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    Femmes pionnières: Jeanne de Belleville, première dame pirate

    La première flibustière de l’histoire a pris la mer et les armes vers 1340, pour venger son mari: folle de rage après la décapitation de l'amour de sa vie, cette jeune noble décida de couler chaque navire français qui avait le malheur de croiser sa route, terrorisant au passage le royame tout entier. 

    Publié le 
    16 Juillet 2018
     par 
    Nicolas Poinsot

    Dans la catégorie des Jeanne qui ratissèrent tout sur leur passage, à l’époque médiévale, Jeanne d’Arc n’a pas le monopole de la castagne. En effet, un siècle avant les performances militaires de la Pucelle d’Orléans, une autre Jeanne, de Belleville cette fois, fit parler d’elle pour sa capacité à trucider en masse ses ennemis et à terroriser, au passage, un grand royaume d’Europe.

    Cette native du Poitou est devenue la première femme corsaire de l’Histoire, s’attaquant systématiquement, et sans une once de pitié, à chaque navire français qui croisait sa route durant les années 1340. Cette chasse impitoyable n’est pas née du hasard. Comment réagiriez-vous si l’amour de votre vie était injustement condamné par les autorités, puis décapité en place publique? Sans doute comme elle: avec l’inextinguible envie de se venger. Et d’en faire baver à tous les infâmes impliqués de près, ou même de très loin, dans son exécution sommaire.

    L’amour, la guerre et la mort

    Au départ, l’existence de cette noble avait tout pour se dérouler dans les ors et la soie. Née vers 1300, à Belleville-sur-Vie, en Vendée, Jeanne est la fille bien née d’aristocrates, dont les terres comprennent, notamment, les îles d’Yeu et de Noirmoutier. Elle hérite de la seigneurie, à la mort de son frère, qui n’a pas de descendance mâle. Jusqu’à ses 25 ans, son expérience du couple se borne à des unions arrangées: épousailles, dès 12 ans, avec Geoffroy VII de Châteaubriand, veuvage, puis remariage avec un noble qu’elle finit par quitter et traîner en justice pour incurie.

    Jeanne de Belleville a une autre raison de congédier cet époux purement décoratif: elle est amoureuse. Celui qui lui fait tourner la tête, c’est Olivier IV de Clisson, puissant seigneur du Grand Ouest. Leur liaison a commencé quelques années auparavant, alors qu’ils étaient l’un et l’autre mariés. Ils se passent la bague au doigt, une fois désengagés de leur conjoint respectif. Cinq enfants naissent de cette passion, dont seuls quatre survivent: Ysabeau, Olivier V, Guillaume et Jeanne.

    «Vu son envergure, Olivier aurait dû élire une femme avec plus de possessions, relève Annabelle Chauviteau, archéologue et guide conférencière au Service du patrimoine de l’île d’Yeu. Cette union déséquilibrée laisse penser que ce fut ici un vrai mariage d’amour.»

    Le piège se referme

    Mais comme souvent au Moyen Age, l’extase amoureuse a une fâcheuse tendance à virer au tragique. En 1341, une guerre de Succession éclate en Bretagne. Jean de Montfort, prétendant naturel au duché, soutenu par les Anglais, se retrouve en concurrence avec Charles de Blois, candidat qui a l’appui du roi de France, Philippe VI de Valois. Olivier doit choisir son camp. Ce sera celui de Charles. Cette loyauté ne lui porte pas chance.

    Lors du siège de Vannes, le seigneur de Clisson est fait prisonnier par les soldats anglais. Il recouvre la liberté, en 1343, grâce à la trêve de Malestroit signée entre les deux parties. Sauf que le monarque français est un tantinet rancunier, voire franchement paranoïaque. Il soupçonne Olivier de s’être rendu un peu trop rapidement à l’ennemi, suivant les élans de son cœur breton. Et il compte bien le faire payer pour ce qu’il interprète comme une trahison.

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    Le roi met au point un guet-apens sophistiqué: il prétexte un tournoi de chevalerie pour inviter le seigneur et ses proches barons à Paris. Tandis qu’Olivier survole la compétition, il est arrêté, puis condamné à mort pour intelligence avec l’ennemi. On lui tranche la tête aux Halles (de Paris). La douzaine de nobles bretons qui l’accompagnent subissent le même sort.

    Mère et corsaire

    A partir de là, Jeanne de Belleville ne sera plus jamais la même. Elle entre dans une colère glaciale et imagine rapidement à quoi ressemblera sa vendetta: occire un maximum de Français liés aux autorités royales. Ralliant de nombreux seigneurs bretons à sa cause, elle lève une troupe armée et commet un premier carnage dans une place forte au sud-est de Nantes. Apprenant le massacre, le roi, furieux, ordonne la spoliation des biens de l’aristocrate.

    On lui confisque son château de l’île d’Yeu. Philippe lui suggère de venir discuter à Paris. Mais Jeanne, qui, contrairement à son mari, a flairé le piège, est déjà passée à la vitesse supérieure. Avec les quelques richesses qui lui restent, elle achète trois navires à un ami armateur et embarque avec ses deux fils, ses barons et plusieurs centaines de soldats pour aller chasser tout ce qui arbore un pavillon à fleur de lys. La veuve éplorée s’est muée en prédatrice assoiffée de sang.

    Fauve en liberté

    Elle attaque et coule un grand nombre de bâtiments, fait exécuter tous les survivants, vient jusque sur les rivages piller les cités d’obédience royale de la région. Un cataclysme ambulant que les Français ne peuvent pas arrêter sans prendre le risque de fâcher les Anglais, car ils ont les mains liées par la trêve de Malestroit. C’est finalement l’intervention du pape, qui freine, au bout de plusieurs années, cette équipée sauvage incontrôlable. «Le légat envoyé en Bretagne a sans doute menacé Jeanne d’excommunication, une sentence très redoutée à l’époque», note Annabelle Chauviteau.

    En 1349, celle qu’on surnomme la Tigresse bretonne est victime d’un naufrage et voit son jeune fils Guillaume mourir de dénutrition dans ses bras, tandis qu’ils dérivent sur une chaloupe. Elle finit par trouver refuge en Angleterre, où elle épouse un lieutenant du roi, Walter de Bentley. Malgré la réputation sulfureuse de sa maman, Olivier V reviendra faire carrière à Paris, où il devient même connétable du royaume, se révélant tout aussi cruel que sa mère lors des batailles. Forcément, quand on a été élevé par une lionne ivre de rage…

     

     

     

    Ces autres femmes pirates célèbres

    Corsaire ou pirate? Dans le premier cas, on combat au nom d’une nation, dans l’autre, on attaque et on pille pour son propre compte. Jeanne de Belleville, pourchassant les navires français pour se venger, mais aussi soutenue implicitement par l’Angleterre, est entre les deux. Quelques siècles plus tard, les choses sont tout aussi confuses concernant Mary Read. Cette Britannique, née en 1680, est la première femme pirate de l’ère moderne.

    D’abord flibustière hors la loi, elle rejoint la cause de l’Angleterre et mène la vie dure aux bâtiments espagnols. Mais cette expérience de corsaire est de courte durée: Mary regagne la piraterie à l’occasion d’une mutinerie, voguant en compagnie d’une autre pirate, Anne Bonny. Ces Bonny and Clyde des mers ne sont stoppées qu’avec leur capture, en 1720.

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