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Les femmes de l'Église catholique réclament plus d'égalité

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«Les raisons théologiques qui empêchent les femmes de devenir prêtres? Personnellement, je ne les ai toujours pas comprises.» - Catherine Ulrich, Aumônière catholique de la communauté œcuménique des personnes handicapées et de leurs familles.

© Getty Images

L’Eglise catholique ébranlée, une fois encore. La déflagration a été immense, début octobre 2021, lors de la publication du rapport d’une commission indépendante chargée de recenser les abus sexuels commis en France. Le document estime que 216 000 personnes, aujourd’hui adultes, ont été agressées durant leur enfance par un prêtre ou un religieux, depuis les années 50, dans l’Hexagone. Un triste bilan qui illustre les dérives d’une institution ultra-hiérarchisée et figée dans un entre-soi masculin que de plus en plus de fidèles trouvent obsolète.

Parmi les voix qui réclament un changement en profondeur: des femmes. Ces croyantes ne revendiquent pas la lune, simplement plus d’égalité. En Suisse romande, elles se mobilisent à travers le Réseau des femmes en Eglise. Et leur combat résonne de plus en plus fort. Aumônières, agentes pastorales, bénévoles, elles étouffent sous le poids d’une tradition qui ne fait plus sens à leurs yeux.

Leur groupe est né en 2015 au sein du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg, résultat d’une prise de conscience amère fondée sur les témoignages, trop nombreux, de femmes engagées dans les équipes pastorales, victimes de mépris, d’humiliations ou d’abus de pouvoir de la part de prêtres. D’abord orienté vers l’écoute et la solidarité, le réseau s’est, depuis, ouvert à toutes celles qui œuvrent dans le giron de l’Eglise, et il a pris une tournure plus militante sur la question de la place des femmes au sein de cette institution. Des femmes le plus souvent exclues des instances décisionnelles et des organes de formation, alors qu’elles sont toujours plus nombreuses à exiger d’être considérées comme les égales des hommes. Les soutiens affluent, pourtant, c’est une montagne qu’elles essaient de déplacer.

© Bernard Hallet / La grève des femmes du 14 juin 2019 a été l’occasion pour le Réseau des femmes en Eglise de rendre leur combat visible.

Lente et délicate évolution

Nous sommes en 2021, mais dans l’Eglise catholique, les femmes restent de petites mains à qui on accorde surtout le droit d’obéir. «C’est un système dans lequel la formation, l’ordination, tout concourt à faire des prêtres, des hommes à part dont la fonction est sacralisée», explique la Neuchâteloise Marie-Christine Conrath, agente pastorale dans le Val-de-Travers (NE), une des trois membres du Réseau des femmes en Eglise qui se sont confiées à nous. Aux côtés de tous ces hommes placés sur un piédestal, les femmes contribuent à un nombre incalculable d’activités, comme la préparation des sacrements, mais sont tenues à l’écart des postes à responsabilités dans les équipes pastorales.

«Une femme est toujours nommée pour "aider" un prêtre dans son ministère», confirme la genevoise Catherine Ulrich, aumônière catholique de la communauté œcuménique des personnes handicapées et de leurs familles.

«Les raisons théologiques qui empêchent les femmes de devenir prêtres? Personnellement, je ne les ai toujours pas comprises.»

Catherine Ulrich

Aumônière catholique de la communauté œcuménique des personnes handicapées et de leurs familles.

A l’échelle du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg, Mgr Morerod n’a pas totalement fait la sourde oreille face à ces revendications féministes. Trois femmes ont obtenu un siège au sein du conseil épiscopal. Une évolution qui réjouit les militantes. Les choses bougent. «Mais ne soyons pas naïves non plus, prévient Marie-Christine Conrath. Ce n’est pas parce que trois femmes ont été nommées que le système tout entier est en train de changer.»

Le partage équitable des responsabilités qu’elles attendent de pied ferme est encore loin. «Le souci pour ceux qui veulent faire avancer l’Eglise dans cette direction, c’est d’y arriver sans braquer trop de monde», résume Catherine Ulrich. Une entreprise éminemment délicate. «J’entends beaucoup de peur de la part de prêtres, note Marie-Christine Conrath. Ils ont peur de perdre leur rôle et le pouvoir qui va avec.»

Briser la loi du silence

Aujourd’hui, l’Eglise catholique apparaît en décalage total avec la société et sa culture du secret, incompréhensible, alors que les scandales d’abus sexuels continuent de remonter à la surface. Ce mutisme, les représentantes du Réseau des femmes en Eglise le dénoncent. Mais elles ne sont pas dupes.

«Favoriser le silence, c’est aussi une façon de maintenir son pouvoir», estime Isabelle Vernet, coordinatrice du bénévolat au sein de l’Eglise catholique vaudoise et aumônière de l’Ecole hôtelière de Lausanne. Pour elle, le contexte si particulier de l’institution a joué un rôle: «En serait-on là si les femmes avaient été nombreuses à occuper des postes de pouvoir à Rome, si elles avaient été prêtres, évêques? Je ne crois pas. L’omniprésence de l’homme dans l’Eglise catholique est une aberration.

Il n’y a que des hommes qui décident et qui exposent leur pouvoir partout. C’est, je pense, une des raisons de ces abus.»

Pour Catherine Ulrich, le problème réside avant tout dans «la concentration du pouvoir» entre les mains de quelques-uns, en l’occurrence les prêtres et les évêques. Raison pour laquelle le partage de ce pouvoir lui semble indispensable. Et puis, n’y a-t-il pas des femmes pasteurs, des femmes imams, des femmes rabbins, comme le rappelle Isabelle Vernet: «Nous, catholiques, sommes les seuls à ne pas inclure les femmes.»

Car le partage des responsabilités passe aussi par l’ordination. «Les raisons théologiques qui empêchent les femmes de devenir prêtres? Personnellement, je ne les ai toujours pas comprises», s’indigne Catherine Ulrich, qui observe avec regret que si des femmes se lancent dans des études de théologie, peu les achèvent, «par manque de débouchés et parce qu’on ne les considère pas à hauteur de leurs compétences». Certains évêchés, plus progressistes, ont ouvert la porte aux femmes. Il arrive, en effet, que des laïques soient autorisées à prêcher. C’est le cas notamment dans le diocèse de Bâle. Mais il est impossible d’ordonner des femmes prêtres, sous peine d’être excommunié par Rome.

© Bernard Hallet

La question des voix féminines

Rome? C’est bien sûr de là que les véritables réformes en faveur des femmes sont attendues. Sur ce plan, le pape François soulève d’authentiques espoirs. «Il a réalisé des changements concrets, il veut ouvrir la porte aux femmes», constate Isabelle Vernet. Cette année, le souverain pontife a ébréché le plafond de verre en procédant à deux nominations inédites dans les hautes sphères de la hiérarchie vaticane. Parmi elles, celle de Sœur Alessandra Smerilli, première femme secrétaire d’un dicastère de la Curie romaine, et Sœur Nathalie Becquart, sous-secrétaire du synode des évêques, poste qui lui octroie un droit de vote au sein de ce «concile miniature», comme disent certains, et où se discutent des questions majeures pour l’Eglise.

Par ailleurs, le processus synodal, lancé en mai 2021, s’est matérialisé, entre autres, par un questionnaire que les fidèles sont invités à remplir et qui soulève notamment la question de la voix des femmes dans l’Eglise. Une question qui vibre bien au-delà des frontières suisses (lire plus bas). Mais faire plier les résistances des puissants courants traditionalistes semble presque relever du miracle.

Portrait: La femme qui voulait être évêque

Mai 2020. La Française Anne Soupa lance une bombe médiatique en se portant candidate au poste d’évêque de Lyon, laissé vacant à la suite de la démission du cardinal Barbarin. Journaliste, essayiste, catholique, elle n’en est pas à son premier coup d’éclat militant.En 2008, il y a eu la création du Comité de la jupe, une association qui promeut la place de la femme dans l’Eglise catholique et, en 2013, l’organisation d’un conclave des femmes. Anne Soupa mouille son chemisier pour que les femmes ne soient plus maintenues à des niveaux de sujétion. Pour elle, cette ouverture est indispensable, faute de quoi l’Eglise catholique disparaîtra.

Inutile de dire que sa candidature spontanée a reçu un accueil plutôt frais de la hiérarchie. Aucune réponse du nonce, représentant du pape en France. Silence radio également à l’égard des sept autres femmes qui ont, dans la foulée, demandé d’accéder à des fonctions qui leur sont interdites. La Conférence des évêques de France a, quant à elle, fait part de sa lassitude face à ce qu’elle considère comme de la «provocation».

© Courtesy of Anne_Soupa via AP Keystone

Réparation pour les victimes d’abus

En Suisse romande, c’est aussi une femme, l’ancienne conseillère nationale neuchâteloise Sylvie Perrinjaquet, qui préside la Commission d’écoute, conciliation, arbitrage et réparation (CECAR) sur les abus sexuels dans l’Eglise catholique. Cette instance, indépendante des autorités ecclésiastiques, n’a pas vocation de lancer des poursuites devant la justice, mais à faire reconnaître le tort infligé aux victimes et à leur octroyer une réparation financière.

Le fonds, créé en 2016 et d’abord prévu pour ne durer que cinq ans, a été prolongé jusqu’en 2026. Il le sera peut-être encore vu le temps souvent nécessaire aux victimes pour entreprendre ce genre de démarches. Jusqu’ici, la CECAR a traité 36 dossiers. A l’échelle suisse, l’Eglise catholique a mandaté un groupe de travail de l’Université de Zurich pour examiner les violences sexuelles commises depuis les années 1950.

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