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Au sein du couple, le désir d’enfant n’est pas toujours synchrone. Comment faire le bon choix? Le point sur la question avec un médecin, une psychologue et des témoignages de femmes.

Allons-nous fonder une famille maintenant ou attendre d’avoir d’abord un bon travail, un bon salaire et un logement assez grand? Beaucoup de jeunes couples se posent la question. Certains se lancent dans l’inconnu, d’autres n’osent pas prendre le risque tant que les conditions idéales ne sont pas remplies. Le grand problème des femmes, c’est également l’horloge biologique.

«Je voudrais avoir des enfants, mais pour moi, cela ne semble jamais être le bon moment», confie Amélie, dont le premier compagnon ne voulait pas entendre parler de biberons et de couches-culottes. «Et aujourd’hui, je me retrouve dans une situation semblable. Mon homme vient de se mettre à son compte. Il n’a pas envie que nous prenions un appartement plus spacieux. Je pense qu’en fait il a peur de s’embourgeoiser. Plus jeune que moi, il ne se sent pas prêt à devenir père. Mais moi, à 38 ans, je me dis qu’il sera bientôt trop tard…»

Le désir d’enfant n’est pas toujours synchrone au sein du couple. Les hésitations de l’homme ne sont pas forcément le reflet d’une peur d’assumer ses responsabilités. «Souvent, il a juste envie de bien faire», remarque Laurence Dispaux, psychologue, sexologue et conseillère conjugale. «Il ne sait pas si les conditions sont remplies, il est plus réaliste que la femme par rapport aux aspects matériels. Il se perçoit notamment, et c’est une partie de son identité, comme celui qui doit pourvoir à la sécurité matérielle de la famille. La femme, elle, conçoit son rôle autrement. Elle sent son horloge biologique qui tourne, c’est tout aussi réaliste. Ces deux positions peuvent instaurer un décalage dans le timing.»

Un timing complexe

Situation inverse pour Bénédicte, 27 ans, qui souhaite attendre encore cinq ans avant d’avoir des enfants, tandis que son mari rêve d’en avoir rapidement. «C’est un sujet sensible entre nous, reconnaît Bénédicte. Après ma thèse de droit, je prévois de faire un stage d’avocat, ce qui représente une charge de travail de 150% et un stress énorme, inconciliable avec la vie de famille. Quand j’aurai fini, à 32 ans, j’ai l’intention d’entrer dans la magistrature et de devenir juge, une profession qu’on peut exercer à temps partiel, donc idéale si l’on a des enfants. En même temps, je suis consciente qu’il me sera peut-être plus difficile de tomber enceinte à l’âge de 32 ans. Ça m’angoisse!» Bénédicte affirme que sa priorité, c’est la famille. Elle hésite à réduire ses ambitions professionnelles alors qu’elle a fait un choix de carrière qui lui ouvrira de nombreuses portes. «Les hommes, eux, n’ont pas ces problèmes!»

D’autres couples ne se posent pas ces questions. Comme Emilie et Julien, qui ont eu leur premier fils à 25 ans alors que les conditions idéales étaient loin d’être remplies: Julien venait d’achever ses études, mais pointait au chômage faute de trouver un emploi correspondant à ses compétences. Emilie, future assistante sociale, était en pleine formation: «On pensait que si on attendait d’avoir tout bien, on n’aurait jamais d’enfants. Alors on s’est dit: «Tant pis, on y va!» C’était la galère. Julien a fait des petits boulots, nous vivions dans un studio. Mais quand notre fils est né, nous étions si heureux! La galère a duré deux ans.» Puis, presque en même temps, Emilie et Julien ont trouvé du travail. Depuis, ils ont déménagé et eu encore deux enfants.

«Il est difficile de dire qu’il y a un bon moment pour avoir un enfant, observe Laurence Dispaux. Le couple doit réfléchir et discuter, pour qu’il n’y ait aucun ressentiment par la suite. Les questions types que les partenaires doivent se poser sont: «Quelle est la disponibilité de chacun? Quelle solution adopter pour la garde de l’enfant?» mais aussi «Est-ce que notre couple est suffisamment stable? Y a-t-il de la place pour une troisième personne?» Il faut être conscient que la sexualité est bouleversée après un accouchement, et que l’homme risque de se sentir exclu si la mère est trop fusionnelle avec son bébé. Après la naissance, chaque conjoint doit redéfinir son rôle.»

Devoir d’organisation

Dans tous les cas, la naissance représente un bouleversement pour les parents. Et particulièrement pour les femmes travaillant à plein temps, qui se retrouvent confrontées à des doubles journées souvent épuisantes. Anne-Laure, 33 ans, est médecin dans un hôpital, comme son mari Maxime. Ils ont une petite fille de 3 ans, Romane. «Certaines de mes collègues ont fait des enfants pendant leurs études, d’autres ont attendu d’être cheffe de clinique. Est-ce que c’était le bon moment pour moi? Ce n’est jamais le bon moment! Je suis une des rares qui travaillent à 100%. Cela nécessite une solide organisation, un plan B, un plan C, et le soutien de la famille… Romane va à la crèche, et elle passe un jour par semaine avec sa grand-maman. Mais je n’ai aucune marge. Le soir, je finis à 18 h et à 18 h 15, je dois prendre Romane à la crèche. Mon plus grand stress, c’est de ne pas arriver à chercher ma fille à temps. Maxime ne peut pas le faire, car il travaille dans une autre ville. Dans l’ensemble, nous parvenons à nous organiser, car il travaille souvent la nuit et le week-end, mais du coup, nous ne nous voyons pas souvent. C’est propre à nos horaires de médecin. Quand j’ai congé, je m’occupe de ma fille, je fais les courses, la lessive, je prépare des repas à l’avance. Mon mari, quand il a congé, consacre tout son temps à Romane, mais il ne fait rien d’autre.»

Anne-Laure, qui a eu son diplôme de médecin en 2005, vient de passer son FMH de pédiatre et a accepté d’être cheffe de clinique à condition de pouvoir bénéficier d’un temps partiel à 80%. A-t-elle culpabilisé d’avoir passé trop peu de temps avec Romane? «J’ai souvent culpabilisé. Quand ma fille était malade, je me sentais nulle, je me demandais pourquoi je m’occupais de tous les enfants malades sauf du mien!» La jeune femme envisage d’avoir d’autres enfants. Et contrairement à son mari, qui a choisi de faire carrière, elle a renoncé à poursuivre une carrière académique. «J’ai des exigences de qualité de vie. Je veux voir ma fille, mes amis, et avoir le temps de faire des confitures. Je voudrais dire aux femmes qu’il n’y a pas de bon moment pour avoir un enfant: de toute façon, la vie s’arrange autour des choses importantes.»

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