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Son anniversaire, Sarah Marquis le fêtera seule. Mais pas besoin de compatir, elle adore ça. Elle se trouvera dans une savane du Nord-est de l’Australie, parsemée d’acacias et d’eucalyptus. Son cadeau? L’Australie, justement. Comme elle le dit, «un cadeau grandeur nature»! Depuis son départ de Cairns, le 9 juin, elle aura parcouru environ 350 kilomètres en direction de Broome, à l’ouest, au pays des crocodiles. C’est ce but qu’elle vise au terme des premiers six mois. Pour sa quarantième année, Sarah Marquis s’offre ainsi la traversée de l’Australie par le nord. On lui souhaite des paysages à la hauteur de ses efforts. En attendant, notre reportage dans la jungle thaïe ayant aiguisé les curiosités, voici des réponses à quelques-unes de vos questions.

Elle vit de quel argent? Des fonds que lui apportent ses sponsors Debiopharm, Gaz naturels, Tissot, Groupe Delarive, mais aussi de fonds personnels provenant des conférences et de la publication de ses livres. Actuellement, pendant Explorasia, elle a environ 1000 Sfr. par mois à dispo.

Elle n’a jamais peur?

En tout cas, sa peur ne l’empêche pas de s’endormir, le soir, dans sa petite tente… Mais quand, au Laos, au bord d’une rivière qu’elle a descendue en canoë, un groupe de narcotrafiquants la bouscule en pleine nuit, elle n’en mène pas large. Ni quand, toujours au Laos, elle attrape la dengue, et réalise que ses sens sont altérés par la fièvre. Elle s’attachera à un arbre pour prévenir le delirium que la fièvre peut provoquer… Avant la peur, il y a la méfiance et «l’anticipation». Sarah se méfie des humains (mais pas des animaux). Pas casse-cou, elle marche ses antennes dehors, attentive, prompte à réagir à toutes les épreuves. «J’utilise les stratagèmes des animaux que j’ai passés tant de temps à observer.»

Elle a une arme?

Pas d’armes, non. Mais elle a un assez grand couteau. Pour chaque voyage, le choix de celui-ci fait l’objet d’un mini-rituel, et d’un passage obligé dans un petit magasin de Martigny. «Le couteau est mon seul compagnon de tribulation.»

Qu’est-ce qu’elle mange?

Beaucoup d’ail, beaucoup de riz, beaucoup de pâtes, accompagnées des légumes qu’elle peut trouver. En Thaïlande, c’était le paradis, elle a pu varier les menus. En Mongolie et en Chine, c’était affreux: «De la viande, de la viande et encore de la viande… En tant que végétarienne, ce n’était pas simple lorsque le légume le plus exotique en vue était la pomme de terre.»

Elle vient d’où?

Elle est née dans le Jura. «J’ai passé mon enfance dans la forêt à explorer, expérimenter ce qui allait devenir ma passion.» Ses parents y habitent encore. Elle a vécu aussi pendant plus de quinze ans en Valais.

Qu’est-ce qu’elle faisait avant?

Elle a quitté le Jura très jeune, après un apprentissage de commerce qu’elle ne pratiquera jamais. Un jour, à la gare de Delémont, elle est passée devant un panneau annonçant une nouvelle profession de «contrôleuse CFF». Son CFC en poche, elle a donc enchaîné avec cette formation aux CFF, faisant partie des premières volées de femmes contrôleuses en Suisse. Elle pratiquera ce métier quatre ans durant: «Une expérience de vie à part entière qui m’a construite: solide et prête à l’imprévu. Je repense toujours à cette période avec reconnaissance.»

Elle fera quoi après?

Elle publiera un livre aux Editions Michel Lafon, fera des conférences en Suisse et à l’étranger, d’autres expéditions… «Je chéris ma liberté plus que tout, j’ai l’aventure dans la peau. Tout est possible!»

Qu’est-ce qu’elle fait quand elle tombe malade?

Il faut d’abord dire qu’elle a une hygiène de vie «très stricte, même en Suisse». Cela lui permet en expédition de compter sur son capital santé. Afin d’éviter infections et inflammations, elle se dit «très à l’écoute» des tensions musculaires qu’elle pourrait avoir. «J’applique bandage et baume du tigre durant la nuit, ce laps de temps où le corps récupère.» Quand elle a attrapé la dengue, elle a essayé d’appeler son contact au Laos (ndlr: Sarah a un contact dans chaque pays), aurait bien aimé joindre par téléphone un médecin, mais elle n’a pas réussi. Finalement elle a dû s’en sortir seule. Et quand elle a eu son infection dentaire, elle n’a pas eu d’autre choix que d’être évacuée dans le pays le plus proche ne réclamant aucun visa et équipé en dentistes. Le Japon s’est imposé.

Pourquoi elle s’inflige tout ça?

Elle aime… la solitude, marcher, la nature, la débrouille, la survie. Et même ce qui n’est pas franchement une partie de plaisir comme des kilomètres de marche sur une autoroute ou à travers une banlieue. «J’ai encore de la peine à expliquer avec des mots cette passion dévorante que j’ai de me déplacer à la force de mes jambes à travers les zones les plus isolées, dangereuses mais aussi belles de notre planète. Ma démarche n’a rien à voir avec l’exploit. C’est une recherche de… je ne sais pas bien quoi.» Peut-être saura-t-elle mieux s’expliquer à son retour.

Est-elle causante?

Mais oui! Elle est même drôle. Elle a, il faut le dire, plein de choses à raconter. D’innombrables aventures (une nuit de déluge en Mongolie, accueillie par une famille sous une yourte et assaillie par un jeune homme…), des rencontres animales (la maman grizzli et son petit dans un parc national américain, un gigantesque troupeau de bœufs en Australie, un panda rouge dans la neige chinoise), les hommes de sa vie de femme (ben oui…), des lieux où elle a vécu (le Jura et son brouillard, son premier appart quasi borgne à Lausanne, le chalet de Verbier photographié avec passion par tous les Japonais de passage), etc. Sarah sait causer, oui. En français mais en anglais aussi. Elle adore cette langue et en truffe de mots son français.

Et maintenant, elle est où?

En Australie. Elle s’apprête à traverser ce pays par le nord de l’est en ouest, pour finir au sud-ouest à son petit arbre de la plaine de Nullarbor.

Elle arrivera quand?

Dans une année, en principe.

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