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    Marcel Rufo: «Je plaide coupable»

    Anorexie, éducation bienveillante ou GPA: le pédopsychiatre star l’avoue avec modestie: oui, il a des doutes, oui, il s’est trompé…

    Publié le 
    20 Mars 2018
     par 
    Saskia Galitch

    «Chasseur de gros nuages noirs», comme le définit l’une de ses petites patientes, Marcel Rufo est aujourd’hui une référence incontournable de la pédopsychiatrie. Une sommité dans le domaine du mieux-être des enfants, des adolescents et, du même coup, de leurs parents. Pourtant, au-delà des conseils pratiques qu’il distille inlassablement en consultation, dans ses best-sellers ou dans les médias, il reste un homme (presque) comme les autres. Un homme enthousiaste, vibrant et tout simple, qui n’a pas oublié la vérité de ses jeunes années dans le Toulon d’après-guerre.

    Mais un homme avec ses doutes, ses tâtonnements et ses erreurs, aussi. Car ce pragmatique modeste le dit sans ambages: oui, il s’est trompé. Et se trompe encore, parfois: «Un peu moins aujourd’hui, quand même!» lance-t-il dans un sourire.

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    «Je plaide coupable»

    La voix chaude et profonde, l’accent qui chante sa Provence natale, le septuagénaire qui préfère largement la pratique à la théorie se souvient: «Au début de ma carrière, j’ai fait des tas de bêtises. Avec les anorexiques, qui sont le grand combat de ma vie, je faisais n’importe quoi, par exemple. J’étais dans un système contrat de poids-enfermement-visites réduites, que j’ai ensuite dégommé. Petit à petit, grâce à des discussions avec des endocrinologues ou des psychiatres d’adultes, j’ai commencé à améliorer ma prise en charge, à changer d’optique. Ce qui fait que maintenant, je sais faire avec l’anorexie. Alors qu’à l’époque, je ne comprenais pas. Je n’étais pas prêt…»

    Songeur, il mentionne ensuite l’éducation bienveillante – souvent synonyme de laxisme: «Là, je plaide coupable. Comme mes collègues, j’ai trop été dans le comprenez-les, parlez-leur…!» Trop? Il confirme. Avant de préciser: «L’autorité sans discussion du pater familias d’antan était bête, il fallait évidemment que les choses évoluent.» Le problème, dit-il, c’est que le fameux Il est interdit d’interdire si cher aux soixante-huitards, dont il a fait partie, a permis l’éclosion d’adultes qui veulent avant tout «séduire leurs petits» en ne leur refusant rien. Or… «C’est tout faux. On doit trouver un juste milieu: pour pouvoir grandir, les enfants et les ados ont besoin qu’on leur dise non! de temps en temps. Il leur faut des cadres et des frustrations. C’est d’ailleurs pour ça que j’ai intégré une entrée «Grondez-les!» dans mon livre.»


    Le nouvel ouvrage de Marcel Rufo: un bonheur à dévorer! © DR

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    «Je suis né pédopsychiatre»

    Toujours aussi enflammé, Marcel Rufo parle maintenant des bouleversements sociétaux qui ont secoué le XXe siècle. Sans langue de bois ni idées préconçues, ce marin confirmé souligne ainsi la complexité des nouveaux défis que rencontrent les familles 2.0. Dont l’homoparentalité. Ou la gestation pour autrui (GPA), à propos de laquelle il a aussi revu son jugement: «Est-ce que l’opposition claire que j’ai manifestée à une certaine époque contre cette pratique n’est pas trop radicale?»

    Il poursuit: «L’autre jour une petite fille de 4 ans née par GPA qui m’a demandé pourquoi elle avait deux papas et pas deux mamans. Belle question! Pour le coup, je pense que ça demande réflexion et que mes positions ne peuvent plus être aussi tranchées qu’elles ont pu l’être!»

    On l’aura compris, toujours en mouvement, toujours à l’affût, Marcel Rufo ne s’arrête jamais. Mais d’où lui vient ce feu sacré? L’œil qui frise, il lance tout de go: «Je crois que je suis né pédopsychiatre!»

    Plus sérieusement, il note que c’est «sans doute» quand il était petit que tout s’est en effet joué. Il replonge alors dans son passé, évoque son enfance de fils unique, choyé par une famille issue de l’immigration italienne. Se remémore ses parents qui vendaient des légumes au marché… à quelques pas de la Maison des adolescents, ouverte il y a un an à peine, et où il donne régulièrement des consultations. Gourmand, il savoure les chichi-frégis (un beignet provençal) ou les marrons glacés «dont le goût ne lui a jamais passé». Et rit en pensant aux voyages en train avec sa grand-mère maternelle, qui «le trimbalait pour un oui pour un non» dans toute l’Italie.

    Une tendresse infinie dans la voix, il reprend: «J’ai eu l’extrême chance de grandir dans un milieu modeste. Or, comme j’avais d’excellents résultats à l’école, je suis vite devenu porteur d’une espèce d’espoir autant pour mes parents que pour les gens du quartier où nous vivions. Du coup, j’ai été soutenu par ce collectif, comme si je pouvais leur apporter une espèce de revanche sociétale!» Un rien coquin, il ajoute: «Bon, cela dit, être l’objet d’un tel mandat crée aussi des inquiétudes et des doutes et j’aurais sûrement bénéficié d’une réassurance par un pédopsy. Mais à l’époque il n’y en avait pas!»

    Jolie pirouette de ce grand Monsieur qui a décidément gardé son âme d’enfant…

    Son actu

    Il vient de publier Le dictionnaire amoureux de l’enfance et de l’adolescence, aux Editions Plon.

    Ce qui le dope

    «Mon travail de clinicien et les rencontres que cela me permet de faire. Et puis bien sûr ma famille, mes amis, la voile, le rugby…»

    Ce qui le fait rire

    «Les bourriques, les entêtés, les chipies, les trop bons enfants, ceux qui s’affichent en anges mais qui sont en réalité des ouragans!»

    Son don inattendu

    «J’ai une très grande capacité à anticiper le vent: avant même qu’il ne souffle, je sais qu’il faut rabattre la grand-voile! J’arrive assez bien, aussi, à prévoir les résultats des matches de rugby!»

    Son credo

    «J’ai fait mienne la pensée de Camus, qui propose de parler le langage de tous pour être compris du plus grand nombre!»

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