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    #FeminaOpinion: et si on arrêtait d’afficher ses enfants sur Instagram?

    Depuis quand s'autorise-t-on à publier des photos d'autrui sur les réseaux sociaux? En tant que mamans, résistons à la tentation de partager ces clichés «beaucoup trop mignons» et préservons l'héritage digital (déjà bien entamé), ainsi que la vie privée de nos enfants.

    Publié le 
    1 Décembre 2017
     par 
    Muriel Chavaillaz

    Elles me mettent toujours profondément mal à l’aise. Je scrolle sur mon fil Instagram et, immanquablement, je tombe sur l’une de ces images. Les clichés en question? Des photos d’enfants. Qui, au choix, sourient en regardant l’objectif, jouent tranquillement avec leurs Lego, imaginent de nouvelles bêtises ou dorment d’un sommeil profond. Alors oui, je trouve ça touchant et, dans un autre contexte, ces clichés pourraient me faire sourire. Je dis bien «dans un autre contexte» car, à mon sens, ils n’ont strictement rien à faire sur un réseau social.

    Ne pas céder à la tentation du partage

    Je suis peut-être mal placée pour parler de cela, me direz-vous, moi qui ne suis pas (encore) maman. Je ne passe donc pas mes journées avec des kids trop mignons que j’immortalise à n’en plus finir. Et même: j’ose espérer que, si c’était le cas, je serais assez forte pour ne pas cliquer sur «partager». A la place, on peut toujours envoyer les exploits de ses enfants aux personnes qui s’y intéressent vraiment (le père de ces derniers, leurs grands-parents, les tatas et tontons, etc.), non?

     

     

    Je comprends la valorisation que l’on peut ressentir lorsque les commentaires du type «Qu’est-ce qu’ils sont beaux», «Beaucoup trop chou» ou «Adorable» s’accumulent. Voir les likes grimper, le nombre d’abonnés prendre l’ascenseur est certes très exaltant. Mais à quel prix? Car en publiant ces Instagram, c’est l’image de ses enfants que l’on sacrifie sur l’autel des apparences.

    Le droit suisse du côté de la vie privée des enfants

    Et ils n’ont rien demandé, ces pauvres. Pauvres oui, car toute leur vie durant, ils devront composer avec cet encombrant héritage digital. Aujourd’hui, on peut trouver attendrissant de regarder Léo faire ses premiers pas en couche-culotte dans le salon. Mais à 15 ans, lorsque ses potes détourneront le cliché pour en faire un mème, trouvera-t-il cela touchant? Et à 20 ans, lorsqu’il postulera pour un premier job, que faire si l’image en question apparaît dans les recherches Google? Ne soyons pas naïfs: rien de ce qui est publié sur le net ne disparaît totalement. Se dire «je supprimerai les photos qui le dérangent lorsqu’il pourra exprimer son désaccord» est un argument qui ne tient pas.

    En Autriche, une jeune femme de 18 ans a porté plainte contre ses parents pour des photos d’elle publiées sur Facebook. En Suisse, un tel procès donnerait automatiquement raison à la plaignante. Car comme l’explique «Le Matin»:

    Le droit à l’image est un droit de la personnalité, soit un droit absolu, protégé par l’article 28 du Code civil. Si chacun est libre d’autoriser l’usage de son image, il peut également l’interdire et agir contre celui qui attenterait à son droit d’une manière illicite.

    Et si on arrêtait de prendre des décisions irréversibles à la place d’autrui, voir de se faire des sous en mettant en scène ses enfants? Et que l’on commençait à valoriser d’autres choses sur son profil que les bouilles de sa tribu? Il y aura probablement moins de likes, je vous l’accorde. Mais d’autant plus de respect, de bienveillance. Et une page digitale vierge laissée à nos enfants qui décideront, seuls, ce qu’ils en feront plus tard. BIEN plus tard.

     

     


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