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«Rien ne m’arrête, surtout pas mon handicap!»

«Rien ne m’arrête, surtout pas mon handicap!»

«Je ne suis jamais vraiment rentrée dans les cases, mais plus je vieillis, moins j’ai envie de m’y enfermer.»

© Rebecca Bowring

J’ai toujours été déficiente visuellement, mais ma vue s’est subitement détériorée en septembre 2017. Entre cette échéance et août 2018, j’ai dû subir 6 opérations pour faire descendre la tension de mon glaucome. Et depuis un an, je dois désormais me déplacer avec une canne blanche. Toutefois, mon état de santé ne m’a jamais donné envie de baisser les bras.

Bien sûr, j’ai connu des périodes difficiles. Lorsque j’étais petite, il m’arrivait de rentrer en pleurs de l’école. Les enfants peuvent être vraiment terribles entre eux. J’avais de la facilité et je m’asseyais au premier rang, car sinon je ne voyais pas. Je cumulais donc les étiquettes et étais une cible de choix. Je me souviens qu’un jour, en primaire, les élèves ont fait une ronde autour de moi dans le préau. L’un d’eux en est sorti pour me frapper. Sur le moment, ce fut difficile à vivre, mais je n’ai pas pour autant été marquée par cela.

N’importe qui peut être harcelé, handicap ou pas et je ne cultive pas de rancœur. Si j’en gardais pour tout ce qui s’est passé dans ma vie, je ne me relèverais pas beaucoup.

J’élève des chiots futurs guides d’aveugles

Je préfère me focaliser sur ce qui est à venir. Après le gymnase, j’ai entrepris un bachelor puis un master en français et en histoire. J’ai toujours voulu être journaliste et j’ai travaillé en parallèle de mes études dans un hebdomadaire genevois. Ensuite, j’ai enchaîné avec un stage professionnel pour obtenir le diplôme. Également attirée par l’enseignement, j’ai effectué des remplacements dans différentes écoles, notamment auprès de jeunes en difficultés scolaires. J’ai adoré cette expérience extrêmement enrichissante. J’étais tellement heureuse lorsqu’une apprentie me disait: «Trop bien Madame, vous m’avez redonné le goût de la lecture!»

Trouver des solutions, toujours

J’ai ensuite suivi des études pédagogiques, puis j’ai effectué une passerelle en information documentaire. J’ai travaillé comme assistante archiviste au pouvoir judiciaire, un job qui me reconnectait à ma formation d’historienne et que j’adorais. Parallèlement, j’exerçais une fonction de community et web content manager. Toutefois, avec ma vue qui se détériorait, il n’était plus possible pour moi de travailler 8 heures par jour derrière un ordinateur. J’ai donc dû, une nouvelle fois, changer de voie, mais je ne regrette rien de mon parcours, j’ai toujours fait ce que j’aimais.

De plus, j’adore sortir de ma zone de confort, c’est là qu’on apprend, qu’on évolue. Je n’ai jamais eu peur de toquer à une porte. Au pire, on me dit non et je trouve alors une autre façon de parvenir à mon but.

Il m’arrive parfois de pleurer sur mon sort, c’est vrai, comme lorsque j’ai perdu la capacité de lire des livres de poche après l’opération de la cataracte, en mai 2018. Toutefois, je ne me dis jamais «Mon Dieu, ma vie est foutue!» Au contraire, je m’oriente très vite vers de nouvelles solutions après un bref instant de peur. Dans ce cas précis, j’ai découvert l’existence de la bibliothèque sonore et de livres en gros caractères. J’envisage aussi d’apprendre le braille si jamais ma vue devait encore se dégrader. Cette force, je la dois aussi à mes parents. Ils m’ont appris à faire du ski, du vélo et ne m’ont jamais victimisée. J’ai été éduquée en mode battante.

Comment, aveugle, je suis devenue artiste peintre

Nouveau projet pour une nouvelle vie

Avant de quitter mon dernier emploi, j’ai pris les devants pour m’inscrire à l’assurance invalidité, mais j’ai vite déchanté. L’AI apporte un soutien bienvenu et efficace en termes de moyens auxiliaires, mais les démarches prennent plus de temps lorsqu’il s’agit de reconversion professionnelle. L’assurance insiste sur le fait que la situation de santé doit être stabilisée avant de pouvoir entreprendre une formation. Si j’avais attendu leur feu vert, près d’un an après mon arrêt maladie, je ne serais toujours pas en train de me reconvertir…

J’ai donc pris sur mes économies pour me payer une formation de coach. J’ai besoin de contact direct, de pouvoir transmettre et partager. Ce qui m’intéresse, ce sont les gens.

C’est pour cette raison que j’ai décidé de créer une société active dans le coaching pour personnes en situation de maladie ou de handicap. Mon but? Aider celles et ceux qui se trouvent confrontés à des difficultés, leur permettre d’apprivoiser leurs limites, de découvrir leurs forces. Je crois en mon projet, c’est un vrai besoin dans notre société: les personnes handicapées ont une valeur, tant économique qu’humaine. Il faut que notre système en prenne conscience.

Cet Irlandais de 84 ans prend des cours de maquillage, pour aider son épouse aveugle

Une canne blanche: et alors?

Le message que je souhaiterais faire passer? On peut être handicapé et entreprendre. La vie n’est pas terminée lorsqu’on est différent. Je déteste entendre des phrases du type: «C’est courageux de vous mettre à votre compte en ayant un handicap et, en plus, en étant une femme.» Ça me révolte. Il y a très peu de chose que je ne puisse faire, certaines sont juste un peu plus compliquées. La canne blanche, par exemple, je l’ai appréhendée très facilement. Le seul désavantage? J’ai toujours adoré partir tôt le matin pour marcher et entendre les oiseaux, la ville qui s’éveille. Avec la canne, ça n’est plus possible: elle fait du bruit tout le temps. Le silence me manque, il va falloir que je m’y habitue.

Pour mes proches, ce fut une autre histoire. Ça a généré beaucoup d’émotion et la plupart ont été touchés lorsqu’ils m’ont vue avec pour la première fois. Ils avaient le sentiment que mon état avait empiré.

Je les ai rassurés: j’étais toujours la même personne. L’un de mes meilleurs amis m’a dit alors: «Finalement, tu es Daredevil au féminin avec ta canne blanche!» C’est exactement ça, je garde cet esprit combatif. Bien sûr, il arrive que des inconnus me dévisagent, mais je préfère en rire. C’est une étape de plus pour moi dans le détachement du regard des autres. Je ne suis jamais vraiment rentrée dans les cases, mais plus je vieillis, moins j’ai envie de m’y enfermer.

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