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Pour Lolita Frésard, qui a passé une enfance compliquée entre Le Vaud et Genève, la famille c’est à la fois «je vous aime» et «je vous hais». Jusqu’à 4 ans, elle a vécu avec sa mère Christine, puis jusqu’à 9 ans avec son père Ivan – «enquiquineur de talent à la radio et à la télé», dit-elle – et sa deuxième femme, Catherine.

Du coup, Lolita ne savait pas sur quel pied danser. «Je me sentais seule, en manque de stabilité, de cadre. Je cherchais constamment à attirer l’attention. Ce n’était pas gagné. Mon père a fait trois filles avec trois femmes différentes. Moi, Alicia et Oona. J’ai vécu avec Alicia. J’étais contente et aussi jalouse de ce bébé, car j’étais encore moins le centre du monde!»

Pour s’occuper, elle s’amusait à présenter le téléjournal. «J’adorais parler de la Tchétchénie. A cause du nom. Ou j’allais à Ouchy avec ma grand-mère, et là je faisais comme mon papa, de la scène.» La jeune femme éprouvait alors pour lui une admiration mêlée de frustration. «Il était dans la lumière, m’emmenait à la radio. Mais je le trouvais trop absent. Plus tard, quand il s’est séparé de ma belle-mère, je suis retournée chez ma mère. Les choses ne se sont pas bien passées avec mon père. Il m’a déposée en bas de l’immeuble avec mon cochon d’Inde et il est parti. Le quitter m’a rendue triste.»

Début de révolte

En rupture scolaire, Lolita s’est retrouvée pendant quatre ans en classe spécialisée. «C’était affreux. J’en veux à mes parents de m’avoir laissée croupir là. On ne suivait pas le programme et à 13 ans j’avais de grosses lacunes dans tous les domaines. Heureusement, un professeur qui croyait en moi m’a aidée à développer d’autres capacités.» Son intégration s’est ensuite révélée difficile. «C’était le début de ma révolte. Je nourrissais une haine contre le système, contre mes parents qui ne voyaient pas ma souffrance. A 14 ans, je suis entrée au cycle et je n’en fichais pas une. J’insultais les profs qui usaient de leur pouvoir. J’étais régulièrement renvoyée.» Malgré ses problèmes, la chance lui sourit à nouveau. «J’ai rencontré la doyenne qui, elle, m’a comprise. C’était comme ma deuxième maman. Elle m’a mieux accompagnée que mes parents. Mon père se contentait de me féliciter: «C’est bien, Lolita, révolte-toi.» Pour moi, toutefois, c’était positif. Une façon de me valoriser.»

Sa mère, qui a mené une belle carrière dans le bien-être, n’était pas non plus très disponible. «Elle m’aimait, a toujours tout fait pour moi, mais nous avions des rapports distants. On se disputait, notamment à cause de mon farouche besoin d’indépendance. » Vers 16 ans, il arrivait à Lolita de rentrer à la maison un peu alcoolisée, avec des garçons. «Cela ne plaisait pas à ma mère, qui m’a dit un jour: «Ce n’est pas un bordel, ici!» Alors je suis partie. J’avais 18 ans et j’ai pris un studio aux Pâquis, à Genève. Comme d’habitude je n’en ai fait qu’à ma tête…»

«Aujourd’hui, ce n’est pas pareil. Nos relations se sont apaisées, car je n’ai plus d’attentes. Encore qu’avec mon père elles demeurent conflictuelles. Il ne veut rien entendre. Pendant longtemps j’ai craint de discuter avec lui. Il est têtu, se montre parfois inutilement blessant et pense tout savoir, ce qui n’est pas mon cas. Mais sagesse et réflexion en plus, c’est sûr que je lui ressemble. Il m’a transmis son côté sanguin. Comme lui, je suis grande gueule, je dis ce que je pense. Avec des nuances, cependant… De ma mère j’espère avoir la générosité. Elle a toujours eu envie d’aider les autres, de leur manifester de l’empathie.»

Fonceuse et déterminée

Créateurs et ouverts, ses parents sont à l’origine du choix professionnel de Lolita, qu’ils ont soutenue. Mais si, amoureuse de la scène depuis le berceau, la jeune femme a opté pour le théâtre, c’est aussi pour retrouver une famille. «Pourtant, on m’a mis des bâtons dans les roues. «Tu ne seras jamais comédienne!», m’avait dit la doyenne des classes de théâtre du Conservatoire de Genève, qui m’a fait virer. Cela m’a au contraire donné la force et la rage d’y arriver. Je suis une fonceuse, persévérante et déterminée. Je le dois à mes parents. En y songeant, je réalise que je me suis construite avec et contre eux.»

Cabocharde, Lolita n’a jamais voulu rentrer dans aucun moule. «Petite, j’ai fait une batterie de tests psychologiques et c’est ce qu’on en a déduit. Ma formation, c’est la vie. A la fin de l’école de culture générale, j’ai écrit un one-woman-show où je raconte quelques tribulations enfantines, dont l’épisode du cochon d’Inde! Avec le recul, je le trouve plutôt drôle.»

Un an plus tard, elle joue dans «Les derniers jours de l’humanité», son premier spectacle professionnel. A 18 ans, Frédéric Polier, directeur du Théâtre du Grütli, à Genève, lui donne l’occasion de toucher à tout. «La troupe m’a portée, avant que je ne vole de mes propres ailes.» Un voyage comprenant des escales à Paris, à la télé romande et au cinéma.

En couple avec Yann, docteur en mathématiques, Lolita souhaite avoir des enfants. Mais elle ne reproduira en aucun cas le modèle familial. «Yann et moi mettons un point d’honneur à bâtir un cadre, une stabilité. Et on s’est promis de toujours compter l’un sur l’autre, quel que soit l’avenir de notre relation.»

Dans l’immédiat, elle va présenter avec Guillaume Prin, son codirecteur de la Compagnie AGP (Artistes en grande pompe), un spectacle sur le désir féminin, «Le salon des confidences». Au parc Beaulieu de Genève, du 16 au 25 mars 2016.

Questions d’enfance

Une odeur d’enfance Le jus d’orange que ma grand-mère paternelle me prépare depuis que je suis toute petite. Elle y met du gingembre.

Un jouet fétiche Un nounours que j’appelais nounou. Je lui plantais le doigt dedans pour toucher la ouate à l’intérieur. Je l’ai encore. Il est en lambeaux.

Un premier amour Alain, rencontré en Tunisie. J’avais 14 ans. Je voulais vivre là-bas avec lui tellement je l’aimais. Mais il a refusé, estimant que j’étais trop jeune.

Un vêtement qui la rendait fière La robe d’Alice au pays des merveilles que je voulais porter tout le temps, même à l’école. J’avais 5-6 ans. Pour moi, ce n’était pas un déguisement.

Un dessert enchanteur Le carac, parce qu’il est vert avec du chocolat dedans. Mais je n’y avais pas toujours droit vu que mon père adorait les millefeuilles…

Une phrase qu’on lui répétait et qui l’agaçait «Tu es trop petite pour ça, tu attendras un peu.» Mais moi, j’étais déjà très indépendante, je n’écoutais pas. Et ça m’insupporte encore aujourd’hui.

La célébrité dont elle était fan Dorothée. Elle me donnait du bonheur. Et de mon père que j’accompagnais à la radio.

J’avais 5 ans environ… et j’adorais porter ma robe «Alice»!
Avec ma mère, Christine, dans ma première maison en France, à côté de la frontière.
A Cully, à 22 ans, avec mes demi-sœurs Alicia et la petite Oona.
A 2 ans, dans les bras de mon père, Ivan.

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