témoignages

    Après la naissance d’un de mes fils, j’ai surmonté une dépression

    A l’arrivée de son second enfant, Audrey a souffert de dépression post-partum.

    Publié le 
    18 Mars 2015
     par 
    Caroline Stevens

    La naissance d’Enzo, mon premier fils, a été un événement joyeux

    Malgré une césarienne, le lien mère-enfant s’est très vite établi. Lorsque j’y repense, je me souviens davantage des bons moments que de toute autre chose. Dix-huit mois plus tard, je suis tombée enceinte pour la seconde fois. Mon mari et moi désirions cet enfant, la nouvelle a donc été bien accueillie. Malheureusement, cette grossesse n’a pas été aussi sereine que la première.

    Le gynécologue qui me suivait a suspecté une insuffisance de liquide amniotique dès le premier terme. J’ai dû faire une batterie de tests avant d’apprendre que tout allait bien. Finalement, en février 2010, l’accouchement a eu lieu. Mais les conditions ont été catastrophiques. Dès l’arrivée à la maternité, j’ai été submergée par l’angoisse. Je ne me souviens de rien, comme si un voile blanc s’était abattu sur moi. J’ai découvert mon fils le lendemain, après la césarienne. Dès que j’ai vu Gianni, j’ai senti que quelque chose n’allait pas. J’ai demandé à sortir pour prendre l’air. Durant les trois jours passés à la maternité, un sentiment de tristesse grandissait en moi. Comme je suis plutôt de nature optimiste, je me suis dit qu’une fois rentrée à la maison les choses iraient mieux.

    Mon mari a repris le travail peu de temps après mon retour. Un jour, alors que j’étais seule avec mes fils, je me suis sentie submergée, dépassée. Mon cœur était serré, des pensées négatives tournaient en boucle dans ma tête. Les journées étaient difficiles mais rien n’était aussi terrible que mon état à la tombée de la nuit. Un soir, je me suis endormie sur le canapé malgré les pleurs de Gianni. Lorsque je me suis réveillée, vers 6 heures du matin, il n’avait pas cessé de pleurer. J’ai alors compris que quelque chose de grave se passait et j’ai essayé de l’expliquer à mon époux. Il a fait des efforts pour me soutenir en rentrant déjeuner à la maison. Malheureusement, ce n’était pas suffisant. Très souvent, je passais mes matinées sur internet à chercher des explications à mon mal-être. Je visitais des sites médicaux en tapant des mots-clés au hasard. Lorsque mon mari rentrait, il me retrouvait devant l’ordinateur et me regardait faire, impuissant. Il a décidé de prendre un congé et a appelé ma meilleure amie. Nous sommes partis tous les trois en urgence à la maternité.

    S’effondrer et trouver de l’aide

    Une fois sur place, j’ai tout lâché. Je leur ai dit que ça n’allait pas, que mon fils était un étranger pour moi et que je ne me sentais pas la force d’assumer cette nouvelle maternité. La sage-femme qui m’a reçue m’a dit d’aller directement aux urgences des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). Après quelques allers-retours entre celles-ci et la maternité, j’ai finalement rencontré une psychologue. Assez vite, on m’a annoncé que je devais rester seule dans un service spécialisé. Cette nouvelle a provoqué un certain soulagement chez moi: je n’étais pas folle, une solution existait et j’allais guérir. J’ai contacté ma mère qui m’a dit qu’elle s’occuperait des enfants.

    J’ai débarqué dans l’unité psychiatrique des HUG quelques heures après mon arrivée sur le site. Les lieux étaient sinistres, des barreaux bloquaient l’accès aux fenêtres. Lorsque l’on m’a annoncé que je devais rester au minimum un mois dans cette prison, j’ai eu très peur. L’unité mère-enfant était située au même étage que la psychiatrie générale. Je croisais des anorexiques, des dépressifs, des jeunes et des personnes âgées. Les premiers temps ont été très difficiles. Chaque matin, je me demandais ce que je faisais là. Je culpabilisais en me disant que nous étions bien à trois et que cet enfant avait été une très mauvaise idée. J’avais le sentiment d’avoir fait un coup tordu à mon époux, d’avoir tout foutu en l’air. Les journées passaient lentement, ma mère me rendait régulièrement visite. Un jour, je lui ai demandé si elle pouvait adopter Gianni…

    Revenir à l’enfance avant d’avancer

    Petit à petit, devant l’incompréhension de mes proches, j’ai réalisé que seuls les médecins et le personnel soignant me comprenaient. Cette période d’hospitalisation m’a permis de faire le point sur ma vie, de revenir sur mon passé, mes relations avec mes parents et de comprendre un peu mieux ce qui m’arrivait. J’avais toujours idéalisé ma mère qui était exemplaire, aimante et dévouée à sa famille. Face à elle, je me sentais inférieure, complexée, incapable de faire aussi bien. J’ai compris que j’étais différente d’elle, qu’il me fallait arrêter de nous comparer sans cesse si je voulais aller mieux.

    Un jour, mon père est venu me rendre visite. Pour la première fois, il m’a serrée dans ses bras et s’est mis à pleurer. Cela m’a surprise, car notre relation a toujours été distante et compliquée. Peu de temps après, j’ai compris que le fait d’avoir eu un bébé de sexe masculin n’était pas sans lien avec mon état. Vers la fin de mon hospitalisation, les médecins m’ont prescrit des antidépresseurs. Je n’étais pas vraiment pour, mais j’ai accepté. Après deux semaines de traitement, les relations avec Gianni – qui m’avait rejoint dans l’unité – sont devenues beaucoup plus simples. Un beau matin, je me suis mise à jouer avec mon fils. J’ai recommencé à sortir à l’extérieur quelques heures par jour histoire de me réhabituer à la vie «normale». J’ai alors rencontré Alessandra, une psychologue du centre périnatal qui s’est engagée à me suivre à domicile afin d’assurer la transition. Le contact a été excellent. Elle m’a assuré de son engagement total et m’a donné son numéro de portable. Son soutien a été infiniment précieux. En définitive, je dirais que l’hôpital m’a sauvée et que cette psychologue m’a guérie. Mais, dans le fond, les raisons de ma dépression restent un mystère. Et cela me convient, je ne veux pas passer ma vie en thérapie…

    De retour chez moi, le quotidien s’est organisé. Après cinq mois de congé maternité et avec le suivi d’Alessandra, j’ai pu reprendre le travail. Les années ont passé, un troisième enfant – un garçon, encore! – est arrivé et je ne suis pas retombée. Bien sûr, il y a eu des moments douloureux mais cette expérience m’a permis de me sentir pleinement mère et beaucoup plus forte. Heureuse d’avoir surmonté ces épreuves, je suis fière d’être responsable de ma jolie tribu, que je chéris plus que tout.

     

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