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Charlotte Cardin: le «Girl Power» à la larme facile

Charlotte Cardin Twitter

«Chanter, c'est ma façon d'exprimer mes émotions plus sombres, tristes, mélancoliques. C'est comme cela que je les gère et que je les canalyse... Il y a des gens qui crient, il y a des gens qui pleurent... bon, moi aussi je pleure [rires]!»

© Twitter Charlotte Cardin

Concert

Les nuages de pluie s'écartent et Charlotte Cardin pose ses doigts sur le clavier de son piano. On trépigne, alors qu'elle approche ses lèvres du micro, et qu'on se souvient des mille éloges déjà rédigées à son sujet: depuis la sortie de «Main Girl», son second EP, cette Montréalaise de 24 ans peut se vanter d'être surnommée la «Adèle du Canada».

Le concert qu'elle attendait avec une «excitation saine» débute. C'est alors que de ce petit bout de femme, toute de grâce et de finesse, s'échappe une voix puissante, maîtrisée à la perfection, qui défie les graves autant qu'elle flirte avec les aigus. Son timbre traverse la plaine de l'Asse, les passants s'arrêtent, se retournent, réalisent que le Paléo 2018 a enfin commencé.

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Dans cet anglais suave, au-travers des textes dont elle ébauche les premières bribes sur son iPhone, la jeune femme aborde les relations humaines, la complexité de ces êtres volatiles qui l'intriguent. Ses mots vibrent en nous, ne se contentant pas d'effleurer nos cordes sensibles: ils s'y agrippent carrément! Une Adèle canadienne? Aucun doute; elle mérite le compliment. Mais Charlotte Cardin n'a pas besoin de comparaison. Bientôt, c'est à Charlotte Cardin que l'on comparera les nouvelles chanteuses en herbe. Et qu'est-ce qu'elles en seront fières!

Rencontre

Deux heures auparavant, nous retrouvons l'artiste, tranquillement installée derrière le Club Tent, qui s'apprête à accueillir son show. On se dit qu'elle ressemble un peu à Liv Tyler, du temps où elle jouait les Elfes dans «Le Seigneur des Anneaux».

Sereine et souriante, elle incarne l'élégance de ceux qui vivent leur passion avec sincérité, sans se prendre trop au sérieux. Les compliments ne sont pas balayés par l'habitude, mais appréciés, acceptés avec une politesse tirant sur la surprise. Elle est si attachante qu'on s'étonnerait presque de la force qu'elle dégage.

Car son jeune âge ne l'empêche pas de poser sur son parcours un regard incroyablement humble pour un tel talent: découverte en 2013 dans l'émission canadienne «La Voix», elle vivait d'un seul coup la pression, l'immensité et l'imprévisibilité du showbiz. Et lorsqu'à 17 ans, une telle structure vous applaudit avant de vous rendre à l'univers, il vous faut continuer à apprendre, à chercher une identité artistique propre. Persévérante (et surtout follement douée), Charlotte s'y est attelée:

«Après "La Voix", je me suis retirée pendant deux ans: j'en avais besoin. En quittant l'émission, je me sentais un petit peu perdue. Il fallait que je retourne à l'école, que j'écrive plein de chansons et que je trouve mon style. Et seulement ensuite, j'ai décidé de sortir des morceaux dont j'étais vraiment fière. Avant cette étape de recherche, je ne me connaissais pas encore en tant qu'auteure-compositrice, je ne savais pas qui je voulais être. Et je me suis vraiment trouvée, musicalement.»

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La vulnérabilité qui complimente la force

La chanson est entrée naturellement dans la vie de Charlotte; un peu comme une amie que l'on accueille avec bonheur, et qui nous comprend parfaitement. Elevée dans une famille de mélomanes, elle a grandi en écoutant, entre autres, des «girl bands» tels que les «Spice Girls». Lorsqu'on l'interroge sur l'aspect féminin de son tube «Main Girl», c'est ce genre de groupe qu'elle évoque, une étoile dans les yeux:

«Je voulais que cette chanson possède une résonance "Girl Power", cette force qui m'a toujours inspirée chez les groupes féminins que j'écoutais plus jeune. Et en même temps, la chanson comporte aussi beaucoup de traits vulnérables: cette contradiction représente les deux côtés que chaque fille possède en elle.»

L'humain, qu'elle trouve fascinant, constitue la source d'inspiration dans laquelle elle puise le plus souvent. Lorsqu'une idée la traverse, elle la note dans son iPhone afin d'y revenir plus tard, ainsi que le faisaient tant d'écrivains célèbres, en glissant toujours un carnet dans leur poche. Charlotte rit lorsqu'on lui fait remarquer qu'elle est une sorte de «poète 2.0». Elle résume, avec son petit accent québecois: «J'écris surtout à propos des relations interpersonnelles, des amitiés, de l'amour... Les humains m'intriguent énormément.»

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Impossible de nier la sensibilité de cette artiste, qui sait poser des mots sur des sentiments, des expériences, des situations, qu'elles soient limpides ou ambigues:

«Chanter, c'est ma façon d'exprimer mes émotions plus sombres, tristes, mélancoliques. C'est comme cela que je les gère et que je les canalyse... Il y a des gens qui crient, il y a des gens qui pleurent... bon, moi aussi je pleure [rires]. Pas forcément quand j'écris, mais dans la vie de tous les jours, oui. Je pleure de joie, j'ai la larme facile!»

Et cela se ressent, surtout lorsqu'elle nous surprend en passant de l'anglais au français, un changement de langue si habile qu'il passe presque inaperçu. Avant que nous ne la quittions, légèrement troublées, Charlotte Cardin nous remercie pour notre temps. Notre temps? Quel temps? En sa compagnie, on ne l'a même pas senti passer.

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