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«Mon portable ne me quitte jamais, confie Xavier, 41 ans, commercial. Je me demande si je ne suis pas accro… C’est grave?» Pas tant que ça! D’abord, il n’y a pas de dépendance, selon Serge Tisseron, psychiatre et psychanalyste: «S’il existait un «syndrome de sevrage», le corps médical aurait décrit une «addiction au portable». Or ce n’est pas le cas.» La sociologue Joëlle Menrath, coauteure de l’enquête «Vie intérieure et vie relationnelle des individus connectés», commandée par la Fédération française des télécoms (mai 2013), rappelle aussi cette «tendance à se méfier des comportements numériques et à y accoler des termes pathologiques (le «selfie» est «narcissique», Facebook, «exhibitionniste»…)». Stéphanie Bertholon, psychologue clinicienne, précise enfin qu’«il y a plusieurs degrés dans l’excès: l’usage intensif, l’abus puis l’addiction, qui induit une perte de contrôle comportemental». Xavier n’est pas accro. Mais pourquoi a-t-il peur d’être séparé de son écran?

Je surinvestis mon portable

«Nous ne sommes pas attachés à l’objet mais à ses fonctionnalités, rectifie Joëlle Menrath. Oublier son portable à la maison, c’est oublier son téléphone, mais aussi son agenda, sa musique, son journal, la liste des courses…» Le smartphone a remplacé un grand nombre d’objets du quotidien. «Lorsque son contenu sera accessible à partir de nombreux terminaux, nous n’aurons plus l’angoisse de le perdre», affirme Serge Tisseron, auteur de «3-6-9-12, apprivoiser les écrans et grandir» (Ed. Erès, 2013). Sauf que, pour l’heure, il est essentiel. Et qu’en cas de séparation, Xavier somatise. «La richesse et la polyvalence de l’objet ont façonné de nouveaux comportements, reconnaît Stéphanie Bertholon. Son absence génère des sensations corporelles (anxiété, préoccupation…) et des pensées toxiques («Que vais-je faire dans le métro?» – «Et si mon fils ou mon collaborateur avaient besoin de moi?»).»

J’évite toute émotion désagréable

Le portable est bien pratique, même sur le plan émotionnel. «Il nous évite des moments désagréables, poursuit la psychologue: on attend? On joue, on lit. On est perdu? On se géolocalise… Les grands inquiets peuvent même utiliser leur téléphone comme un objet «contraphobique»: il calme, par exemple, un grand besoin de contrôle!» Le smartphone apaise nos peurs, notamment la plus archaïque, selon Serge Tisseron: «L’angoisse d’être isolé, séparé de nos proches, une angoisse qui a toujours existé chez l’être humain tant il a besoin de l’autre pour exister.»


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Je m’imagine tout-puissant

Comme on l’aime, cet objet! On le personnifie (sonnerie, écran d’accueil), on veut le plus joli, le plus performant… «Un doudou digital!, sourit Stéphanie Bertholon. En nous promettant l’immédiateté, l’accessibilité, la mobilité, le smartphone nous renvoie dans la toute-puissance de l’enfance.» Nous voulons tout et, grâce à lui, nous pouvons tout. «C’est un fantasme, souligne Joëlle Menrath, et nous ne sommes pas si dupes car nous faisons tous l’expérience de la réalité: qui n’a pas cherché en vain à joindre quelqu’un?»

Oui, mais quand on lui vend du rêve, l’individu l’achète! Pour retomber en enfance, vivre selon le «principe de plaisir!», éviter toute frustration… jusqu’à ce que la batterie tombe à plat.

Que faire pour ne pas se faire envahir

S’interroger «En premier lieu, tâchez de faire le point, propose la psychologue Stéphanie Bertholon. Observez votre comportement: où est votre portable? Vous sentez-vous obligé de le regarder? Identifiez ce que vous faites avec: jeux, infos, réseaux sociaux? Quels bénéfices obtenez-vous? Du plaisir, le sentiment d’être en lien? Puis effectuez des changements dans vos habitudes. Allez faire les courses en l’oubliant. Coupez les notifications – c’est l’humain qui doit solliciter l’objet et non le contraire…»

Se fixer des limites Notre recours au smartphone est lié aux circonstances. «Toute situation qui accroît l’insécurité psychologique, quelle qu’en soit la cause, risque de rendre l’emploi du portable compulsif», rappelle Serge Tisseron. Le psychiatre et psychanalyste insiste sur l’importance d’apprendre à utiliser correctement les nouvelles technologies. Aux enfants, notamment.

Conserver son bon sens «Les études montrent que la plupart d’entre nous s’auto-disciplinent déjà, explique la sociologue Joëlle Menrath. Nous disons «je suis accro» mais savons, au fond de nous, comment tempérer notre désir. Exactement comme avec le chocolat! On évite soi-même d’en acheter, tout comme on laisse son portable sur le bureau quand on a une réunion importante. Ne cédons pas à la panique morale induite par l’arrivée de toute nouvelle technologie: Baudelaire disait de la photographie qu’elle était narcissique…»

Ma solution

Anne, 32 ans, maquettiste «Mon portable a pris l’eau l’été dernier. Mon fichier clients, les photos de ma fille, mes cent trente niveaux à Candy Crush… tout était fichu. J’en ai pleuré. J’ai dû rebrancher mon vieil appareil. Eh bien, contre toute attente, j’ai survécu six mois sans internet sur mon mobile! Depuis, j’ai racheté un portable dernier cri. Mais je suis moins dépendante: simplement parce que mon fichier clients est aussi sur mon ordinateur, que je transfère régulièrement mes photos et que ma passion pour Candy Crush s’est éteinte.»

Rubrique réalisée en partenariat
avec «Psychologies Magazine»
dont le numéro 359 est disponible en kiosque.
A consulter aussi sur psychologies.com

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