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Interview

Videoclub, un duo musical entre joie et nostalgie

Video Club interview musique

«Beaucoup de gens nous ont expliqué que l'album les avait aidés à oublier la situation actuelle et l'angoisse occasionnée. Ces retours nous font tellement plaisir. Moi, c'est comme ça que je conçois l'art: comme un moyen de m'évader! C'est surtout cela que je souhaitais pouvoir offrir à notre public.» - Adèle Castillon

© Pastremi

Ils n'ont que dix-neuf printemps mais, en écoutant leur musique, on peine à y croire. Paroles, mélodies et ambiance relèvent d'une subtilité et d'une poésie que visent les plus grands. Adèle Castillon et Matthieu Reynaud se sont trouvés: d'abord en tant qu'artistes, puis, très rapidement, en tant qu'amoureux. Le résultat de ce double coup de foudre, c'est Euphories, leur tout premier album, réalisé dans le sillage de plusieurs tubes largement applaudis. Cet opus, sorti en février 2021, appelle à danser autant qu'à réfléchir: infusé une belle dose d'ambiance 80's, de cette insouciance colorée et légère que le duo aurait tellement aimé vivre, il compile des souvenirs, pensées et confidences. Témoins d'une génération si connectée qu'elle se sent déconnectée, évoluant au cœur d'une ère turbulente, les deux jeunes artistes explorent une panoplie d'émotions joyeuses et mélancoliques, avec tendresse et authenticité.

Spontanément débarqués sur le devant de la scène, presque par hasard, presque sans le faire exprès, ils n'ont fait que suivre leur instinct et exprimer leurs ressentis. D'abord via la Toile, des milliers de fans se sont reconnus dans leurs morceaux, leur ouvrant les portes des salles de concert. La suite s'apparente à une belle success story, que nous a racontée Adèle Castillon, le sourire dans la voix. Egalement youtubeuse et comédienne, elle complète de son timbre doux les compositions retro-futuristes de Matthieu.

FEMINA Votre duo musical est né en même temps que votre couple: on dirait un scénario de film! Comment cela s’est-il passé?
Adèle Castillo
n Matthieu et moi, on s’est rencontrés il y a trois ans, en 2018. Comme son papa est musicien, il a baigné dans cet univers depuis tout petit et faisait déjà beaucoup de musique. Moi, j’avais toujours été très attirée par cet univers, mais je n’avais jamais vraiment osé franchir le pas. Quand j’ai rencontré Matthieu, il m’a tout de suite proposé de créer quelque chose ensemble. On s’est mis en couple quasiment en même temps: la musique inspire notre relation, et notre relation inspire notre musique, c’est très enrichissant! Avec l’aide d’un ami, nous avons écrit les trois premiers morceaux, Amour Plastique, Suricate et Roi, que nous avons diffusés sur ma chaîne YouTube. J’avais déjà construit une communauté assez grande sur cette plateforme, depuis 2014, mais on ne s’attendait vraiment pas à un tel engouement! Assez vite, nous avons été repérés, et la machine était lancée!

Quel est votre processus créatif?
Nous sommes vraiment très complémentaires. En général, on part d'une composition de Matthieu, que nous travaillons ensemble. Parfois, je rédige les paroles seule, et parfois nous prenons tous les deux la plume. On s'inspire beaucoup des sensations et des émotions qu'on traverse dans nos vies et, notamment, de nos amitiés. L'album s'intitule Euphories, car en l'espace de deux ans, nous avons vécu énormément d'instants de joie immense, accompagnés de l'inéluctable peur de ne plus jamais revivre ces moments. C'est comme si on anticipait déjà la fin! Je pense que c'est justement cela qui a donné lieu à cette forme de mélancolie sur laquelle on peut danser. Si demain nous devions créer un deuxième album, je ne sais pas s'il comprendrait les mêmes émotions: car ce disque est vraiment très empreint de cette phase de nos vies.

© Pastremi

Est-ce difficile de distinguer votre couple de votre duo Videoclub? Ou parlez-vous constamment de musique, quand vous êtes tous les deux?
Le fait qu’on soit ensemble et qu’on se soit autant investis dans ce projet a beaucoup servi notre musique. Mais je pense que travailler avec quelqu’un d’aussi proche représente toujours un challenge. Le plus difficile est de parvenir à nourrir notre relation autrement qu’au-travers de la musique et des expériences qu’on vit grâce à elle. Tout a été très intense, en particulier les concerts: lorsqu’on commence à obtenir une certaine visibilité, on peut avoir la sensation d’être idolâtré par des personnes qu’on ne connaît pas, et cela peut être effrayant. Nous avions tendance à nous renfermer sur nous-mêmes, pour nous protéger. Nous sommes passés par une phase très fusionnelle, durant laquelle on avait l’impression d’être seuls face au reste du monde: nous étions les seuls à pouvoir comprendre ce que l’autre vivait.

Vous avez commencé sur YouTube: était-ce stressant de passer d'une plateforme en ligne à une véritable salle de concert, en live?
Ce sont des sensations très différentes, c'est vrai. Depuis toute petite, j'aime faire le show, faire rigoler les autres et me tenir devant un public. J'ai toujours su que je voulais être en contact avec les gens. Mais le passage de YouTube aux salles de concert a quand même constitué un gros défi, sachant que ce n'est pas le même travail: sur Internet, on peut refilmer des passages ou corriger des erreurs, mais là, nous avions le sentiment de ne pas avoir droit à l'erreur! Un concert inclut de vraies grandes sensations, et c'est toujours bouleversant pour moi de rencontrer le public.

Votre album respire l'influence 80's, autant musicalement que visuellement. Qu'est-ce qui vous plait, dans l'ambiance de cette époque?
Aujourd'hui, notre génération est entourée de beaucoup de problèmes: très jeunes, nous sommes confrontés à la réalité d'un monde difficile et nous vivons dans un climat plutôt anxiogène. Bien que les années 80 possédaient évidemment leur propre lot de soucis, j'ai l'impression qu'elles étaient empreintes d'un grand besoin de liberté et d'une insouciance que j'envie beaucoup à cette époque. Cela se ressent aussi artistiquement, dans les films, la musique et l'art, qui présentent cette abondance de couleurs et de textures propres aux 80's. D'ailleurs, cela revient énormément à la mode, aujourd'hui!

Je pense qu'à force de se sentir frustrés de n'avoir vécu cette époque, nous en avons fait un mythe. On a donc essayé d'infuser cette insouciance et cette naïveté des sentiments dans notre musique.

Le nom Videoclub est-il un hommage à cet univers?
Complètement! Il s'agit bien sûr d'une référence à cet époque, en plus de refléter notre lien avec le cinéma. L'image a toujours été tout aussi importante que la musique, à nos yeux, car les deux se servent énormément.

Quels retours avez-vous reçus, depuis la sortie de l'album?
Beaucoup de personnes nous ont écrit pour nous expliquer qu'elles se sont reconnues dans nos morceaux. C'est aussi parce que nous évoquons les problématiques que nous vivons actuellement, à notre âge, comme la quête de l'identité ou les premiers sentiments amoureux. Je comprends totalement cela, moi aussi j'ai besoin de pouvoir m'identifier aux artistes que j'écoute! Mais pas mal de gens nous ont aussi confié que l'album les avait aidés à oublier la situation actuelle et l'angoisse occasionnée. Ces retours nous font tellement plaisir.

Moi, c'est comme ça que je conçois l'art: comme un moyen de m'évader! C'est surtout cela que je souhaitais pouvoir offrir à notre public.

Qu'est-ce que vous avez ressenti, au moment de sortir l'album?
Un mélange d'angoisse et de satisfaction. C'était assez stressant, car il s'agissait de l'aboutissement d'un projet de longue haleine et d'un moment que tout le monde attendait avec impatience! Nous avons ressenti du soulagement, aussi: ça fait du bien de pouvoir donner aux gens ce qu'ils attendaient, après des mois de travail, durant lesquels on ne pouvait encore rien révéler.

© Akatre

Quelle est la partie la plus difficile de cette aventure musicale?
De réussir à s'imposer la rigueur nécessaire! Nous avons eu la chance incroyable d'être rapidement approchés par des professionnels très enthousiastes, et en même temps ce n'était pas facile: nous sortions juste du lycée et avons été projetés sur Internet. Il a fallu s'imposer une grande rigueur créative pour satisfaire toutes les attentes, tout en se cherchant, musicalement. Au moment de sortir un album, les artistes ont souvent plusieurs années de musique derrière eux: nous avons emprunté le chemin inverse, ce qui s'est avéré aussi enrichissant qu'angoissant.

Et la partie la plus gratifiante?
Les concerts, indéniablement. C'est fou de rencontrer le public, d'avoir la sensation d'offrir la musique aux gens, pour qu'elle leur appartienne aussi. Je ne m'en lasserai jamais.

De quoi avez-vous envie, maintenant?
De temps, pour digérer tout ça. Avec tout ce qu'il se passe, j'ai un peu de mal à me remettre dans un climat de création et d'être inspirée. Matthieu et moi avons été bouleversés par cette aventure, nous avons besoin de nous demander de quelles façons nous souhaitons la poursuivre. Il n'est pas facile de se projeter, en ce moment, alors on vit au jour le jour, en essayant déjà d'emmener notre album aussi loin que possible. Et ensuite, on verra!

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