des Sisyphe.

Albert Camus a lui aussi trouvé l’histoire intéressante, mais comme il devait passer moins de temps que moi à enfourner des machines dans le lave-linge et à laver des vitres que, l’après-midi même, un orage pourrit, il en a fait une lecture plus large: Sisyphe, ce n’est pas le quotidien de la ménagère de moins de 50 ans qu’il incarne, mais celui de toute l’humanité. Je vous la fais courte donc caricaturale: l’homme est un être de raison, mais le monde n’a aucun sens et la vie est absurde (voir Sisyphe donc, qui sait que ce qu’il fait ne sert à rien, est dépourvu de tout sens, mais continue quand même). L’être humain a deux options d’après Camus: se suicider (bon vraiment ça me soûle de devoir recommencer encore et encore à passer la panosse sur le carrelage de ma cuisine, mais pas à ce point non plus) ou vivre avec. Toute la grandeur de l’homme, d’ailleurs, c’est qu’il peut prendre conscience de sa condition et donc, dit Camus, qu’il n’est pas de destin qui ne se surmonte par le mépris.

Ben moi je dois manquer de grandeur grave, avoir un tout petit esprit pas du tout calibré pour transcender ma condition, parce que le fer à repasser à la main devant la chemise blanche – dont je sais que dimanche prochain elle sera de retour sur cette même planche après avoir été portée un jour, lavée, suspendue sur l’étendage – eh ben ça ne me rend pas spécialement heureuse. Un peu déprimée, même, parfois. Donc Sisyphe heureux, mouais, c’est très théorique. Comme je dis, on voit que c’est pas Camus qui pousse le caillou.


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