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Vie de famille: le syndrome du nid vide touche 35% des mères

Syndrome nid vide parents enfants

Une «mère poule» qui n’a pas d’emploi rémunéré et s’est exclusivement consacrée à sa marmaille ou un parent célibataire auront clairement plus de risques de se sentir les ailes coupées une fois leur(s) poussin(s) envolé(s).

© Getty Images

«Mes deux aînés avaient déjà quitté la maison. Alors quand ma cadette de 17 ans a décidé de partir étudier au Canada, j’ai ressenti un immense vide.»

Mère célibataire et réalisatrice de «Mon Bébé», actuellement sur les écrans et qui raconte sur le ton de la comédie la difficulté de voir ses enfants s’envoler, la cinéaste Lisa Azuelos reprend: «Pendant vingt-cinq ans, je m’étais investie à fond dans ma fonction de mère, et d’un coup, tout un pan de ma vie n’existait plus, il fallait que je me réinvente un nouveau moi. C’est un peu comme lorsqu’on se retrouve brutalement au chômage. Le syndrome du nid vide, c’est un chômage de maman.»


Un grand «rien» insupportable

Ce ressenti, l’animatrice de TV Cendrine Dominguez le connaît bien. Coauteure de «Trois petits tours et puis les enfants s’en vont…» (Ed. Lattès), elle se souvient: «Ma fille et mon fils sont partis quasi en même temps, à 23 et 21 ans. Mon mari était ravi que les enfants s’en aillent mais moi, j’ai eu plus de mal. Il n’y avait plus cette énergie, ce rythme quotidien. Je me suis alors beaucoup interrogée sur ce que serait mon rôle désormais.»

Tout comme Nicole, une prof vaudoise dans la cinquantaine: «Quand ma fille est partie s’installer avec son copain, il y a deux ans, j’ai commencé à sérieusement déprimer. Elle avait 23 ans, c’était dans l’ordre des choses. Mais ça ne m’a pas empêchée de me sentir mal: plus de chenit qui traînait partout, plus de courses à faire en urgence en sortant du du boulot, plus de musique à fond en permanence, plus de hurlements contre le chat ni de râleries parce que j’avais oublié d’acheter «ses» cafés… Bref, une espèce de grand rien insupportable!»

Ces vécus, partagés par Christiane, Sandra, Isabelle, Stéphane et par tant d’autres, n’étonnent pas les spécialistes. C’est que, dans les faits,

Cette forme de blues post-envol «touche environ 35% des mères – ainsi que quelques papas», estime Santosh Itty, pédopsychiatre à l’Office médico-pédagogique (OMP) de Genève et thérapeute de famille à la consultation psychothérapeutique pour familles et couples des HUG. Il note: «Cette étape de la vie familiale est en effet un mélange de joie, de soulagement, de fierté, de sentiment du devoir accompli mais aussi de tristesse et d’angoisse, une forme de déchirement et de renoncement!»

Comme un deuil

Auteure de l’essai «Le jour où les enfants s’en vont» (Ed. Albin Michel), la psychologue clinicienne Béatrice Copper-Royer résume: «C’est extrêmement agréable d’être parents de jeunes adultes: la responsabilité d’élever des enfants est lourde – or là, on est enfin déresponsabilisés. Et c’est un vrai succès pour eux et pour nous quand on y est parvenus. Reste que le départ de sa progéniture, c’est une page qui se tourne, un nouveau chapitre qui doit s’écrire. Ce n’est pas rien!»

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Elle précise: «De par l’évolution de nos sociétés, le sentiment d’inutilité et de vacuité que l’on ressent après l’envol de l’enfant n’a sans doute jamais été aussi aigu qu’aujourd’hui parce que depuis une vingtaine d’années, il est au centre de la famille. Il est regardé, (sur)investi, on attend énormément de lui, y compris qu’il fasse le bonheur de ses parents.»

Par ailleurs, dit-elle, quitter le domicile familial marque la fin de «la mission de protection» (et parfois de surprotection!) qu’on s’est assignée.

«Nous vivons dans une société de la précaution où, plus informés des dangers et des risques, nous contrôlons, voire hypercontrôlons nos enfants, ne serait-ce qu’avec les téléphones portables. Les «lâcher», c’est en quelque sorte en perdre le contrôle. Ce qui génère une forte anxiété parentale.»

Une angoisse que rencontre d’ailleurs souvent le docteur Santosh Itty en consultation. Pour lui, qui précise que les symptômes du «syndrome du nid vide» peuvent être similaires à ceux qui accompagnent un processus de deuil (tristesse, sentiment d’inutilité et d’abandon, perte de sens à sa vie, troubles du sommeil et de l’appétit, somatisation, moins de plaisir dans les activités, etc.), il faut aussi tenir compte du contexte dans lequel s’inscrit cette phase.

Une «mère poule» qui n’a pas d’emploi rémunéré et s’est exclusivement consacrée à sa marmaille ou un parent célibataire auront clairement plus de risques de se sentir les ailes coupées une fois leur(s) poussin(s) envolé(s). Ce dont témoigne par exemple Sandrine, qui a élevé seule ses deux garçons dans le canton de Fribourg: «Depuis toujours, je suis adepte du proverbe qui dit «On ne peut donner que deux choses à ses enfants: des racines et des ailes.» Pourtant, entre la théorie et la pratique… Du coup, quand mes gamins de 24 et 26 ans sont partis à six mois d’intervalle pour s’installer avec leur copine, je ne l’ai pas bien vécu. Sans leurs repères horaires, qui me servaient de guides, j’étais complètement déphasée: j’ai mis des semaines à me retrouver un rythme à moi!»

Des enfants ciment

Autre facteur qui complique l’affaire: l’âge des parents. «Ils ont en moyenne entre 40 et 65 ans, note le Dr Itty. C’est précisément le temps où ils sont confrontés à de nouveaux défis. Professionnels, souvent, mais aussi familiaux, puisque c’est la période où les grands-parents entrent plus ou moins doucement dans les phases vieillesse, puis maladie – voire mort. Ce qui, en l’occurrence, engendre pour les parents une double séparation, un double deuil.»

Et comme si tout cela ne suffisait pas, surgissent encore toutes sortes de questions personnelles, relèvent les thérapeutes. «Cela nous oblige à faire le point, à tirer une espèce de bilan sur notre propre vie. Beaucoup de choses peuvent alors resurgir, comme la peur de la solitude, l’angoisse du vieillissement et de la mort, indique encore cet expert. Pour la femme, cette phase peut en plus coïncider avec les changements du féminin et du maternel: le moment où les enfants quittent le domicile familial correspond généralement au début de sa ménopause, avec tout ce que cela peut entraîner comme cortèges de troubles physiques et émotionnels, notamment au niveau de son image d’elle-même et de sa féminité.»

Et côté homme? «Cela a également des conséquences sur le masculin et le paternel. Le père peut éprouver des angoisses, notamment liées à la vieillesse.» Avec, en réaction, et pour dépasser ce sentiment, un besoin de s’en aller, histoire de recréer une nouvelle famille «ailleurs». En France, entre 2006 et 2016, le nombre de divorces de quinquagénaires et plus a ainsi augmenté de 75%. En Suisse, le phénomène est comparable.

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Évidemment, le besoin de re-pouponner n’est pas seul en cause. Comme le souligne notamment Raphaële Miljkovitch, thérapeute familiale et coauteure de «Parenting - Le parent aussi est une personne» (Ed. Odile Jacob): «Certains parents connaissent des soucis dans leur couple et surinvestissent la relation avec l’enfant, laquelle devient alors celle qui leur apporte satisfaction. Or, quand il s’en va, les époux se retrouvent seuls, face à eux-mêmes. Cela n’aide pas à combler ce vide. Pour des amoureux qui fonctionnent bien, c’est plus facile, leur vie continue. Si l’on n’est que papa-maman, le quotidien à deux devient compliqué, voire impossible!»

C’est d’ailleurs ce qui a coûté son mariage à Pascale: «Nos trois bouèbes étaient le ciment qui nous tenait ensemble. Quand on s’est retrouvés juste nous et qu’ils n’étaient plus là pour faire écran et monopoliser notre attention, on a dû se rendre à l’évidence: on n’avait plus rien à se dire, aucune envie en commun, le néant. La seule solution pour ne pas sombrer a été de nous séparer et de reprendre chacun notre vie en main, version solo. Aujourd’hui, franchement, je suis bien plus épanouie que je ne l’ai jamais été!»

Car oui, aussi délicate à passer soit-elle, cette période de flottement (voire d’effondrement) est aussi l’occasion d’un nouveau souffle. Surtout si on la prépare, notent en chœur tous les spécialistes.

Certes, mais comment? En gros, ils conseillent d’abord et surtout de «prendre conscience, le plus rapidement possible», que notre progéniture aura un jour sa vie, hors nous, et que nos chers petits «ne nous appartiennent pas». Nous avons pour mission de les encourager à être indépendants et à s’épanouir sans nous, martèlent-ils tous unanimement – insistant sur le fait que, pour les y aider, il faut commencer par leur faire confiance et leur permettre de s’autonomiser.

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Pour Jeanne, Vaudoise de 54 ans, ce chemin a passé par différentes étapes durant l’adolescence de ses filles: «Nous vivions dans une ferme à la campagne et j’ai pris mon rôle de maman-taxi très à cœur pendant des années. Cela dit, quand elles ont eu 15-16 ans, j’ai estimé que mes demoiselles étaient assez grandes pour se débrouiller en bus, à pied ou à vélo. J’ai donc arrêté de faire le chauffeur – et ce sont elles qui ont dû chauffer des mollets!

En parallèle, je les ai petit à petit poussées à s’occuper de leurs paperasses, de leurs rendez-vous médicaux, etc. Au début, c’était un peu la gabegie, mais quand je les vois fonctionner maintenant, je me dis que j’ai eu raison: elles sont indépendantes et leur père et moi libérés de ces corvées. Pour le coup, nos relations sont d’adultes à adultes, elles ne nous demandent plus de faire les choses à leur place – juste des conseils. C’est vraiment top.»

Une expérience que résume Raphaële Miljkovitch:

«Le projet parental ne dure qu’un temps, la nature de la relation change. Il est nécessaire d’accepter de ne pas toujours avoir un ascendant sur son petit, mais que le rapport soit plus symétrique. D’autant qu’un parent le reste pour toujours, et c’est important pour l’enfant de le sentir. La force du lien ne quitte jamais le nid!»

Et ce d’autant moins «si l’on maintient raisonnablement et sans trop insister le contact avec eux. On peut le faire par différents moyens physiques (repas, soirées, fêtes…) ou virtuels, notamment via les réseaux sociaux comme Skype», renchérit Santosh Itty. Qui ajoute: «Cela dit, s’il est évidemment important de s’occuper de ses petits, il est également primordial que les parents prennent aussi soin d’eux-mêmes.»

Égoïstement, en s’investissant dans leurs carrières professionnelles respectives ou dans une activité personnelle comme le sport, le bénévolat, le chant, le jardinage, le religieux, le yoga, etc. Mais aussi en soignant leur couple via des discussions, des sorties culturelles, des soirées en amoureux ou entre amis, des voyages… sans jamais oublier qu’en s’octroyant ces libertés-là, par leur exemple, ils offrent à leurs bébés la possibilité de grandir et de voler de leurs propres ailes…

Chantal, 57 ans, Yverdon: «Je me suis dit: enfin!»

«Quitte à passer pour une mauvaise mère… j’ai vu mon fils s’en aller à 24 ans avec un certain plaisir. C’est un homme merveilleux, mais les derniers temps, sa présence commençait à nous peser sérieusement, à son père et moi. Alors quand notre chouchou est venu nous annoncer qu’il allait déménager, je me suis dit: enfin! Lui, il était tout mal: il nous a dit que c’était parce qu’il avait peur de nous faire de la peine… Tu parles! Moi, je crois surtout qu’il avait la trouille de faire le grand saut! Mais bon. Les premiers jours après son départ, j’étais euphorique. Ensuite, j’ai un peu accusé le coup pendant quelques semaines. Parce que même si j’étais ravie, eh bien, ça change pas mal la donne, ne serait-ce que pratiquement: les courses, les chuchotements pour ne pas le réveiller le week-end, les horaires de repas…

Bref, il nous a fallu réapprendre à faire sans lui. Aujourd’hui, un an plus tard, tout est parfait: mon mari et moi, on vit une deuxième lune de miel et lui, on lui parle et on le voit régulièrement par envie réciproque. Et non par obligation. Et ça, ça n’a pas de prix!»

Sandrine, 54 ans, vevey: «J’ai pris un chien»

«Quand notre cadet a quitté la maison pour vivre en coloc, vers 22 ans, ça m’est tombé dessus. C’était une espèce de vague à l’âme constant, l’impression de ne plus servir à rien – même au travail. En plus, comme mon mari est un taiseux et que je n’avais de toute manière pas grand-chose à lui dire, la maison était complètement silencieuse en dehors du bla-bla de la radio ou de la TV… C’était sinistre. Et puis, un jour, une copine m’a confié son chien quelques jours. Ça a été une révélation – aussi bien pour mon homme que pour moi! Du coup, on s’est très vite décidés et on a adopté un chiot. Depuis, on a recommencé à faire plein de choses ensemble: on se balade, on joue, on fait des photos… et surtout, on s’est remis à rire comme des gamins.

Le chien ne compense évidemment pas le vide laissé par les enfants mais en nous redonnant un intérêt commun, il nous a permis de renouer un dialogue effiloché par le temps et je crois sincèrement qu’il a sauvé notre couple!»

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