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Les drag-queens sont (à nouveau) parmi nous

Rochelle brown 740757 unsplash

Personnage interlope dans les années 80 et 90, la drag queen s'est émancipée et touche un public plus large.

© Rochelle Brown

Elle ondule sur scène, fait les yeux doux au public – nombreux – lâche quelques plaisanteries bourrées de sous-entendus et entonne une chanson de Charles Aznavour. Quelques instants plus tard, elle enlèvera sa perruque, ses couches de fond de teint et Catherine redeviendra Pascal.

Désormais, le bar Saint-Pierre, à Lausanne, propose régulièrement ses Scènes du Dimanche, durant lesquelles la part belle est faite aux transformistes. Sur scène donc, mais aussi dans le public, où des sosies de Cher ou de Conchita Wurst dégustent un cocktail en applaudissant les virevoltées de drôles de Mylène Farmer, Zouk Machine, Marilyn Monroe ou Amy Winehouse.

«Quand j’ai commencé, il y a 15 ans, nous n’étions qu’un tout petit nombre à faire vivre des personnages, avance Catherine D’Oex/Pascal Morier-Genoud. Aujourd’hui, nous sommes plus nombreuses et il y a plus de lieux qui accueillent des shows de travestis, cela contribue à la multiplication.»

D’ailleurs, vous pouvez même le croiser en train de pousser la chansonnette dans une buvette d’alpage ou faire la Madame Loyale lors d’un match de catch-impro…

Un public élargi

Ces personnages hauts en couleur, qui écumaient les bars interlopes et boîtes de nuit à la fin des années 90 (et avant), font leur grand retour mais, cette fois, drag-queens et transformistes investissent des lieux plus «mainstream». Autrefois quasi entièrement gay, leur public s’est élargi. Baromètres du milieu, le festival Bushwig, à Brooklyn, ou la célèbre DragCon new-yorkaise: désormais, on y va en famille, entre amis, afin d’admirer les plus belles créatures de la côte est des Etats-Unis et l’affluence n’a jamais été aussi grande.

Catherine D'Oex: "Au début, tu marches comme une dinde en talons."

Le Lausannois Christophe Grillon, alias Frida Galop, ne peut qu’opiner. Depuis 18 ans, il se transforme régulièrement, surtout en Cher, bientôt en Madonna. Depuis quelque temps, les lieux de ses performances se sont élargis: il a présenté un show à plusieurs dans une institution pour personnes handicapées, sur La Côte; il est devenu Mary Poppins lors d’un atelier pour enfants à Fribourg; il sévit aussi avec la Revue de Moudon…

«Depuis environ deux ans, j’ai des shows pratiquement tous les mois et dans toujours plus d’endroits. Il y a une fascination envers notre milieu et tous ses possibles.»

La reine de Manhattan

Le «coupable» de ce regain d’intérêt pour les faux cils XXL et les perruques de 2 mètres de haut est tout trouvé: RuPaul. Superstar internationale, de son vrai nom RuPaul Andre Charles, active dans les clubs new-yorkais dès le début des années 1990, surnommée un temps «The Manhattan Queen», la reine de Manhattan, elle officie depuis 2009 à la tête de son émission, «RuPaul’s Drag Race», qui affiche déjà plus de dix saisons au compteur.

C’est elle qui a permis de redonner un vent de fraîcheur au milieu drag. Remplie de gimmicks et de punchlines, l’émission de télé-crochet, qui prône la tolérance, est désormais sur Netflix. Preuve supplémentaire il y a quelques jours, quand la diva a (finalement) accepté qu’une femme transgenre participe à une prochaine saison. Une première. «If you don’t love yourself, how in the hell you gonna love somebody else?», conclut RuPaul à la fin de chaque émission. La sublime liane devrait aussi apparaître l’année prochaine au casting d’une série déjantée, «AJ and the Queen».

Toutefois, Catherine D’Oex voit plus large que le simple effet RuPaul:

«Je pense que l’évolution des mentalités sur les questions de genre fait que la tolérance ou la curiosité sont attisées dans la population générale. N’oublions pas que face à la morosité ambiante, on a davantage besoin de s’amuser!»

C’est d’ailleurs une différence entre les drag-queens «d’autrefois», et les créatures d’aujourd’hui, qui portent davantage un message.

«Le phénomène des drags, c’est la résistance. Simplement, de la résistance avec de jolies couleurs et une attitude positive. Aux USA aujourd’hui, c’est plus important que jamais», glissait Randy Barbato, cocréateur de «RuPaul’s Drag Race», interviewé cet automne à New York.

Nouvelles stars de YouTube

Vincent, alias Gloria Gaybar, est un pilier du milieu drag lausannois. Dix-sept ans qu’il officie dans les bars et clubs du chef-lieu. Lui aussi a remarqué le regain d’intérêt. Il estime que si RuPaul a clairement aidé, l’ère des tutos en tous genres a dopé l’intérêt envers le monde des drags.

Même sans aucune notion de base en maquillage, en coiffure ou pose de faux cils, il suffit de trouver le bon blogueur pour entamer sa formation continue. «J’ai d’ailleurs une chaîne YouTube pour les curieux…» En parlant make-up, vous connaissez les noms des nouvelles ambassadrices de la marque MAC? Shea Couleé, Kim Chi et Detox.

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