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halte aux clichés

Séniors: la satisfaction sexuelle est meilleure chez les femmes

Seniors la satisfaction sexuelle est meilleure chez les femmes

«Des travaux montrent que l'intérêt pour la sexualité se modifie au cours de la vie, informe le spécialiste Francesco Bianchi-Demicheli. [...] Pour les femmes, le schéma est sensiblement différent [des hommes], puisque celles-ci sont plus variables dans leur libido. Elles peuvent expérimenter de longs silences dans leur désir à certains moments de leur vie, sans rapport avec l'âge. Cependant, lorsqu'il s'exprime, son intensité est souvent plus forte que chez les hommes.»

© Getty Image

Le coronavirus a mis à l'arrêt la planète, plongé des populations entières dans la déprime, mais il n'a pas toujours que des conséquences négatives. L'avènement de la pandémie semble en effet avoir boosté la sexualité des plus de 50 ans, avance une étude réalisée par le site Terre des Seniors. Déjà plus active sous la couette que les clichés désobligeants le laissent parfois entendre, comme l'ont révélé plusieurs enquêtes sexologiques récentes, cette tranche de la population connaîtrait une bouffée inédite de désir.

«Le Covid n'a fait qu'accentuer cette tendance en les amenant à profiter de chaque seconde qui passe, constatent les auteurs de l'enquête. Ils ne veulent plus s'embarrasser de complexes et de peurs inutiles. Parce qu'ils n'ont plus de temps à perdre, ils veulent s'adonner à ce qu'ils aiment, ce qui les intéresse et ce qu'ils ont envie de découvrir.»

A y regarder de plus près, le sujet réserve même des surprises. Un stéréotype fréquent voudrait que ce soient surtout les hommes qui conservent une sexualité active avec l'âge? Que les femmes se désintéressent plus vite de la chose au fur et à mesure que les années passent? En réalité, c'est peut-être bien l'inverse.

Loin d'être si constants et réguliers dans leur désir qu'on le dit, portés par les messages d'une société qui les imagine encore un peu trop facilement étalons dans l'âme tout au long de leur vie, ces messieurs peuvent pourtant rencontrer davantage de problèmes au lit. Et si, au final, les femmes étaient mieux armées pour vivre une sexualité épanouie après 50 ans? Pour y voir plus clair, il est donc opportun de confronter les clichés les plus répandus à la réalité.

«Les femmes ont moins envie que les hommes avec l'âge»: Faux.

S'il existe évidemment des différences d'un individu à l'autre, «la sexualité intéresse la plupart des gens et le désir demeure généralement présent toute la vie», observe Francesco Bianchi-Demicheli, sexologue responsable de la Consultation de gynécologie psychosomatique et de médecine sexuelle, et médecin adjoint agrégé au Département de gynécologie obstétrique des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). Ce qui ne veut pas dire que les choses fonctionnent de façon exactement identique entre les sexes:

«Des travaux montrent que l'intérêt pour la sexualité se modifie au cours de la vie, informe le spécialiste. Les hommes ont ainsi des pensées érotiques fréquentes durant la journée et ce rythme demeure assez stable jusqu'à 50 ou 60 ans. Au-delà, le nombre de ces pensées chute, pour vivre ensuite une remontée après la soixantaine. Pour les femmes, le schéma est sensiblement différent, puisque celles-ci sont plus variables dans leur libido. Elles peuvent expérimenter de longs silences dans leur désir à certains moments de leur vie, sans rapport avec l'âge. Cependant, lorsqu'il s'exprime, son intensité est souvent plus forte que chez les hommes.»

Quoi qu'il en soit, le nombre des années s'accompagne fréquemment, pour les hommes comme pour les femmes, «d'une baisse hormonale pouvant participer à ralentir la libido, même si le désir en tant que tel reste, se montrant peut-être un peu moins urgent et génitalisé», souligne la psychothérapeute et sexologue clinicienne Laurence Dispaux.

«Chez les seniors, les hommes font davantage l'amour que les femmes»: C'est compliqué.

L'activité sexuelle est certes moins prégnante à 90 ans qu'à 18, reste qu'une majorité des seniors continue à avoir une sexualité. «La fréquence des rapports baisse avec la cinquantaine, mais même au-delà de 80 ans, beaucoup de personnes pratiquent encore le sexe coïtal, oral, de même que la masturbation», relève Francesco Bianchi-Demicheli.

Les chiffres montrent toutefois un clivage entre les sexes: si l'activité sexuelle diminue de 50% environ chez ces messieurs après 60 ans, elle est divisée par trois chez les dames du même âge. «Il est vrai qu'on entend plus de femmes que d'hommes seniors disant se désintéresser du sexe», fait remarquer le médecin des HUG.

Mais attention, ce déséquilibre dans les statistiques ne doit pas être automatiquement lu comme la preuve d'un moindre intérêt féminin pour les relations physiques, signale Laurence Dispaux: «Les femmes célibataires ou veuves dans ces tranches d'âge sont souvent plus réticentes à l'idée de se remettre dans une relation longue par peur de perdre leur liberté, tandis que la notion de couple est plus essentielle pour les hommes seniors. Cet apparent désintérêt parfois exprimé pour le sexe peut ainsi cacher la crainte de la dépendance dès lors qu'elles s'engageraient dans une relation affective».

Il ne peut d’ailleurs s’agir que d’un certain désintérêt pour le sexe à deux. Car les statistiques loupent souvent l’activité sexuelle en solo des femmes séniors, très tabou dans notre société mais parfois d’une grande importance dans le quotidien de celles-ci. Et la qualité de la vie sexuelle avant la cinquantaine semble également avoir une influence sur la vie sexuelle à venir:

«Les femmes seniors qui se désinvestissent du sexe le font fréquemment parce qu'elles n'ont jusqu'ici pas eu le partenaire idéal ou les conditions d'existence propices pour stimuler leur désir, note la sexologue. La satisfaction au lit n'était peut-être pas au rendez-vous auparavant, et le stress, les responsabilités familiales ou professionnelles ont peut-être empêché ces femmes de faire le plein d'imaginaire sexuel prompt à nourrir leur libido. Celles qui ont renoncé à la sexualité manquent plus souvent de ce bagage fantasmatique favorable et d'expériences positives.»

«Les femmes sont mieux armées pour poursuivre leur sexualité»: Vrai.

Dès la quarantaine, la vie sexuelle des femmes est parfois rendue plus compliquée par les effets négatifs de la ménopause. Ainsi, «cette période peut être marquée par une baisse de la libido, mais aussi par l'apparition d'une lubrification vaginale moins efficace, rendant le rapport coïtal désagréable, voire trop douloureux pour permettre la pénétration», rappelle Francesco Bianchi-Demicheli.

«Pour les femmes qui appréciaient particulièrement ce mode de relation sexuelle, ces problèmes amènent une perte des habitudes, des repères sensoriels, et sont alors susceptibles de conduire à un évitement des rapports intimes pouvant s'installer dans la durée», pointe Laurence Dispaux. Toutefois cette situation n'est pas une fatalité ni une généralité.

«Avec la ménopause, certaines personnes expérimentent un désir plus intense qu'avant, et le fait de se sentir libérée de certaines contraintes notamment contraceptives, ou le fait d'avoir plus de temps pour soi, peut nourrir une envie de réinvestir pleinement sa sexualité, décrit Romy Siegrist, sexologue au cabinet SexopraxiS. C'est aussi le moment où l'on réinvente parfois ses manières de faire, ses pratiques, où l'on recherche le plaisir avec une meilleure compréhension de soi et du partenaire, pas obligatoirement centré sur le coït vaginal. Globalement, on peut dire que la satisfaction sexuelle est un peu meilleure chez les femmes seniors. On fait peut-être moins l'amour, mais on le fait mieux.»

«L'imaginaire sexuel masculin trop phallocentré est un désavantage»: Vrai.

Quid des hommes alors? «La société promeut une vision de la sexualité où le pénis, surtout rigide, serait centrale. Or les changements à travers les décennies peuvent être une occasion d'améliorer son rapport au corps, et de développer des plaisirs et orgasmes différents, par exemple prostatiques, avance la sexologue. Dommage que pour le faire il ait fallu attendre, pour certains, la survenue de troubles érectiles.»

Qui peuvent se manifester plus tôt qu'on l'imagine: à partir de 50 ans, un tiers des hommes ont régulièrement de telles dysfonctions, comme le révèle une enquête IFOP de 2019. «Et en vieillissant, l'érection devient souvent moins rigide, moins longue, avec une éjaculation retardée et un temps de récupération sexuelle plus élevé pour pouvoir recommencer», détaille Francesco Bianchi-Demicheli. Des problèmes qui, trop récurrents, peuvent rapidement conduire ces messieurs à un comportement d'évitement de la relation sexuelle.

«Si, avec l'âge, les probabilités de dysfonctions augmentent, ce sont davantage les hommes qui souffrent de cette nouvelle donne, explique Laurence Dispaux. Les problèmes d'érection sont finalement plus un handicap pour la sexualité qu'une mauvaise lubrification vaginale, car l'imaginaire sexuel masculin est encore très dépendant de la notion de performance et de pénétration.

A moins d'avoir déjà exploré avec succès d'autres types de pratique dans le passé, cet état de fait peut conduire à considérer la sexualité plus négativement. Par ailleurs, les hommes sont moins habitués et plus réticents à parler de leur sexualité à leur médecin, contrairement aux femmes qui se rendent régulièrement dans un cabinet de gynécologie. Un problème érectile peut donc perdurer et altérer durablement la vie sexuelle d'un homme.»

Bref, pour paraphraser la chroniqueuse française Maïa Mazaurette: au lit, les messieurs aussi font leur âge.

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