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    Catherine D'Oex: «Au début, tu marches comme une dinde en talons»

    Comédien, Pascal a créé Catherine D'Oex en 2004. Depuis, elle écume les bars en diva déjantée pour chanter et plaisanter, même quand elle fait de la prévention des IST.

    Publié le 
    1 Mai 2018
     par 
    Julien Pidoux

    Catherine est née en 2004, j’avais 40 ans. Un couple d’amis vignerons nous avait demandé, à un ami et moi, d’animer leur fête de partenariat enregistré, l’un des tout premiers du canton de Neuchâtel. On ne voulait pas juste nous déguiser en femmes et raconter des blagues, on voulait composer des personnages qui aient du sens, quelque chose de fortement ancré. On a donc créé Catherine D et Françoise D, un hommage aux Demoiselles de Rochefort. En gros, nous étions deux sœurs et les ex de chacun des deux mariés. On n’avait évidemment pas été invitées à la fête, mais on avait des trucs à dire… et on a fait un tabac monumental!

    C’était en août. Un mois plus tard, je participais à une réunion du groupe prévention VIH pour les HSH (hommes ayant du sexe avec des hommes), à Genève, et on réfléchissait sur la manière de faire de la prévention dans les lieux de drague comme les saunas ou les parcs. Il y avait déjà une créature qui faisait ce travail, Dame Pipi, mais elle était, pour certains, effrayante, tandis que Catherine D – devenue Catherine d’Œx en hommage à ma commune d’origine Château-d’Œx – était plus truculente, plus accueillante. Ça a recommencé comme ça, un peu par hasard. Je suis parti en militance, comme on dit.

    On m’appelait la Madone du latex.

    J’ai beaucoup bossé dans les lieux de dragues gays et ça a tout de suite bien marché. À l’époque, mon slogan était: «Ne soyez pas sages, soyez prudents!» Parce qu’être sage, autant dire que l’on s’en fiche, mais prudent, il le fallait. Et il le faut encore.

    Bienvenue à la boule rouge

    Aujourd’hui, je tourne encore de temps en temps dans les bars gays et gay-friendly, pas mal de travail de prévention, mais aussi des spectacles, ici et ailleurs. Je suis passé au théâtre de l’Echandole, à Yverdon, il y a trois ans avec Catherine d’Œx recherche le prince charmant. Je crée chaque année, avec d’autres artistes, un souper-spectacle à Boudry dont les recettes vont au Groupe sida Neuchâtel. J’y mélange tours de chant et plaisanteries parfois un peu grivoises.

    Par ailleurs, je me rends chaque mois à Bruxelles pour me produire dans deux établissements, Chez Maman – un genre de Michou belge – et à La Boule rouge. J’anime aussi une croisière gay. Grâce à toutes ces connexions, je rencontre plein de gens, un vrai effet boule de neige, un bonheur incroyable.

    Avec d’autres amis transformistes, on a dernièrement commencé les Scènes du dimanche, au café Saint-Pierre, à Lausanne, et ça cartonne.

    J'ai révélé mon identité juste avant la retraite

    En fait, j’ai toujours aimé me déguiser. En fille, c’est encore plus drôle. J’ai par exemple joué Katia dans Le Père Noël est une ordure. Mais vous savez, en vérité, je n’ai pas besoin de perruque pour être Catherine, je suis à la fois Catherine et Pascal. Ce n’est pas compliqué, je suis les deux tout le temps!

    Une démarche de dinde

    Mon but n’est pas d’être reconnu, je me reconnais bien tout seul, mais simplement d’être connu. Bêtement parce que plus tu es connu, plus tu peux chanter et c’est ce que j’aime faire. Au début, je me limitais au play-back de chansons qui me touchaient, puis j’ai rencontré un peu par hasard l’accordéoniste Robert Moineau et j’ai commencé à chanter pour de vrai. En 2012, pour les 50 ans de la mort d’Edith Piaf, on a fait une tournée de concerts-terrasses, lui avec son accordéon, moi avec ma voix et mes chansons d’Edith en duo avec Gallavin… Bien qu’un travesti en plein jour ne soit pas toujours glamour, la magie opère!

    D’ailleurs, vous savez, se travestir, en soi, je ne trouve pas ça amusant: au début, tu marches comme une dinde avec tes talons, la perruque gratte, le soutien-gorge te fait mal, il faut sans cesse penser à s’épiler, s’étaler des couches de fond de teint… Je n’ai pas ce goût du travestissement en soi que certains peuvent avoir. Je le fais simplement parce que cela me procure des moments de plaisir et de bonheur.

    Perso, je n’ai pas de problème à ce qu’on m’appelle Catherine en pleine rue alors que je suis habillé en homme, ou qu’on m’appelle Pascal en soirée alors que je porte ma perruque. Je suis simplement une femme qui s’intéresse aux gens, foncièrement. Un cheval de Troie aussi: je débarque comme une fleur dans des bars ou ailleurs avec ma perruque et mes rangées de perles. Du coup, sous couvert de rigolades et en sirotant quelques coupettes de champagne, j’invite au dialogue. Durant mes spectacles, j’aime que les gens m’interpellent, qu’ils continuent à discuter, à boire des verres. Et avec toutes ces années de prévention et ses rencontres, je pense que les gens heureux prennent moins de risques en rapport avec leur santé.

    En talons à la Migros

    Être une femme m’a appris beaucoup de choses. D’abord l’empathie. Parce que dès que je me maquille et que j’enfile des bas et une jupe, le regard de certains mecs est différent. Comme si, une fois femme, ils se permettaient tout à coup beaucoup de choses. Ils n’hésitent plus à faire des remarques sur mon physique, mes jambes… pour d’autres, j’ai parfois l’impression de jouer le rôle de mère. C’est fou comme Catherine, avec ses airs de Jacqueline Maillan, incite à la confidence!

    Homo ou hétéro, peu importe, si un jour tu as envie de mettre des talons pour aller à la Migros, vas-y, il faut explorer

    Aujourd’hui, ce qui me touche le plus, ce sont les hommes qui viennent travestis à nos spectacles juste pour assister au show. Ça rappelle qu’on a tous le droit de rentrer dans la peau de qui on veut, sans se demander si on a un trouble quelconque. On s’amuse avec les rôles, et c’est ça qui est drôle! Peu importe que tu sois homo ou hétéro si, un jour, tu as envie de mettre des talons pour aller à la Migros, vas-y, il faut explorer.

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