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Valeria Bruni-Tedeschi: «La sagesse, c’est savoir dérailler un peu»

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«J’aime le romanesque et j’adore vivre les coups de foudre dans ma vie autant qu’au cinéma, comme Robert De Niro et Meryl Streep dans Falling in Love (1984)» - Valeria Bruni-Tedeschi

© Jules Faure

Ce mardi ressemble à n’importe quelle journée radieuse de septembre à Paris. En traversant la capitale en taxi la vitre grande ouverte, le paysage défile, avec le chantier de Notre-Dame sur la droite et la tour Eiffel un peu plus loin sur la gauche. La rumeur de la ville est fidèle à ces sons cinématographiques que l’on ne retrouve nulle part ailleurs. Impassible, la Ville Lumière se réveille ce matin orpheline de Jean-Paul Belmondo, monstre sacré du cinéma français. Quant à moi, j’ai rendez-vous avec une autre pointure du cinéma européen: Valeria Bruni-Tedeschi. Certains acteurs s’en vont, d’autres crèvent l’écran. Le cinéma est éternel. A l’affiche du premier long-métrage de Charline Bourgeois-Tacquet Les amours d’Anaïs, l’actrice italo-française est en plein marathon promo. Toute de bleu vêtue, elle arrive au rendez-vous, les yeux rivés sur l’écran de son iPhone sous sa mèche en pagaille. «On y va?» je lui lance. «On y va», me confirme-t-elle sans sourciller.

«Qu’est-ce qui vous fait choisir un film plutôt qu’un autre?» «Sa musique», souffle-t-elle dans un murmure dévoilant son regard bleu perçant et un premier sourire. «Chaque film a une sorte de musique qui lui est propre, un rythme particulier. Il arrive toujours ce moment où l’acteur doit se rendre à la musique du metteur en scène. En l’occurrence, le film de Charline est à la fois léger et profond, drôle et sérieux, sensuel et intellectuel.»

Certains jours, ma voix est étranglée, ou libre, sensuelle, enfantine, autoritaire, douce… Elle est très liée à mes émotions et à l’âge que je ressens au jour le jour.

Valeria Bruni-Tedeschi

La littérature, ce refuge

Dans le film, elle incarne Emilie, une écrivaine qui se retrouve en proie à des désirs inattendus au milieu de sa cinquantaine. Un rôle sur mesure pour celle qui aurait rêvé d’écrire si elle n’était pas devenue actrice: «Mon rapport à la littérature est d’ordre religieux. Plus que le cinéma, les livres sont un refuge pour moi. Je tente de transmettre cette sensation à mes enfants en leur expliquant que les livres préviennent de l’anxiété. Lire a un effet anxiolytique sur moi.»

Quand elle était enfant, sa passion pour la lecture ne la quittait jamais. A tel point qu’elle lisait en marchant. «Le tout premier livre que j’ai lu en entier, c’est Fifi Brindacier, j’avais 7 ans. Je me souviens de la couverture rouge, un peu comme une brique. Pour la première fois, je ressentais cette sensation que l’on peut se réfugier dans un livre.» Cette notion de refuge revient régulièrement dans la discussion. Comme un besoin permanent de se rassurer. L’angoisse est souvent le lourd prix à payer d’un tempérament passionné.

«Les gens passionnés me donnent le goût de vivre»

Le tiède, très peu pour elle. «J’aime le romanesque et j’adore vivre les coups de foudre dans ma vie autant qu’au cinéma, comme Robert De Niro et Meryl Streep dans Falling in Love (1984)». Le bleu métallique de ses yeux fait place à une expression extatique. «Je préfère m’entourer de gens passionnés, ils me donnent le goût de vivre», poursuit-elle. Pas allergique à une trêve de sagesse, elle nuance sa pensée pour mieux la pimenter:

«Il faut parfois être très sage pour être le moins sage possible. La sagesse, c’est aussi être capable de faire un pas de côté, dérailler un peu. Ou beaucoup. C’est également aimer l’imprévu.»

Lorsqu’elle ne lit pas, cette passionnée aime revoir les films des réalisateurs qu’elle aime, Woody Allen, François Truffaut et Federico Fellini. Gena Rowlands, Anna Magnani, Meryl Streep, l’actrice ne se lasse pas non plus de voir jouer celles qu’elle admire. A propos de la disparition de Belmondo la veille, elle déclare, émue et songeuse: «Pour moi, Belmondo, c’est surtout A bout de souffle de Jean-Luc Godard (1960). Ce film, et surtout lui dedans, a changé le cinéma à tout jamais. Il y a une telle intelligence, une telle liberté.»

En sortant des studios de Canal+, je croise Claude Lelouch qui arrive en voiture pour rendre un dernier hommage à son acteur fétiche dans Itinéraire d’un enfant gâté (1988). La boucle est bouclée. Au loin, j’observe la silhouette bleue de Valeria Bruni-Tedeschi et sa mèche blonde onduler face au photographe.

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