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Coupez le son!

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«Un silence partagé de manière confortable est souvent le marqueur de la plus grande des intimités», note Gabrielle Tschumi, psychologue et psychothérapeute FSP.

© Jessica F

Cette année encore, l’actrice Emma Watson s’apprête à embarquer pour une retraite silencieuse de sept jours. Ainsi qu’elle l’expliquait à «Vogue» en novembre dernier, ces pauses sonores sont devenues un rendez-vous annuel indispensable, instauré en 2015 après une rupture difficile. En interrompant le brouhaha constant dont l’entourent notamment les réseaux sociaux, ce silence forcé lui permet de prendre un peu de recul et de cibler ce qui est réellement important. Aussi avoue-t-elle que, sans ces retraites, elle aurait sans doute supprimé son compte Instagram, qui l’attache nuit et jour à ses 55 millions d’abonnés.

Le bruit, cette charge de travail qui nous poursuit

Si l’absence de bruit possède un tel pouvoir, c’est qu’elle est devenue particulièrement rare. Notre société s’apparente en effet à une cacophonie d’informations, de sons et de stimuli constants. Airpods greffés aux oreilles, nous passons habilement d’une playlist à une autre, interrompant parfois un morceau pour écouter un message vocal ou regarder une story Instagram. Le bruit est partout.

Pire encore, nous le cultivons, soumettant nos neurones à une belle charge de travail. «Notre cerveau est doté d’un système de renforcement qui lui permet de répondre à certains stimuli environnementaux», explique le professeur Daniele Zullino, chef du Service d’addictologie des HUG.

«Au temps de l’homme des cavernes, ces stimuli étaient essentiels à la survie de l’individu et de l’espèce. Ils sont notamment liés à la sexualité, à l’alimentation ou au danger, mais concernent également les événements inattendus ou les éléments de nouveauté qui exigent une adaptation du comportement. En réponse, le cerveau libère de la dopamine, un neurotransmetteur impliqué dans l’apprentissage de la nouveauté.»

Dans ce cas, peut-on devenir accro au bruit? La réponse est oui.

«Aujourd’hui, nous sommes constamment entourés d’éléments de nouveauté, fournis entre autres par les réseaux sociaux, poursuit l’expert. Cette pléthore d’éléments imprévisibles et la dopamine sécrétée en réaction, provoquent des effets différents qu’auparavant sur notre organisme.»

Ainsi, le professeur Zullino remarque que nous pouvons développer une addiction à ces événements inattendus, comme on devient accro à la nourriture très grasse ou à l’alcool. «Ça rend la déconnexion d’autant plus difficile, car nous avons pris l’habitude de chercher de la nouveauté partout», ajoute-t-il.

Le diable se cache dans le son

En plus de rechercher ce flux d’informations inédites, nous avons également tendance à fuir le silence. «L’absence de bruit nous confronte à nos pensées, souligne Julien Borloz, psychologue FSP. Nous avons perdu l’habitude de vivre sans stimulation constante et il peut arriver que nous craignions les pensées qui nous assaillent lorsque nous leur en donnons l’occasion. Nous tentons donc de les étouffer par le bruit, ce qui est très dommage, puisque ça nous empêche de les gérer.»

En effet, le brouhaha constant malmène la santé mentale autant qu’il endommage la santé physique. En 2011, une étude publiée par l’OMS soulignait qu’une exposition trop importante au bruit augmentait le risque de souffrir de maladies cardiovasculaires, diminuait la concentration, favorisait les troubles du sommeil et renforçait les effets du stress. «Les personnes souffrant d’un burn-out réalisent souvent trop tard qu’elles n’ont pas prêté attention aux messages que leur envoyait leur corps, ajoute Julien Borloz. Sans des moments de silence qui permettent une prise de recul, il est en effet difficile d’opérer ces petits body scans ou mind scans, utiles pour faire le point. Nos besoins peuvent ainsi passer inaperçus.»

© Christian Sogaard

Comment retrouver la paix?

Face à ce problème, les incitations au silence se multiplient. En avril 2020, l’auteure et coach Emilie Devienne publiera «Savourons le silence» (Ed. Eyrolles), un ouvrage pratique pour nous aider à retrouver le calme intérieur face à ce qu’elle appelle le «remplissage sonore». «Le silence est une bulle de régénération, estime l'écrivaine, mais ça ne signifie pas que nous devions forcément nous isoler. Il s’agit plutôt de se recentrer sur nous-mêmes de temps en temps pour recharger les batteries.» Dans son ouvrage, Emilie Devienne liste notamment huit manières de retrouver le silence.

«Pour se désintoxiquer du bruit, il faut déjà réaliser qu’il nous entoure, note-t-elle. Et oser demander le silence! Ensuite, on l’apprivoise en renouant avec la nature ou en préparant un repas sans enclencher Spotify.»

Il convient en effet d’opérer des modifications légères: «En présence d’une addiction, il est utile de rompre de façon ponctuelle avec les rituels continus, de créer un break, résume le professeur Zullino. Cette pause ne nous fait pas forcément du bien sur le moment, mais elle permet de nourrir une réflexion libérée des réflexes automatisés.» On le remarque notamment avec les randonnées en forêt, qui nous plongent dans le silence (relatif) de la nature. «Ce genre d’activité permet de repenser aux problèmes de tous les jours d’une autre manière», confirme le médecin.

La pause silencieuse doit toutefois rester brève. «Les neurones ont besoin d’être en interaction continuelle et une période d’isolation trop importante peut être néfaste à notre état mental, ajoute le professeur Zullino. Un petit break destiné à interrompre les rituels peut déjà être très bénéfique et nous rendre plus réceptifs.»

Le silence et les autres

Réceptifs à nos propres besoins, évidemment, mais également à ceux des personnes qui nous entourent. Dans une conférence TEDx intitulée «My Month of Silence», donnée en octobre 2019, l’auteure Donna Sanchez, une «pipelette en rémission», raconte ses 30 jours passés sans parler: «J’ai réalisé à quel point j’étais bavarde, à quel point j’écoutais mal et à quelle fréquence je ressentais l’envie de hurler sur tout le monde», expliquait-elle à son audience. Le talk met en évidence la nécessité de cultiver le silence avec autrui.

D'après Gabrielle Tschumi, psychologue et psychothérapeute FSP, «laisser la place au silence dans la relation, c’est sortir du remplissage. Ça permet également de devenir plus attentif au non-verbal, qui forme une part essentielle de la communication.»

Pour elle, garder le silence c’est dire à l’autre: «Tu as toute mon attention. Je te regarde et je t’écoute.» Afin de mieux communiquer avec notre conjoint, notre chef ou nos amis, il est primordial d’entendre réellement la personne plutôt que d’être dans l’anticipation de la prochaine information qu’elle va exprimer. Plus facile à dire qu’à faire, n’est-ce pas?

Par ailleurs, dans les échanges sociaux, «c’est majoritairement par peur d’éprouver une gêne qu’on se sent obligés de remplir les silences, poursuit Gabrielle Tschumi. On craint les blancs qui peuvent survenir dans la conversation, ce qui nous pousse à combler le vide. On a le sentiment que le silence suggère qu’on ne se connaît pas si bien que ça. Un silence peut en effet révéler une tension, un indicible.» Alors que c’est parfois tout le contraire! «Un silence partagé de manière confortable est souvent le marqueur de la plus grande des intimités, poursuit notre experte. Rares sont les personnes avec lesquelles on ose être en silence complet.» A méditer, la prochaine fois qu’on entendra un ange passer.

3 exercices pour s’entraîner au silence

La psychologue et psychothérapeute FSP Gabrielle Tschumi conseille de se promener dans la nature afin d’en écouter les sons, mais aussi de trouver dix ou quinze minutes dans la journée pour savourer l’absence de nuisance sonore. «Seul, dans une pièce tranquille, on se rend compte que le silence total n’existe quasiment pas. Là où il y a de l’air, il y a du son», souffle-t-elle. On peut alors répertorier les différents types de silence pour les lister dans notre tête et les laisser nous apaiser.

Le dernier exercice préconisé par Gabrielle Tschumi n’est pas le plus facile à appliquer, mais suscite pas mal de curiosité: «Je recommande de s’asseoir en face de quelqu’un de proche et de le regarder dans les yeux durant trois minutes complètes, sans parler, afin de voir ce qui émerge. C’est une expérience aux vertus insoupçonnées et fascinantes.» A vous de jouer!

© Andraz Lazic

Bonnes adresses: où faire une cure de silence?

Dans le Jura bernois, à Mont-Soleil, le centre de méditation Dhamma Sumeru nous initie à la Vipassana, une technique ancestrale de méditation bouddhique. Pendant dix jours, façon Julia Roberts dans Mange, prie, aime, on reconnecte en silence corps et esprit. Paiement sous forme de dons.

Plus d’informations

Située à quelques kilomètres de Fribourg, l’abbaye d’Hauterive est un monastère ouvert au public qui organise des retraites spirituelles où le silence est toutefois entrecoupé par des chants. Demande de participation aux frais de séjour, soit de 70 fr./jour repas compris.

Plus d’informations

Intitulée Jeûne, silence et nature, une retraite estivale se déroulera du 18 au 26 juillet dans la maison Crêt-Bérard, un lieu d’accueil spirituel situé à Puidoux (VD). Au programme? Parole réduite au strict nécessaire, marches, exercices physiques ou méditation. 955 fr./pers. le séjour tout compris en chambre individuelle.

Plus d’informations

Dans le Haut-Valais, à Törbel, le Kailash International Retreat Centre organise cours et retraites. Du 27 au 29 mars, on peut y tenter trois jours de challenge méditation et silence en haut des montagnes, aux côtés d’une professeure bouddhiste. Retraite en anglais ou en allemand.

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