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Il est huit heures du matin. Le soleil tropical darde ses premiers rayons sur la villa. A l’ombre de la véranda mauricienne, le lit suspendu se balance sous la brise océane. Juste à côté, la table du petit-déjeuner a été dressée. «Vous prendrez des œufs ce matin, Madame?» demande Sharon, la majordome, avant de s’en retourner à pas discrets. Tapi sous une chaise mais prêt à s’inviter, un jeune chat tigré sonde d’un regard craintif, mais intéressé, ce qu’il y a au menu. Depuis le toit de chaume, un boulboul à joues rouges et houppe noire mêle son chant au clapotis de la piscine à débordement que prolonge le vaste jardin où cohabitent en harmonie plantes grasses, fleurs et palmiers de toutes origines.

Là, tout n’est qu’ordre et beauté, luxe, calme et volupté… Est-ce cette terre enchanteresse qui a inspiré à Charles Baudelaire cette célèbre strophe de «L’invitation au voyage?» L’Histoire n’en a pas gardé trace. Mais le poète a bel et bien séjourné à l’île Maurice, cette ancienne colonie française qui, avant de tomber dans l’escarcelle anglaise en 1810, répondait au nom d’Isle de France. C’est en 1841, en route vers les Indes, que son bateau y fait escale. Baudelaire a vingt ans. Il a entrepris ce voyage contraint et forcé par le général Aupick, ce beau-père qu’il hait et qui l’envoie aux antipodes dans l’intention déclarée de l’arracher aux mauvaises influences de sa vie parisienne. A Maurice, le jeune romantique ne reste que quinze jours. Puis il poursuit sa traversée vers l’île Bourbon – la future Réunion. Il entamera l’année suivante la rédaction des «Fleurs du mal».

Adieu, dodo

Près de deux siècles ont passé depuis cette visite. Et ce coin de paradis invite toujours au voyage. Il donne au promeneur le sentiment de remonter le temps. Les maisons à varangue, dont bon nombre ont survécu, et les champs de canne à sucre à perte de vue y témoignent encore de l’époque coloniale. A Maurice, on roule à gauche sur des routes bordées de panneaux indicateurs qui portent des noms de villes hérités de son passé: Verdun, Cassis, Bénarès… Car depuis le XVIe siècle, Hollandais puis Français et Anglais s’y sont succédé, y attirant – de gré ou de force – des immigrants venus de l’Afrique voisine, d’Inde ou de Chine. L’empreinte de ces premiers iliens a fait de Maurice ce qu’elle est aujourd’hui: une nation métissée. Ici se côtoient en paix ethnies et religions. Même dans les petites villes, il n’est pas rare de tomber sur un temple tamoul aux extérieurs bariolés ou sur un cimetière où reposent ensemble des défunts chrétiens, juifs et musulmans.

Panachée, l’île ne l’est pas seulement en termes de société: sa faune, sa flore participent aussi de cet effet mosaïque. De la forêt originelle qui recouvrait jadis la quasi-totalité du territoire, il reste aujourd’hui moins de 2%. En débarquant sur cette terre vierge, l’Homme s’est approprié ce qu’elle avait à offrir. De nombreuses espèces indigènes se sont effacées devant lui, à l’instar du dodo, qui n’existait qu’à Maurice. Incapable de voler – il n’en avait pas besoin, faute de prédateur – ce gros oiseau de la famille des pigeons n’a pas survécu aux explorateurs et à leurs animaux domestiques. Il s’est éteint au XVIIe siècle, cent ans après sa première rencontre avec les Européens. N’en subsistent que quelques exemplaires empaillés, ainsi que des squelettes répartis ici et là dans le monde – la collection du Muséum d’histoire naturelle de Genève, notamment, en possède un.

Protéger la nature

Heureusement, toute la flore et la faune mauricienne n’a pas connu une fin aussi tragique. Dès le XVIIIe siècle, en effet, un certain Pierre Poivre, ancêtre du journaliste Patrick Poivre d’Arvor et intendant de l’archipel des Mascareignes – composé de La Réunion, Maurice et Rodrigues – instaurait des lois de protection de la nature. C’est à lui que l’île doit la création du jardin botanique Sir Seewoosagur Ramgoolam à Pamplemousses, au nord. Dans cet écrin d’une trentaine d’hectares, s’épanouissent cinq cents espèces de plantes, dont quatre-vingts palmiers indigènes et exotiques. Une fois passée la grille en fer forgé sur laquelle veille un imposant baobab, les allées serpentent entre vacoas aux racines aériennes en arborescence, arbres à saucisses, palmiers crocodiles, bougainvilliers, camphriers… Carte de visite de cet eden des sens, le bassin de nénuphars géants exhale toute une vie de grandioses éphémères: ses fleurs changent de couleur au fil de la journée; blanches le matin, elles passent ensuite au rose pour virer au violet, une fois le soir venu... avant de se refermer définitivement.

Dans cette jungle savamment organisée par la main de l’Homme, les oiseaux ont trouvé un havre de paix. Tandis qu’on déambule, enivré de parfums, dans les allées peuplées d’essences rares, il suffit de lever la tête pour repérer dans les branchages des tisserins ou des martins tristes, reconnaissables à leur joli bec jaune. Lorsqu’approche l’été austral, sur le vert du feuillage se détache le plumage incandescent du petit cardinal, moineau de l’Océan indien dont le mâle, au temps des amours, se pare de couleurs. Ailleurs, dans les étangs, les poules d’eau des Mascareignes s’ébattent: on les voit slalomer entre les feuilles de lotus, picorant des insectes de leur bec rouge sang. Des colonies de roussettes noires ont également élu domicile dans le parc. Qu’un bruit vienne les effrayer, et les voilà qui prennent leur envol, font un tour dans le ciel, avant de retourner se suspendre aux branches, la tête en bas. A Maurice, ces chauves-souris frugivores sont comme des coqs en pâte, puisqu’elles trouvent pléthore de manguiers, dattiers et figuiers.

Ils sont ici chez elle

Au crépuscule, si l’on tend bien l’oreille, il arrive ainsi qu’on entende le flop-flop des ailes membraneuses d’une roussette survolant la villa. Comme si l’adorable bestiole voulait rappeler aux touristes qu’en dépit de leur nombre ils sont ici chez elle.

Avec ses douze mille chambres réparties dans des hôtels allant des plus modestes aux plus luxueux, Maurice accueille chaque année un million de visiteurs qu’attirent ses plages de sable blanc et ses lagons aux eaux turquoise. Au fil des ans, les chaînes haut de gamme telles que Beachcomber, St. Regis, Four Seasons ou Hilton y ont ouvert des établissements. Pour offrir à une clientèle aisée un avant-goût du paradis, tous rivalisent de raffinement et d’élégance. Et le Club Med, lui aussi, est entré dans la danse. Le célèbre voyagiste, qui opère depuis dix ans une mue révolutionnaire en se concentrant désormais sur un hébergement de première classe, y possède deux villages: La Pointe aux Canonniers, sur la côte nord-ouest, et La Plantation d’Albion, qui borde une crique sauvage du sud-ouest de l’île.

Avec ses cinq tridents, sa cuisine labellisée «Gourmet» (distinction réservée aux meilleures tables du Club Med), ses deux-cent soixante-six chambres et ses quarante villas privatives nichées dans un écrin de flore tropicale, La Plantation d’Albion incarne le Club Med 2.0. Ici, les villages de cases des «Bronzés» et leurs blagues de potaches ne semblent plus qu’un souvenir lointain. Certes, les Crazy Signs (ou danses du soleil) sont toujours au programme quotidien du village, et les G.O.® portent toujours un badge à leur nom accroché à la poitrine. Mais il ne leur viendrait plus à l’esprit de jeter un vacancier dans la piscine sous prétexte qu’il refuse de participer à une activité. Les temps ont changé. Si la convivialité est restée, l’ambiance colonie de vacances, elle, fait place à plus de calme, de confort, d’intimité, de discrétion. A la sensation, surtout, d’être un privilégié.

Les bons côtés du luxe

Dans un spot publicitaire diffusé en France au printemps dernier, Thierry Lhermitte, le «Popeye» des «Bronzés», résumait ce changement en une phrase: «C’est marrant, c’est pas du tout le souvenir que j’en avais.» Les fidèles, qui ont connu l’ère Gilbert Trigano (PDG parti en 1993) puis la période Philippe Bourguignon (qui lui a succédé jusqu’en 2003), se plaignent parfois de ne plus reconnaître «leur» Club et déplorent que «l’esprit Club Med» se soit un peu perdu sur le chemin de la montée en gamme. Faut-il être nostalgique du passé? Peut-être. Quoique… A pas feutrés, Sharon s’avance vers la véranda de la villa où nous venons de finir de petit-déjeuner. «La navette vous attend», annonce-t-elle. Devant l’entrée de la maison patiente un buggy. «Au spa, s’il vous plaît.» Le luxe a aussi ses bons côtés.

Comment y aller?

Depuis la Suisse, il n’existe plus de liaison directe jusqu’à l’île Maurice. Il faut faire une escale minimum, à Paris, Londres ou Dubaï. Emirates est la seule compagnie à voler jusqu’à Maurice avec le fameux A380, le plus gros porteur au monde (au départ de Dubaï). Elle propose notamment une classe Affaires particulièrement confortable, avec sièges-lits, et une First hors du commun où chaque passager voyage dans un compartiment privé. Petite anecdote: c’est à bord de cette Première classe qu’a été tournée la scène du film «Sex & The City 2» où Carrie, Miranda, Charlotte et Samantha s’envolent vers Abu Dhabi.

www.emirates.com

Deux Club Med pour une destination de rêve

Implanté sur l’île Maurice depuis les années 1970, le Club Med a ouvert un premier village dans le district de Pamplemousses, au nord de la capitale Port-Louis. La Pointe aux Canonniers, offre 286 chambres décorées dans le style mauricien et réparties dans des bungalows... eux-mêmes situés dans un parc, planté de palmiers et de frangipaniers, qui borde une magnifique plage de 900 mètres de long. Classé 4 tridents, l’établissement est particulièrement recommandé aux familles, puisqu’il offre des structures d’encadrement pour les enfants de 4 mois à 10 ans, ainsi qu’un Junior’s Club pour les ados de 11 à 17 ans. Avec, pour chaque âge, un programme adapté et des G.O.® formés. Au total, l’espace enfant occupe 470 m2. Et côté sports, «La Pointe», comme la surnomment les habitués, est réputée pour une activité phare: le ski nautique/wakeboard.

Plus au sud, le voyagiste français a inauguré en 2007 La Plantation d’Albion, un 5 tridents. Même capacité que son aîné, mais avec une ambiance encore plus sélect. Champagne à volonté au bar, chambres plus grandes, Spa Cinq Mondes®. Pour les sportifs: trapèze volant et possibilité de jouer au golf au club de Tamarina, un 18 trous à proximité du village. Depuis 2010, une quarantaine de villas privatives, sises autour du club, offrent un hébergement encore plus exclusif. Le must du must. Qui a un prix: de 1000 à 3500 euros par nuit et par villa, selon la saison et la taille de la maison. Services, repas et majordome inclus.

www.clubmed.ch

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