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Cela a été un long chemin pour devenir chaman

Avec du recul, je me rends compte que tout ce que j’ai vécu m’a mené à ça. Il y a encore une dizaine d’années, j’étais musicien à Paris. Je composais des chansons et je donnais des concerts dans de petites salles. Mais est arrivé un moment où j’ai eu l’impression de parvenir au bout de quelque chose. Je me suis dit: «Et maintenant, que vais-je faire du reste de ma vie?»

C’est durant cette période de questionnement que je suis tombé sur l’affiche d’un documentaire consacré aux guérisseurs shipibo d’Amazonie péruvienne. Irrépressiblement attiré, je suis allé voir ce film au cinéma. Le réalisateur Jan Kounen avait organisé une conférence avec un des chamans qu’il avait suivis, le Maestro Guillermo Arevalo Valera, dont le regard profond m’a interpellé. Ce dernier nous a parlé de guérison et de perception d’un autre monde. J’avais envie d’en savoir plus, aussi je me suis rendu à une cérémonie dirigée par un chaman renommé, apprenti de Guillermo, François Demange. Quand on n’a jamais assisté à un rituel chamanique, c’est très étrange à vivre. Grâce à des décoctions de plantes psychotropes et des chants traditionnels ancestraux aux vibrations profondes, on rentre dans une forme de transe. Je ne savais pas quoi en penser, mais quelque chose en moi me disait de persévérer. Je suis donc parti faire un séjour de dix jours au Pérou auprès du Maestro Guillermo Arevalo Valera pour connaître la culture shipibo-conibo. Là-bas, j’ai participé à des cérémonies spirituelles et me suis initié à l’ayahuasca, la liane de l’âme, une plante hallucinogène à caractère sacré aux vertus thérapeutiques avérées.

Une diète de trois mois

Avant de repartir, j’ai eu l’opportunité de m’isoler une demi-journée dans la jungle. Je me suis endormi sur un hamac et j’ai fait un rêve étrange: un être lumineux s’approchait de moi et me disait: «Soigne tes relations.» Puis il m’embrassait sur la tête. A mon réveil, je ne savais pas comment interpréter cette scène. J’en ai parlé à un chaman qui m’a fait comprendre que le sens n’était peut-être pas celui que je croyais. Il m’a proposé alors de commencer une «dieta», c’est-à-dire une diète de trois mois sans sel, sans sucre, sans produits chimiques, sans alcool, sans relations sexuelles, et dans le silence, cela afin d’«ouvrir les énergies». En vivant à Paris, cela me paraissait compliqué, d’autant plus que je n’ai pas l’âme d’un ascète. Mais j’ai accepté de me lancer. Malgré leur extrême difficulté, j’ai réussi à m’en tenir à ces règles strictes.

Le jour où mon jeûne s’est terminé, j’ai entendu parler d’une cérémonie qui avait lieu à l’étranger: le Feu sacré. Elle m’a fait vivre une expérience inoubliable: je me suis vu comme si je me dépouillais d’une ancienne peau, des larmes ont coulé sur mes joues, et cette phrase a résonné en moi: «C’était écrit avant ta naissance.» J’ai ressenti un sentiment très fort, celui d’être appelé par les esprits du monde spirituel pour être chaman. Le lendemain de cet événement qui a marqué un tournant dans mon existence, j’ai eu un entretien avec un guérisseur et décrits ce que j’avais vécu. Il m’a simplement tendu la main en me disant: «Bienvenue au club.» J’ai pensé: «Mais je suis musicien!» Comme si j’avais le choix… Rentré à Paris, je n’arrivais plus à travailler. Tout ce qui m’était habituel me semblait étranger. Mon cœur me disait de retourner au Pérou. C’est ce que j’ai fini par faire.

Un an seul dans la jungle

Là-bas, j’ai retrouvé Guillermo qui m’attendait avec un grand sourire. J’ai participé à plusieurs cérémonies chamaniques où j’ai eu de nombreuses visions. Pour ce grand maître, il n’y avait pas de doute. C’était mon chemin, j’étais désigné pour devenir chaman. Néanmoins, cela nécessitait une longue préparation. Je devais faire une diète d’un an dans la jungle, isolé de tous, pour apprendre les enseignements spirituels et énergétiques. J’étais abasourdi, je pensais à ma famille et à mon amie restée à Paris. Après quelques heures de réflexion, j’ai donné mon accord. Le jour même, on m’a amené dans le lieu où j’allais passer, seul, les douze mois suivants: une cabane en bois au milieu de la jungle. J’avais comme unique bagage un sac à dos avec quelques vêtements.

L’apprentissage chamanique exige qu’on se confronte à soi-même et aux éléments de la nature. Cet isolement accompagné d’une diète permet de purifier le mental et de développer sa sensibilité et son acuité mentale. Mon seul repas quotidien était une banane plantain et un poisson qu’on m’apportait devant ma cabane aux murs recouverts d’une moustiquaire, car le taux d’humidité dans la jungle avoisine les 85%.

Les trois premiers mois, j’ai passé en revue tous les événements de mon existence. J’ai appréhendé les conséquences de chacun de mes actes. Je suis passé par des moments très durs, et j’ai songé plusieurs fois à prendre mon sac à dos et à repartir. Mais j’ai tenu bon au milieu de cette jungle foisonnante de vie où chaque élément de la nature est un enseignement. J’ai appris de la pluie, du soleil, et des tempêtes qui faisaient tomber de gigantesques branches à deux doigts de ma cabane. J’ai «dialogué» avec les animaux que je rencontrais: toucans, serpents, iguanes, singes. Chacun venait me voir au moment où j’étais prêt à l’accueillir.

Tous les quinze jours, un chaman venait partager son savoir avec moi. J’ai été initié aux pratiques de guérison ancestrale par la connaissance des plantes et traditions sacrées amérindiennes. Durant cette retraite, j’ai frôlé plusieurs fois la folie et je me suis confronté aux différentes dimensions de mon être et de l’univers.

Aujourd’hui, je suis thérapeute à La Chaux-de-Fonds. Je me sers de tout ce que j’ai appris auprès des chamans. J’ai développé ma propre technique basée sur l’imposition des mains, les chants de médecine chamanique aux vibrations et harmoniques profondes, la vision fine et très précise des énergies. Je suis un homme comme les autres, avec, en plus, la connaissance des mondes spirituels.

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