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Les femmes malgaches m’ont appris l’essentiel

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Tous les soirs, Florienne fait ses devoirs à la lueur de la bougie, car la nuit tombe tôt.

© Sophie Brasey

Peu importe la distance à parcourir

Ces mots ont pris toute leur signification durant mon séjour à Madagascar. L’organisation humanitaire pour laquelle je travaille, Medair, vient en aide à des villages isolés du nord-est de l’île, afin que des milliers de familles aient accès à l’eau potable, ce qui leur permet de vivre en meilleure santé. Et pour accéder aux différents villages de brousse, il n’y a pas d’autre solution que de voyager en pirogue. C’est d’ailleurs le principal moyen de transport pour la population, la route nationale n’étant plus praticable depuis de nombreuses années.

Quand je suis arrivée dans le pays, j’ai eu la surprise de croiser de drôles d’embarcations sur la rivière: des motos ou des jeeps perchées sur des bateaux de fortune. J’ai débarqué dans la petite ville de Maroantsetra, dont la majorité des habitations sont des cabanes sur pilotis, car le sol est constamment inondé d’eau, le climat étant particulièrement humide. J’ai tout de suite été mise dans le bain, si je puis dire: mon logement était une maisonnette en bois au confort sommaire, l’eau que l’on pouvait sortir du puit était insalubre. Et deux bassines faisaient office de douche à l’extérieur du bâtiment. Seul luxe des lieux: l’électricité, mais avec des coupures régulières. Je partageais ce «palace» de 50 m2 avec trois autres travailleurs de l’ONG.

Se laver les mains est une nécessité

Je me suis vite attelée à ma mission: sensibiliser les communautés à l’importance de l’hygiène et de l’assainissement. Mais changer les comportements prend du temps. Il faut savoir user de diplomatie, car il est primordial de gagner la confiance du chef du village et de tous les habitants, ce qui a été possible grâce aux employés locaux qui m’ont expliqué les us et coutumes afin de me «fondre» dans la culture malgache.

Pour sensibiliser les familles à la nécessité de se laver les mains, l’organisation fonctionne sur un mode de mobilisation communautaire qui a fait ses preuves. Aidée par une équipe d’animateurs, j’ai commencé par recruter des volontaires parmi les villageoises. Celles-ci ont assisté ensuite, par petits groupes, à des ateliers ludiques de formation. A l’aide d’images sur des cartons, je leur ai expliqué les bonnes pratiques à adopter. Ces «élèves» se sont montrées studieuses et enthousiastes à l’idée d’apprendre quelque chose de nouveau. Elles sont chargées par la suite de transmettre ce savoir auprès de leur famille et de leurs voisines.

Pour faire de la prévention, j’ai aussi recours à des méthodes créatives, comme des spectacles de marionnettes et des projections de films en plein air dans les villages et les écoles. Pour ces séances de cinéma improvisées qui attirent des foules, tout le monde s’installe assis par terre.

Baignades crépusculaires

Partager la nourriture étant un élément rassembleur, j’ai appris à préparer des repas à la malgache. On dispose du riz sur des feuilles de bananier posées à même le sol. Des bols contenant du bouillon de feuilles et quelques morceaux de viande en sauce constituent l’accompagnement traditionnel. Et une feuille de gingembre sauvage pliée fait office de cuillère.


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Loin du confort de la Suisse, j’ai dû m’habituer à marcher dans la boue en permanence. Avec un taux d’humidité de 90%, la moiteur était étouffante. Je n’ai jamais autant rêvé d’une clim’ que durant ces vingt-sept mois à Madagascar. J’ai d’autant plus apprécié mes «douches» au seau d’eau et mes baignades dans la rivière, au crépuscule, dans les coins réservés aux femmes. Mais il ne fallait pas être trop regardante, ce cours d’eau servant aussi bien à laver la vaisselle, les vêtements, qu’à y faire ses besoins.

Le rythme de travail était très soutenu, il y a tellement à faire dans ce pays. Je me suis rendue dans des villages très isolés qui nécessitent parfois deux jours de pirogue pour arriver à bon port. A chaque fois, tout est à recommencer à zéro. Il faut convaincre la population d’utiliser des latrines – un trou qui fait office de WC – plutôt que de faire ses déjections dans la brousse ou sur la plage.

J’ai dû aussi apprendre à faire avec les imprévus, notamment les pluies torrentielles qui empêchent les déplacements, ou la mort de quelqu’un qui immobilise tout un village pendant trois jours. Devant la difficulté de la tâche, j’ai songé plusieurs fois à jeter l’éponge. Mais mon envie d’aider ces gens en situation précaire a été plus forte. J’ai toujours aimé aller à la rencontre d’autres cultures. Peut-être est-ce dû à mes origines chinoises ou à mon enfance passée dans différents pays?

Seule dans une hutte

La Journée mondiale de la femme est un jour de fête nationale à Madagascar. J’ai eu l’occasion de participer au cortège du 8 mars, vêtue de la même robe rose que mes collègues et amies du quartier. Nous avons défilé à travers la ville, au milieu d’autres groupes de dames portant fièrement un costume représentant leur localité. Les femmes malgaches m’ont impressionnée par leur courage et leur solidarité. Beaucoup d’entre elles élèvent seules leurs enfants. Il n’est pas rare que trois générations – fille, mère et grand-mère – habitent ensemble.

Un jour, une adolescente est venue à la maison pour me demander si elle pouvait emprunter quelques livres en français. Du haut de ses 15 ans, Florienne m’a appris qu’elle avait quitté ses parents pour venir s’installer en ville afin de poursuivre ses études car elle rêve de devenir médecin. Seule avec sa petite sœur de 9 ans, elle vit dans une hutte sur pilotis, un modeste logis meublé uniquement d’un lit, d’une table et d’un réchaud. Tous les soirs, Florienne fait ses devoirs à la lueur de la bougie, car la nuit tombe tôt. Sa détermination m’a particulièrement touchée: les perspectives d’avenir sont malheureusement très limitées pour les jeunes. La plupart d’entre eux ne font pas d’études. La culture du riz, des clous de girofles et des litchis est la principale source de revenu de la région.

Ma mission touchant à sa fin, je suis rentrée en Suisse récemment. J’étais à la fois heureuse de retrouver les miens, et triste de laisser derrière moi toutes ces personnes avec lesquelles j’ai noué des liens. Ce que j’ai vécu m’a transformée: désormais je vais à l’essentiel et je ne m’appesantis plus sur des détails ou des choses négatives.

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