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Ce que les hommes rêvent de savoir sur les femmes

Ce que les hommes rêvent de savoir sur les femmes
© Getty Images/Ikon Images

Internet ne sert à rien. Les romans non plus, ni même aucun livre. Et ne parlons pas de la presse féminine. Voilà le constat qu’il est tentant de faire quand on entend les hommes se confier sur les femmes: ils n’y comprennent rien, leur expertise est nulle, leurs préjugés éléphantesques et leurs attentions burlesques. A l’heure où il leur suffit de se faire nommer «chatounette72» pour s’inviter dans un forum de femmes qui débattent virtuellement d’absolument tous les sujets intimes avec la pudeur de Kim Kardashian, les hommes n’en savent pas plus qu’à l’époque où les jupes étaient des rideaux longs tombés jusqu’à des chevilles à peine imaginables. Stephen Vasey, sociologue et thérapeute de couple à Lausanne, en fait chaque jour le constat: leurs incompréhensions sont la source de tous les quiproquos, disputes et autres crises. Et selon lui, qui pratique depuis plus de vingt-cinq ans, le problème ne cesse de croître. Pourquoi? «Parce que les hommes cherchent justement davantage à comprendre les femmes! Ils se posent des questions comme jamais. Or, à trop s’évertuer à les déchiffrer, à les suivre et à s’adapter à elles, ils en perdent leur latin.»

Ils ont une excuse, cependant: les rôles de chacun et chacune ont été bouleversés, les frontières entre la masculinité et la féminité sont devenues poreuses, un troisième sexe s’est même imposé… Le bon vieux moule dans lequel on a longtemps fait les femmes est brisé et les créatures contemporaines sont apparues: indépendantes, volontaires, plurielles… En un mot: vivantes! Du coup, les doutes – voire le malaise – saisissent leurs congénères masculins. C’est l’un des ingrédients de la fameuse «crise de la masculinité» car, le masculin n’existant que dans son rapport au féminin, si celui-ci bouge, le premier tremble irrémédiablement. «Les femmes sont globalement plus affirmées, elles savent mieux ce qu’elles ne veulent pas et, parfois, ce qu’elles veulent… Et c’est formidable! Mais face à elles, les hommes me semblent de plus en plus perdus et ignorants. Ils ne savent plus qui être, comment se comporter, avancent sur la défensive ou en retrait… Ce qui leur fait perdre leur intérêt aux yeux des femmes qui, malgré tout, attendent des hommes qu’ils restent des hommes», explique encore Stephen Vasey, auteur de «Laissez faire l’amour» (Ed. Love of the Path).

A côté de ces hommes sensibles, quelques inébranlables à l’ancienne tiennent bon, continuant de vivre à côté des femmes comme si rien n’avait changé. Une façon de faire l’autruche au masculin – nommée aussi «lâcheté» –, mais que les intéressés préfèrent exprimer par la formule «Je ne veux pas me prendre la tête». Ou comment s’accrocher à une vision simplifiée, rationnelle et donc rassurante (quoique ringarde) des femmes. Pour Stéphanie Hahusseau, psychiatre, psychothérapeute et auteure de «Un homme, un vrai: dissiper les malentendus émotionnels hommes-femmes» (Ed. Odile Jacob, 2015), cette catégorie d’hommes reste majoritaire: «Déjà, quand je ‘vois arriver un homme dans ma clientèle’, je suis étonnée! Alors si je l’entends s’interroger non seulement sur lui, mais sur les autres, en l’occurrence les femmes, je me dis qu’il a fait un sacré bout de chemin! Se poser des questions, c’est déjà résoudre une grande partie de la difficulté qu’elles soulèvent.»

Enfin, une troisième catégorie d’hommes apparaît, selon Stephen Vasey: ce sont ceux qui, «reconnaissant qu’ils ne comprennent rien, acceptent juste de faire avec cette différence et de ne pas la perdre de vue, sans pour autant lui sacrifier leur cap. Cette écoute rend bien plus créatif et serein dans le couple.»

Cependant, qu’ils s’interrogent face à leur miroir ou chez un psy, ou qu’au contraire ils donnent l’impression de ne pas chercher à comprendre, tous les hommes, sans doute, affichent une même curiosité à l’idée de pouvoir enfin en savoir plus sur ce fameux mystère féminin. Une curiosité qui pourrait tenir en 4 grandes questions que voici…

1. Qu’est-ce qu’elle me dit?

Ou: «pourquoi me dit-elle une chose et semble vouloir son contraire?» «comment se fait-il qu’on utilise le même vocabulaire et que j’ai le sentiment qu’on ne parle pas la même langue?» «pourquoi rien n’est-il jamais univoque avec elle?» Ou encore «mais qu’est-ce que j’ai fait de mal?»…

Imaginez (ou ravivez) la scène suivante:
Elle: «Tu as envie de sortir ce soir?»
Lui: «Non, ça va, j’ai du boulot à finir.»
Elle fait la tête.
Lui: «Qu’est-ce que j’ai fait de mal?»

Il n’a simplement pas compris que sa question lui signifiait qu’elle avait très envie de sortir ce soir. Elle se sent incomprise, ignorée, le trouve égoïste… Une scène des malentendus conjugaux parmi d’autres, soufflée par Elsa Godart, philosophe et psychanalyste: «Sans tomber dans les clichés à la Mars et Vénus, je dois bien reconnaître dans ma pratique que les femmes et les hommes ne formulent pas du tout les demandes et les reproches de la même manière. L’approche masculine est, dans l’ensemble, très claire, directe, logique, rationnelle. L’approche des femmes est, bien souvent, moins explicite et linéaire, plus sensible et émotionnelle…» Pourquoi? C’est la question de l’inné et de l’acquis, répond Karin Domenech, sexothérapeute à Lausanne: est-ce le fait des hormones qui nous traversent à chaque instant? Ou de l’éducation reçue pendant des siècles qui cantonnait les femmes à la sphère intime et à la discussion plutôt qu’à l’action; tandis qu’à l’inverse, les hommes étaient peu ou prou condamnés à taire leur ressenti et à avancer droit? Sans doute un peu des deux, avec pour conséquences les quiproquos et autres «tu ne comprends rien!» propres à toute vie de couple.

2. Qu’est-ce qu’elle veut?

Ou: «pourquoi avec elle, c’est un jour blanc, un jour noir?» «pourquoi ai-je le sentiment d’avoir toujours faux?»…

Ces hommes ont tous un même guide spirituel: François Ier, auteur de la formule: «Souvent femme varie, bien fol est qui s’y fie.» Rappelons à l’occasion que c’est le même homme qui mena une vie amoureuse et sexuelle débridée dont on peut douter qu’il ait jamais laissé à une seule de ses maîtresses la liberté d’en faire autant. Mais voilà: l’homme peut varier les plaisirs, la femme, en revanche, ne devrait pas varier ses humeurs. Là encore, entre l ’inné et l’acquis, difficile de trancher, même si, pour Stéphanie Hahusseau, spécialiste des émotions, la part éducative l’emporte largement: «Les fonctionnements émotionnels féminin et masculin sont les mêmes! Ce qui fait la différence c’est l’attention qu’on nous a appris à y porter (intense chez les filles, quasi nulle chez les garçons), la manière d’être ou non invité à exprimer ses émotions et à les assumer. Du coup, les hommes sont très souvent dans le déni de leurs émotions, quitte à vous dire en hurlant «je ne suis pas en colère!» Et même quand ils arrivent à reconnaître leurs émotions, et à les dire, ils pensent souvent que tout est fait! Sauf que cela règle assez peu le problème…»

Dans la balance de l’acquis, Stéphanie Hahusseau fait aussi peser le fait que, traditionnellement, les femmes sont souvent en charge de la régulation émotionnelle des autres: leurs enfants, leur partenaire, mais aussi dans la société, au travail (plus de 80% des emplois dans le «care» sont tenus par des femmes). Pendant ce temps, ces messieurs peuvent rester ignorants face aux mécanismes des émotions.

La philosophe et psychanalyste Elsa Godart rappelle que cette grande question sur les femmes pose avant tout celle du désir: «Or, les femmes ne sont pas toujours claires avec leur désir.» Là encore, si le biologique a sa part de responsabilité (jeu des hormones, désir sexuel plus subtil…), c’est surtout l’éducation qui pèse: une éducation qui n’a longtemps pas laissé aux femmes la liberté de choisir pour elles-mêmes, donc d’affirmer leur désir. «Sans oublier, ajoute Elsa Godart, que la plupart des femmes ont plus de choses à gérer au quotidien, entre vie pro et vie perso, ce qui rend le cap du désir d’autant plus difficile à tenir.»

3. Qu’est-ce qu’elle ressent quand on fait l’amour?

Comprenez aussi: «est-ce qu’elle aime quand on fait l’amour?» «est-ce qu’il lui arrive de simuler?» «est-ce qu’elle a plus de plaisir avec moi qu’avec son ex?»…

«C’est tout le mystère posé par la jouissance féminine, et qui, explique Elsa Godart, génère quantité d’émotions chez la plupart des hommes: l’envie, parce que cette jouissance peut être multiple, contrairement à la leur. Mais aussi une certaine inquiétude, car l’orgasme féminin allie corps et esprit, peut être d’une puissance terrible, venant «d’on ne sait où» car de l’intérieur… Comparativement, celui de l’homme peut sembler bien simple, pour ne pas dire «primaire», en tout cas moins «poétique».»

Pour Karin Domenech, ces questions renvoient au fait que les hommes sont pris dans des angoisses de performance: est-ce que je fais bien? Est-ce que je la satisfais? Si elle n’a pas autant de désir que moi, est-ce parce que je ne suis pas à la hauteur? Des interrogations aussi vieilles que l’homme, mais que notre époque a sans doute rendues plus vives. «Il faut bien voir que la sexualité féminine n’est pas un sujet dont on s’occupait il y a encore quelques décennies. Aujourd’hui, la femme revendique son plaisir, en parle, cela génère d’autant plus de remises en question du côté des hommes… mais aussi des femmes!» ajoute la sexothérapeute. «Dans des sociétés où la sexualité est souvent représentée comme facile et l’orgasme vite atteint, les femmes sont également victimes de l’angoisse de performance.» Conséquence? Pour éviter de se sentir hors norme ou pas à la hauteur, chacun garde ses questions pour soi.

4. Qu’est-ce qui se passe dans son corps de mère?

Ou: «comment fait-elle pour supporter neuf mois ce ventre lourd?!» «qu’est-ce qu’elle sent quand il bouge?» «est-ce qu’elle a encore envie de moi enceinte?»…

Autant d’interrogations qui renvoient, selon Elsa Godart, à un grand mystère avant tout: «Comment le lieu de la jouissance peut-il aussi être celui de la création? Finalement, en tentant de percer le secret de la maternité, c’est également leur propre origine que les hommes interrogent: «Comment une femme a-t-elle pu me désirer au point de me donner la vie?» Un point qui restera toujours en suspens, pour chacun des genres d’ailleurs. Enfin, selon la philosophe et psychanalyste, ces questions témoignent également du fait que, dans la distance irréductible entre la femme, capable de créer, et l’homme, celui-ci garde inéluctablement une place de petit enfant. Finalement, ose la philosophe, «entre les deux, seule la femme peut se permettre de dire qu’elle connaît l’autre, puisqu’elle a la possibilité d’en «fabriquer» et d’en porter en elle.» Les hommes n’ont donc pas fini de nous trouver mystérieuses. Et tant mieux, puisque c’est là que se joue l’attirance de l’un pour l’autre.

«Répartir les individus en deux grands groupes est une facilité»

Nos questions à Isabelle Zinn, sociologue à l’UNIL

Alors que les inégalités et les écarts entre eux se sont réduits, hommes et femmes semblent toujours aussi peu se comprendre et se connaître l’un l’autre. Pourquoi?
Pour moi, cela montre à quel point la catégorisation par sexe continue de s’opérer de façon persistante dans nos sociétés. Dès que l’on rencontre une femme (ou un homme bien sûr), on la considère non pas comme une «personne», mais d’abord une femme, et l’on généralise ce que l’on constate chez elle comme étant un trait commun à toutes les femmes. Or, non seulement il existe des «masculinités» et des «féminités», mais d’autres variables doivent être prises en compte. Si l’on veut parler de «catégories»: la classe sociale, le pays dans lequel on vit, la religion, l’âge, etc. Le sexe n’est pas le seul critère qui nous caractérise, loin de là! Voilà une terrible réduction de la réalité sociale.

Pourquoi cette catégorisation sexuée reste-t-elle dominante?
Parce que le poids de la tradition pèse encore très lourd, et parce que c’est une facilité: répartir les individus en deux grands groupes cela nous évite d’avoir à prendre en compte la complexité de la réalité. Puis aussi, me semble-t-il, parce que l’on a cette tendance à envisager les relations entre les gens sur le plan de la séduction hétérosexuelle. C’est un biais qui n’a pas d’âge mais que les médias contribuent fortement à faire perdurer.

Cependant, vous ne pouvez pas nier que la maternité, par exemple, demeure un mystère aux yeux des hommes!
En effet. Cela étant, je ne dis pas que les hommes ne se posent pas de questions sur les femmes et réciproquement, mais simplement que ces questions relèvent de la construction sociale. Et certaines différences biologiques qui existent entre nous ne peuvent pas être considérées comme des raisons suffisantes pour induire des comportements sociaux propres à chaque genre, et encore moins justifier un traitement différencié des sexes.

Comment, d’après vous, réduire ce sentiment d’incompréhension entre hommes et femmes?
Je crois, malgré tout, que cette tendance à catégoriser les sexes présente un avantage: elle aide à faire de l’égalité un sujet de discussion légitime. C’est une étape indispensable pour pouvoir lutter contre les inégalités. Mais il faut aller plus loin, notamment en considérant tous les autres critères qui nous caractérisent.

«L’âme d’une femme n’est pas celle d’un homme»

Le point de vue de Michel Onfray, philosophe et auteur de «Cosmos» (Flammarion, 2015)

«La femme est pour moi une énigme. Une énigme est une question qu’on ne parvient pas à résoudre. Une question qui reste désespérément sans réponse. La question est: comment fonctionne l’âme d’une femme? Rappelons que je crois en l’âme matérielle, autrement dit à la substance d’un être, au style de son identité. L’âme d’une femme n’est pas celle d’un homme. Leur fonctionnement diffère et penser l’âme d’une femme avec l’âme d’un homme semble empêcher qu’on puisse y parvenir

Pour tenter d’avancer dans la résolution de cette énigme je compte moins sur la philosophie, qui est souvent l’art de brouiller les pistes, que sur la vie qui est art de découvrir les choses. De sa propre mère à sa compagne en passant par des aventures d’un jour ou des histoires importantes, via des collègues, des femmes d’amis, des voisines, des petites filles et des grands-mères qui passent dans notre vie, on peut regarder autour de soi et obtenir quelques certitudes. Une assemblée uniquement composée d’hommes a tendance à être plus primitive que quand il y a des femmes.

On pourrait se demander: est-il finalement nécessaire de chercher à percer ce mystère? Le philosophe que je suis ne saurait se contenter de mystères! Ce mystère n’est pas sans relation avec la testostérone! Pourquoi la proportion de femmes incarcérées est-elle de 3.5% de la totalité de la population carcérale? Les femmes font moins couler le sang que les hommes dont c’est une passion… Je crois qu’il est bon qu’on comprenne que les femmes donnent la vie et que ce sont souvent les hommes qui l’ôtent.»

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