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«Ce voyage d'entraide en Guinée m'a transformé»

Vecu entraide Mathias Cadena 1 0

«Ce voyage m’a aussi fait réaliser la chance que nous avons en Suisse. C’est bête à dire, mais on se plaint parfois, assis dans notre classe à écouter notre professeur, sans se rendre compte que nous avons un accès privilégié à l’éducation. Sans parler de l’eau courante et potable, de l’électricité, de la stabilité politique…»

© Mathias Cadena

Nous sommes partis en été 2018 en Guinée Conakry. Outre les deux accompagnants, nous étions onze jeunes de la région de La Sarraz (VD) dont beaucoup n’avaient jamais quitté l’Europe. La première chose qui m’a frappé en sortant de l’aéroport, ce sont les couleurs. Et les sourires. Tout le contraire d’ici, en somme. J’avais 17 ans, autant dire que ça marque.

Nous avions passé plus d’une année à récolter des fonds dans notre région afin de financer une unité de transformation du manioc dans un village de Guinée Conakry, sans eau courante ni électricité. Cette construction pouvait potentiellement changer le quotidien de beaucoup de personnes. Nous avions choisi ce pays et ce projet parmi un catalogue de l’association Nouvelle planète, qui recense un peu les besoins dans divers endroits du monde, en Afrique ou en Asie. Les coûts de transport, relativement modestes et la beauté des paysages nous avaient convaincus.

Soirée et petits boulots

Parents et amis nous ont un peu pris pour des fous, au départ, C’est qu’il s’agissait tout de même de récolter 30000 fr.! Pour tout dire, l’ampleur de la tâche a également commencé par nous effrayer, mais nous nous y sommes mis, à coups de petits boulots: aider des personnes âgées à faire les courses, laver des vitres ou des voitures, s’occuper du jardin… nous avons aussi organisé une soirée de soutien, qui a cartonné, et avons reçu beaucoup de dons. Je tenais les comptes à jour pour que tout le monde sache où nous en étions. Au final, nous avons dépassé nos objectifs. Nous étions si fiers et contents.

L’émotion dans un regard

Une foi à Conakry, la capitale, ce fut une autre paire de manches. Dans le 4x4 qui nous emmenait, nous étions tous muets, saisis par ce que nous voyions dans les rues. Tout était si différent de chez nous. Dès que des gens dehors nous apercevaient, c’était la folie, ils criaient foté!, des blancs! Et ce n’était que le début! Le lendemain, après des heures de routes, ce fut vraiment le choc.

Au détour d’un virage, juste avant le village, tous les habitants avaient formé une haie d’honneur pour nous accueillir. Lors de la fête qui a suivi, nous nous sommes présentés à tour de rôle puis avons été invités à… danser, manière de faire vraiment connaissance!

Nous dormions dans un campement avec cuisine, réfectoire et toilettes à la turque et après quelques jours, nous nous y sentions comme à la maison.

Je me souviens de ce petit garçon qui m’appelait par mon prénom. Nous ne parlions pas la même langue, mais lui connaissait mon prénom, ça m’a vraiment touché. Il m’avait invité dans sa maison. C’était très simple. Je me souviens d’un tas de noix de palmier et d’un seau reversé sur lequel je me suis assis. Lui, il s’est installé devant moi, me regardant en souriant, sans rien dire. C’est fou ce qu’on peut faire passer comme messages, comme émotions dans un regard!

«Grâce à ma fille, je me suis lancée dans le bénévolat»

Nous avons aussi eu la chance de participer à des débats, dont un sur la situation de la femme dans ce pays majoritairement musulman. Nous avons notamment abordé le sujet hyper sensible de l’excision. Ce fut très intense et nous avons réalisé le clivage entre les générations.

Les plus jeunes, qui avaient été excisées, disaient que jamais elles ne feraient subir cette souffrance à leur fille. Très vite, ce fut clair pour nous tous: nous ne participions pas à un voyage humanitaire. C’était plutôt de l’entraide, même si, personnellement, je pense qu’ils nous ont plus apporté que le contraire.

Au-delà de l’argent récolté, nous voulions aussi donner un coup de main pour la construction… mais bon, au final, nous tous réunis abattions le travail d’un seul ouvrier. C’est dire si nous n’étions pas très performants. Toutefois, le premier jour sur le chantier, il pleuvait et des gens étaient venus nous voir travailler, abrités sous des parapluies, surpris de nous voir pelles et pioches à la main! Quand il pleuvait trop pour travailler le béton, nous donnions des coups de main. Nous avons aidé durant quelques heures les femmes du village à désherber les champs. On avait un de ces mal de dos, alors qu’elles le font jour après jour, toute l’année ou presque.

Le choc du retour

Ce voyage m’a aussi fait réaliser la chance que nous avons en Suisse. C’est bête à dire, mais on se plaint parfois, assis dans notre classe à écouter notre professeur, sans se rendre compte que nous avons un accès privilégié à l’éducation. Sans parler de l’eau courante et potable, de l’électricité, de la stabilité politique… malgré tout, en Guinée, dans ce village dépourvu de grand nombre de nos avantages, nous avons été accueillis comme des membres de la famille.

De retour en Suisse, le premier soir a été dur. Durant deux semaines, j’avais été entouré, j’avais dormi dans une pièce modeste avec mes meilleurs amis autour de moi – nous avions en outre choisi de faire ce séjour sans portable. Et voilà que je me retrouvais seul dans ma chambre, qui aurait pu accueillir une famille entière là-bas, et je n’avais que mon smartphone avec qui discuter.

Aujourd’hui, je ne peux plus imaginer juste partir en vacances. C’est tellement simple, pour nous, d’acheter un billet pour un weekend shopping à Barcelone, mais je veux me sentir un peu plus utile. Lorsque nous étions en Guinée, un car grand luxe a débarqué dans la campagne. Un groupe de touristes en mini-short et selfie stick en est sorti… ça aurait pu être nous. Je l’ai réalisé. Nous l’avons tous réalisé. Cette expérience m’a transformé. Je garde contact avec certaines des personnes rencontrées là-bas, même si je ne sais pas quand ni si j’y retournerai, mais je veux continuer à être utile et aider mon prochain dans la limite de mes moyens.

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