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Club mythique: le Berghain, usine à fantasmes

Club mythique le Berghain usine a fantasmes

Haut lieu du night clubbing européen, le club berlinois était autrefois une centrale électrique. Désormais, on fait la queue, parfois durant des heures, pour y danser, voire plus si affinités.

© Alamy

Une file d’attente à perte de vue, quelle que soit l’heure du jour ou de la nuit. Entre les barrières de chantier, au milieu d’un terrain vague, le chemin mène au Berghain, le club à avoir vu au moins une fois dans sa vie. A la croisée des quartiers de Kreuzberg et Friedrichshain, à Berlin, son nom est la contraction de ces deux noms. La façade – spectrale – est digne d’une cathédrale. Et ce n’est encore rien comparé à l’intérieur.

Passé expert dans l’art de son propre storytelling, le club berlinois prend un malin plaisir à malmener les tripes des clubbers amassés en grappe dans les serpentins aboutissant à la porte de l’antre. Là, trônant telle une version BDSM d’un personnage tout droit sorti de Game of Thrones derrière ses verres fumés et sa chevelure grise rassemblée en catogan, le statuaire Sven Marquardt décide de qui entre, qui n’entre pas. Sans explication.

Club mythique: le Berghain, usine à fantasmes
© Alamy

Ce tri théâtral est d’autant plus effroyable qu’il survient souvent après une heure d’attente minimum dans le froid, et qu’il ne prend pas en compte les fêtards arrivant en groupe. Se retrouver sur le carreau en voyant ses amis s’engouffrer dans le couloir noir? Le videur au visage tatoué et ses acolytes ont laissé plus d’un traumatisé sur le bas-côté. Heureusement pour eux, Berlin regorge de clubs non moins excitants pour panser rapidement leur douleur.

Ce qui se passe au Berghain…

Signe distinctif de la légendaire sélection, le duo de photographes Benedikt Brandhofer et Leif Marcus s’amuse à immortaliser les mines déconfites ou hilares des refoulés pour une série de portraits en 2015. Ajoutant au sulfureux mystère du grand criblage, aucun critère stylistique connu ne favorise l’entrée dans le club. Ouf, le physionomiste hoche la tête, on y va. Mais ça ne rigole pas.

Ce qui se passe au Berghain reste au Berghain. Aucune photo n’est autorisée à l’intérieur. Pour s’en assurer, le staff condamne au gros scotch orange vif les objectifs des téléphones portables à l’entrée. Un peu plus loin, le personnel du vestiaire s’agite comme une ruche. Déjà, les sons envahissent le corps, l’excitation monte sous les très hauts plafonds du rez-de-chaussée et les imposantes colonnes de l’ancienne centrale électrique. Distribution générale de boules Quiès. Le superflu délesté au vestiaire, on monte les marches métalliques menant dans l’enceinte de la Mecque techno.


Club mythique: le Berghain, usine à fantasmes
© Stefanie Loos/AFP

Les frissons grimpent le long des jambes à mesure que le rythme met en saccades le diable au corps. Nous y voilà. La foule danse sous une onde de choc sensuelle. Les regards se croisent, complices et extatiques, les corps se frôlent, la plupart des hommes dansent à torse nu et en pantalons de cuir. L’adresse fait partie du rallye nocturne des personnes LGTBIQ+ et de leurs amis.

On comprend rapidement pourquoi aucune photo n’est autorisée, et tout le monde semble ravi de cette confidentialité imposée. Ce terrain authentique aux antipodes d’Instagram fait du bien. D’emblée, la qualité du son saute aux oreilles. Forte, la musique happe le corps et l’âme, mais on se comprend sans devoir hurler. Les décibels semblent répartis aux bons endroits, une sensation plus qu’agréable. A l’étage, on danse au Panorama Bar, plus petit mais dans une ambiance non moins extatique. Ses grandes fenêtres vitrées pulsent au son des DJ.

Petit tour après le brunch

La sélection à l’entrée, la drogue, le sexe, les horaires non-stop pour celles et ceux qui ne s’arrêtent jamais et les autres qui décident d’aller y faire un tour après le brunch du dimanche: le Berghain a construit sa propre mythologie comme une grande machine à fantasmes. Sujet de discussion favori des night-clubbers qui viennent souvent de loin pour faire le plein de sensations fortes, le club a le statut d’une religion pour les plus fanatiques d’entre eux.

Au printemps 2020, le virus plus fort que tout contraint le monde à l’arrêt, celui de la nuit en souffrira particulièrement. Les clubs sont les premiers à fermer et les derniers à rouvrir, et le Berghain ne déroge pas à la règle. L’herbe qui pousse autour du bâtiment témoigne de la nature qui reprend le dessus. Mais à l’instar du designer de mode Lutz Huelle, qui y avait présenté sa collection en juillet 2018, le Berghain sait se réinventer le jour lorsqu’il se voit contraint de fermer ses portes la nuit. Reconverti en galerie d’art, le club expose l’œuvre de Rirkrit Tiravanija qui pose la question en grandes lettres affichées sur la façade: Morgen ist die Frage (Demain est la question). Samedi 10 juillet, la scène extérieure du Klubgarten ouvrait, pour la première fois après neuf mois de fermeture. Enfin. Car Berlin sans la fête, ce n’est plus tout à fait Berlin.

Sven Marquardt, le cordonnier mal chaussé

Club mythique: le Berghain, usine à fantasmes
© Emmanuele Contini/Getty Images

Du vendredi au lundi matin, le physionomiste sélectionne sans pitié à l’entrée du Berghain. Certains en ont rêvé, le videur d’un club de Sydney en Australie l’aurait fait en novembre 2018: refouler le Cerbère allemand. Motif? Les tatouages sur son visage, contraires à la politique de l’établissement. Le patron de la boîte en question aurait avoué par la suite qu’il n’avait pas pu entrer au Berghain, mais n’aurait pour autant donné aucune consigne à ses videurs.

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