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Octobre rose 2022: La vie après le cancer du sein

Octobre rose 2022: La vie après le cancer du sein

«Trouver un travail n’est pas simple. Elles se sont préparées au pire, finalement ça va bien, mais on ne peut pas savoir pour combien de temps.» - Dr Khalil Zaman

© GETTY IMAGES/MARIA PONOMARIOVA

Après deux ans de mise en veille forcée, Octobre Rose reprend des couleurs entre les vagues pandémiques. Et c’est tant mieux, puisque avec plus de 1400 décès par an en Suisse, le cancer du sein reste un problème de santé publique qu’aucun vaccin ne peut enrayer. Certes, durant la pandémie, les chiffres de nouveaux cas de cancer du sein sont restés stables, avec entre 6500 et 7000 femmes diagnostiquées en Suisse par an. Soit 1 femme sur 8, encore et toujours.

Des avancées dans les soins

Si le dépistage a pâti du Covid, avec parfois des arrêts de quelques mois, le retard est en cours de rattrapage. «En Suisse, nous n’avons actuellement pas de données à disposition, mais en Angleterre, ils ont constaté entre deux et sept mois de retard de dépistage. Même si cela peut parfois être le cas, les éventuelles conséquences de ce retard ne sont pas encore connues», tempère le Dr Khalil Zaman, répondant médical du Centre du sein du CHUV, médecin adjoint au Service d’oncologie médicale.

De fait, les avancées dans les soins n’ont pas été ralenties, au contraire, puisque les traitements sont toujours plus ciblés, performants et adaptés quasi sur mesure selon le type de cancer du sein.

«Le gros «hit» cette année, c’est ce qu’on appelle les chimiothérapies immuno-conjuguées, c’est-à-dire de la chimiothérapie attachée à des anticorps qui livrent la chimiothérapie directement dans les cellules cancéreuses», explique le Dr Zaman.

«C’est l’idéal de ce qu’on imagine pour la chimiothérapie. Il y en a deux commercialisés actuellement, avec des résultats très impressionnants et une efficacité augmentée par rapport à ce qu’on pouvait obtenir avec une chimiothérapie standard dans les maladies métastatiques. Les récentes études ont montré que la survie des patientes qui ont reçu une chimiothérapie guidée par anticorps est nettement meilleure.» Des progrès réjouissants donc, avec en parallèle d’autres traitements en cours de développement pour cibler encore plus les variantes du crabe.

Se (re)projeter dans le monde du travail

Une augmentation des chances de survie qui ouvre de nouvelles perspectives à des patientes qui peuvent alors envisager et cogiter sur «la vie d’après». Ce qui n’est pas sans conséquences niveau stress et nécessite un soutien psychologique parfois sous-estimé une fois le choc du diagnostic et le tsunami du traitement passés. «Avec l’amélioration du pronostic, des patientes qui ont des maladies métastatiques pour lesquelles dans le passé la survie médiane était de deux à trois ans voient aujourd’hui leur maladie contrôlée parfois pendant des années avec un traitement pas trop lourd.»

«Avec un pronostic vital à court terme, la priorité n’était pas la reprise du travail, mais maintenant pour ces personnes se retrouver à l’AI sans vie professionnelle, psychologiquement, c’est lourd.»

«En même temps, trouver un travail n’est pas simple. Elles se sont préparées au pire, finalement ça va bien, mais on ne peut pas savoir pour combien de temps», ajoute le Dr. Zaman.

D’où l’importance d’un soutien psychologique pour se projeter et s’armer pour la vie d’après, avec ou sans cancer, telle que soulignée lors des deux événements proposés aux patientes comme aux spécialistes durant le mois d’octobre. Anne Dunand, psychologue associée au CHUV, complète: «Le soutien psychologique est important lors d’un cancer du sein et fait partie intégrante du traitement.»

«Mais le focus est vraiment de dire que les difficultés viennent souvent dans l’après-cancer, après le traitement lourd, quand la maladie est résiduelle, avec des séquelles physiques et psychiques.»

Des conséquences souvent peu prises en compte ou en tous les cas invisibilisées au niveau sociétal. «Toutes ces questions liées à l’incertitude au niveau personnel, social et professionnel sont un véritable défi aujourd’hui. Entre les pertes d’emplois et la discrimination cachée, on constate un double discours: d’un côté, l’employeur dira que c’est pour protéger son employée qu’il ne lui propose pas un poste stressant. De l’autre, la femme qui reprend une activité ne comprendra pas pourquoi on ne lui propose pas un poste intéressant. Il faudrait trouver un nouvel équilibre pour ne pas discriminer ces femmes qui reviennent sur le marché du travail, ni minimiser ce qu’elles ont vécu ou vivent encore au niveau de leur santé», ajoute la psychologue.

Pour le Dr. Alexandre Bodmer, Directeur du Centre du Sein et médecin adjoint responsable à l’Unité d’Oncogynécologie aux HUG, la société n’est pas préparée à l’arrivée sur le marché du travail de ces «survivors» du cancer. «Elles doivent reprendre une vie active avec toutes les conséquences des traitements qu’elles ont eus. Même si parfois au premier abord cela ne se voit pas, elles sont fragilisées. Elles peuvent avoir des troubles de la mémoire par exemple, ce qui a un impact sur leur rentabilité professionnelle. Notre société n’a pas anticipé ces situations-là, mais c’est un sujet qu’il va falloir prendre en compte rapidement, car si c’est valable pour l’oncologie en général, c’est encore plus marqué pour le cancer du sein, avec des maladies qui deviennent chroniques chez des patientes en âge de travailler. On va devoir y faire face.»

Des rendez-vous autour du thème

À l’occasion d’Octobre rose, le CHUV organise une conférence publique le jeudi 6 octobre 2022 de 18 h à 20 h 30 sur le thème de la Psycho-oncologie et la prise en charge du cancer du sein.

Plus d'informations

Aux HUG, la journée du 12 octobre 2022 sera dédiée à la question de la reprise du travail après un cancer du sein lors d’une table ronde. L’occasion de sensibiliser patientes, professionnels et employeurs à la question pour plus d’inclusion.

Plus d'informations

Dans le cadre d'Octobre Rose, OSE Thérapies lance, entre autres ateliers liés à l'estime de soi et à la féminité et spectacle d'humour et d'auto-dérision, une campagne de sensibilisation et de prévention, «Palpez-vous autant que vous likez», visant à rappeler aux femmes l'importance de l'auto-palpation et des contrôles médicaux réguliers pour la lutte contre le cancer du sein.

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