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entre injonctions et exigences

Charge mentale: les enfants aussi en sont victimes

Charge mentale: les enfants aussi en sont victimes

Ouvrir les yeux sur le vécu de sa descendance est souvent compliqué. On a tendance à oublier que celle-ci ne perçoit pas du tout le monde comme nous.

© Getty

Liam a soufflé sa cinquième bougie début janvier. En août, il a effectué sa première rentrée scolaire. Alors qu’il était un petit garçon souriant, plein d’énergie et sociable, il n’arrive pas à s’acclimater à sa nouvelle vie. «Peut-être qu’on en a trop fait, mais on aimerait tellement mettre toutes les chances de son côté pour qu’il puisse étudier, exercer le métier de ses rêves et bien réussir sa vie», confie sa maman, désemparée. Car outre l’école, Liam suit des cours de tennis, passe une après-midi chez sa grand-maman, apprend l’italien tous les jeudis et la natation tous les mercredis. Et le week-end, pas question de rester inactifs: la famille enchaîne expos, journées sportives et activités variées.

Autant les filles que les garçons

Si Liam a perdu le sourire, c’est probablement qu’il souffre de charge mentale. Celle qui concerne les femmes a été médiatisée suite à la bande dessinée d’Emma en 2017, mais la pression qui pèse sur les épaules les plus frêles reste encore peu connue et étudiée. «Il est souvent demandé, voire exigé, que l’enfant soit super méga résistant à tout, qu’il soit capable de faire face à n’importe quoi, alors que certains adultes eux-mêmes en sont incapables», explique Aline Nativel Id Hammou. La psychologue clinicienne, auteur de «La charge mentale des enfants – Quand nos exigences les épuisent» (Ed Larousse), souligne les injonctions constantes qui structurent le quotidien des petits.

«Mon plus jeune patient a 4 ans, déplore-t-elle. Dès cet âge, on peut ressentir le poids des exigences des adultes.»

Alors que, chez les parents, la charge mentale touche bien plus massivement les femmes, celle concernant les plus jeunes impacte autant les filles que les garçons. Et l’ensemble des adultes présents dans l’entourage peuvent provoquer cette charge mentale. On cite les parents en premier, mais les professeurs, profs de sport ou de musique, membres de la famille élargie peuvent être à l’origine de ce mal-être.

Les causes? Elles sont multiples. Aline Nativel Id Hammou cite notamment le poids de l’éducation bienveillante (les parents ne veulent surtout pas frustrer leur enfant). Mais aussi l’importance de la réussite, la perception de l’enfance comme une période édulcorée et douce, incompatible avec la notion de charge mentale. Loin d’être un souci léger et passager, laisser la situation s’installer peut avoir de graves répercussions. «L’ensemble du développement de l’enfant va être touché, car le symptôme premier est la fatigue généralisée, aussi physique que psychologique, cognitive et émotionnelle», insiste l’experte.

Burn out et dépression

Dans son ouvrage, la spécialiste cite l’exemple de Victor, 8 ans, qui est constamment fatigué en classe, a du mal à se concentrer et se replie sur lui-même. Plusieurs symptômes sont signalés: troubles du sommeil, troubles de l’humeur, crises d’angoisse, apparition de comportements addictifs, difficultés relationnelles, agressivité, troubles de l’apprentissage, etc. Le diagnostic est difficile à poser, mais essentiel pour la croissance, le bien-être et la santé de celle ou celui concerné. «L’épuisement généralisé et la dépression s’installent très souvent au bout de quelques mois, témoigne Aline Nativel Id Hammou. L’enfant peut se sentir tellement dépassé qu’il va perdre le plaisir de faire, de découvrir, d’apprendre et de vivre.»

Le signal qui devrait alerter? Un changement radical de comportement sur plusieurs facettes de sa vie et qui s’installe dans la durée (entre 3 et 6 mois).

Cela se traduit de plusieurs façons: un enfant qui perd le plaisir de jouer, de rire, qui ne s’intéresse plus à rien ou qui, pour faire plaisir, va constamment dire «oui» à tout. Il peut également avoir des comportements inadaptés (pleurer alors qu’il reçoit un cadeau, rire face à un événement grave, etc.) et être constamment malade, se plaindre d’avoir toujours mal quelque part (c’est alors la cause d’une psychosomatisation importante).

Ouvrir les yeux sur le vécu de sa descendance est souvent compliqué. On a tendance à oublier que celle-ci ne perçoit pas du tout le monde comme nous. Pourtant, seul un changement global de la vie quotidienne et des comportements que l’on a à son égard peuvent faire changer les choses. «Concrètement, il faut commencer par un bilan médical avec le pédiatre, entamer un suivi psychologique et s’engager dans une thérapie familiale, conseille Aline Nativel Id Hammou. Il est également primordial d’aider l’enfant à exprimer son vécu et d’instaurer des temps de pause obligatoire, sans écrans. Enfin, on veillera aussi à faire le tri dans l’emploi du temps de l’enfant et on aura une discussion avec l’équipe pédagogique qui l’entoure. C’est alors un excellent début, qui produira des réactions en chaîne positives et constructives.»

Les transferts? Non merci!

Écouter sa fille ou son fils, c’est aussi apprendre à se détacher des projections que l’on effectue, immanquablement, à travers elle ou lui. «Je le répète toujours à mes patients: lorsqu’un enfant s’exprime et dit «Non, je ne veux pas faire cela, je n’aime pas le cheval, je voudrais faire du badminton», c’est qu’il est en super bonne santé psychologique, car il ne veut pas rester dans une sorte de fusion avec ses parents», souligne la psychologue.

Toute la famille aurait aussi à y gagner si l’on acceptait de ralentir le rythme. Certes, nous vivons tous dans une «forme de maltraitance temporelle en lien avec notre société actuelle», mais il est possible de changer la donne. L’idée? Accepter les temps «off», les week-ends non planifiés, les plages horaires vides. Et s’en tenir à la recommandation de limiter les activités à deux maximum durant la semaine (sport, musique, langues, informatique, etc.). Pour une vie familiale plus apaisée, des parents moins stressés et des enfants qui voient leur charge mentale s’envoler. Ça vaut le coup d’essayer, non?

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