témoignages

    Seniors, nous avons taillé la route sac au dos

    Eric et Gabrielle ont visité 65 pays dont beaucoup après leur retraite. Après avoir fait le tour du monde et âgés de plus de 80 ans, ils ont encore des envies plein la tête.

    Publié le 
    19 Septembre 2018
     par 
    Valérie Fournier

    Tout a commencé avec des vacances en Australie, se rappelle Eric. Nous avions loué un camping-car et passé plusieurs semaines là-bas. Nous y avions rejoint notre fille et son futur mari qui effectuaient leur propre tour du monde durant un an. A leur retour, ils avaient prévu de s’installer chez nous, car ils avaient quitté appartement et jobs pour vivre cette expérience. Nous nous sommes donc dit: «Partons à notre tour pour leur laisser la place». Le 8 mars 2002, nous nous sommes donc envolés direction l’Inde pour un tour complet du globe durant 6 mois. Nous avions 66 et près de 70 ans. Mais attention, on ne décide pas un tel projet sur un coup de tête. Nous avons toujours eu la bougeotte. Avec nos trois enfants, nous avions l’habitude des séjours à l’étranger, ayant campé en Europe et passé plusieurs fois par les Etats-Unis.

    J’ai vécu dans un pensionnat jusqu’à mes 16 ans, renchérit Gabrielle, alors quand j’en suis sortie, je n’avais qu’une envie, m’évader! Le goût de l’aventure, on l’a ou on ne l’a pas, ça ne s’invente pas.

    Nous ne sommes passés par une agence que pour le billet, un forfait tour du monde avec un maximum d’arrêts possibles, soit 15, qui doivent se faire dans le sens des aiguilles d’une montre, explique Eric. Après, si vous avez envie de faire un crochet en dehors de l’itinéraire, vous devez prendre un billet supplémentaire et le payer. Nous l’avons fait, par exemple, en Chine pour aller à Xi’an voir l’armée des soldats en terre cuite. Mais globalement, on est obligés de planifier plus ou moins les étapes, de donner des dates, même approximatives. Il y a des pays que nous avions déjà visités, nous sommes parfois passés assez rapidement dans certains. On s’est débrouillé avec des guides type Routard ou Lonely Planet, car à l’époque il n’y avait pas encore de smartphones. On nous a aussi parfois donné des adresses et des conseils, comme pour le trek au Népal.

    La fin des vacances vous attriste? On a la solution: repartir en voyage!

    Aventures et quelques frayeurs

    Les débuts ont été plutôt mouvementés. Partis de Genève avec 1h30 de retard en raison du gel et de la neige, nous avons raté notre correspondance à Londres pour Bombay. Nous avons pris un vol le lendemain, mais nos bagages ne nous ont pas suivis. Les démarches avec l’administration indienne en vue de les récupérer n’ont pas été simples. On nous a emmenés dans un immense hangar rempli de sacs perdus et recensés dans un registre tenu à la main! British Airways nous avait donné une petite somme pour nous acheter des produits d’hygiène de base, mais nous avions nos affaires pour six mois dans ces sacs, y compris les guides. Nous avons dû taper du poing sur la table pour les récupérer et avons perdu 3 jours!

    Heureusement, la suite s’est avérée beaucoup plus simple. Nous avons eu la chance de ne jamais tomber malades ni d’être détroussés. Certes, nous avons connu quelques frayeurs, mais rien de dramatique. Au Brésil notamment, un matin, nous cherchions un monastère quand des gens sortis de nulle part nous sont tombés dessus. Ils m’ont jeté à terre. Ma femme leur a donné un coup de poing et nos cris ont alerté une autre bande de jeunes, apparue tout aussi soudainement, qui les a fait fuir!

    Débrouillardise et bon sens

    Au nord du Laos, on nous avait parlé d’une communauté reculée où les femmes vivent la poitrine à l’air. Nous nous y sommes rendus et avons fait leur connaissance. Au début, c’était sympa, puis avec des gestes ils nous ont fait comprendre qu’ils voulaient me faire fumer de l’opium et offrir un massage à ma femme. Nous avons flairé l’embrouille et avons fui. Dans ces cas-là il faut faire preuve de bon sens et garder son sang froid. Il faut faire attention aux vêtements qu’on porte, ajoute Gabrielle, rester simple, ne pas montrer de bijoux. J’avais pris des cours d’autodéfense aussi. Il est vrai que nous étions en bonne condition physique, précise Eric.

    Encore aujourd’hui, ma femme va au fitness, je fais de la musculation et je marche une heure et demie par jour avec mon chien Karma, un berger australien. Nous avons fait trois fois le chemin de Compostelle: depuis la France, depuis Séville et depuis le Portugal!

    Nous sommes mariés depuis 57 ans, autant dire que nous nous entendons bien! Il y a plus de différends ici, à la maison, qu’en voyage, assure Gabrielle. Quand on est confronté à des difficultés dans un contexte inconnu, il vaut mieux y faire face ensemble, on n’a pas le choix!

     

    Idoles des jeunes

    Pendant ce tour du monde, nous n’avons pas rencontré beaucoup de seniors comme nous, constate Eric. Des jeunes en revanche oui, beaucoup, qui étaient parfois un peu perdus. Ils étaient tout contents de trouver des francophones. Notre âge, et peut-être notre expérience, les rassurait, surtout les femmes seules.

    Comme nous voyagions en indépendants, nous étions tout le temps au contact des populations locales et pouvions facilement échanger. Nous parlons tous les deux un peu l’anglais, c’est indispensable, et ma femme a pris des cours d’espagnol durant 5 ans. Oui, on peut dire que je le parle couramment, ajoute Gabrielle. Cela nous a beaucoup aidés en Amérique du Sud.

    En Asie, étonnamment, les gens parlent anglais presque partout, sauf au Japon, où nous sommes allés deux fois (mais pas pendant le tour du monde de 2002). C’est fou, même les jeunes ne parlent pas cette langue universelle, on se demande ce qu’ils apprennent comme autre langue à l’école. En comparaison, voyager en Chine est beaucoup plus facile car on trouve toujours des anglophones, reprend Eric. Les gens venaient spontanément vers nous et nous demandaient «Do you need help?». C’était pareil à Taïwan, en Corée du Sud. L’Asie, c’est vraiment le bonheur des voyageurs. L’an dernier nous sommes allés au Sri Lanka, où nous avons été sidérés par la gentillesse des gens. Tout le monde vous dit bonjour, a le sourire, c’est extraordinaire.

    Bons plans: nos astuces pour voyage futé

    Nos prochaines vacances nous amèneront au Portugal, puis nous irons en Turquie, mais en voyage organisé. Je repartirais bien pour un nouveau tour du monde, assure Gabrielle, mais mon mari n’est pas enthousiaste. Nous avons quand même bientôt 81 et 85 ans, reprend Eric, et je ne me déplace plus aussi facilement qu’avant à cause d’une neuropathie, mais sinon je dirais oui sans hésitation! 

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