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Femmes pionnières: Katherine Johnson, de l’ombre aux étoiles

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Petite main anonyme, l'Américaine Katherine Johnson est aujourd'hui l'une des rares femmes associées à la conquête spatiale.

© Naila Maiorana

«Enfant, déjà, je comptais tout: les marches des escaliers, celles de l’église, les plats que je débarrassais, les couverts que je lavais», expliquait Katherine Johnson dans une interview accordée l’an dernier à un magazine spécialisé. Les chiffres, les mathématiques, les paraboles et les équations… c’est le don, aussi précoce que singulier, qui va propulser cette fille de fermier noire au cœur même de l’une des plus grandes aventures humaines du XXe siècle. Car dans la grande Histoire de la très virile et très blanche course aux étoiles américaine, enjeu politique pour damer le pion de l’ennemi soviétique en période de guerre froide, la petite histoire aurait pu oublier celles qui, femmes de couleur comme elle, ont œuvré en silence au sein de la NASA pour conquérir l’espace.

Ces discrètes ouvrières des chiffres seront révélées par un livre, Hidden Figures, écrit en 2016 par Margot Lee Shetterly et adapté dans la foulée par Hollywood. Parmi ces 80 mathématiciennes mises en avant par le film Les figures de L’ombre, on trouve Dorothy Vaughan, Mary Jackson et, surtout, Katherine Johnson, ingénieure spatiale et dernière survivante de ces petites mains aux grands cerveaux.

Sacrifice familial

Katherine Coleman est née en 1918, en Virginie, Etat du sud-est des Etats-Unis. Comme dans les contrées voisines, la ségrégation raciale y fait loi. Toutefois, cette cadette de trois frères et sœurs présente très tôt de surprenantes aptitudes dans bien des domaines. Les chiffres, bien sûr, mais aussi les lettres. Ainsi, à quatre ans, la précoce enfant déchiffre déjà les mots que ses parents épellent lettre par lettre pour communiquer en secret, dans l’une de leurs vaines tentatives d’échapper à l’attention de leur bout de chou à la fulgurante intelligence.

Pourtant, alors que la soif de connaissance de leur benjamine ne s’étanche jamais («J’aime apprendre, c’est un art et une science.»), les époux Coleman sont encore une fois confrontés aux lois racistes qui gouvernent chacun de leurs gestes: en 1928, en Amérique, on estime qu’à 10 ans l’école est finie. Les enfants noirs sont suffisamment éduqués pour s’épuiser au service des blancs. La famille fait alors le sacrifice de déménager à 200 km pour scolariser Katherine dans un lieu prêt à l’accepter.

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A quatorze ans, elle décroche son baccalauréat avant d’entrer à l’Université d’Etat de Virginie, historiquement noire. Elle en sort diplômée en mathématique et français quatre ans plus tard, couronnée de la mention summa cum laude, la plus haute qui soit. Après quelques années comme maître de maths, français et musique dans une école publique, Katherine, mariée et mère de trois filles, retrouve les bancs de l’université qui l’a formée, en tant qu’enseignante cette fois.

Ordinateurs en jupon

C’est une petite annonce du National Advisory Comitte for Aeronautics qui va changer sa vie. Depuis quelques années, l’ancêtre de la NASA poste des offres d’emploi dans les journaux noirs à la recherche d’employés bon marché pour pallier le manque d’ingénieurs. En 1953, Katherine y intègre un groupe de femmes, surnommées les ordinateurs noirs ou encore les ordinateurs en jupon, affectées aux calculs mathématiques. Laborieuses petites abeilles cantonnées dans un bâtiment bien à l’écart de celui des blancs. Katherine ne s’offusque pas de cet injuste traitement et garde la tête haute: «Mon père nous disait: Vous êtes aussi doués que n’importe qui dans cette ville mais vous n’êtes pas mieux. Ce qui explique que je n’ai jamais eu de sentiment d’infériorité.»

Vers la Lune


© NASA human computers - Katherine Coleman Goble Johnson/wikicommons

C’est à la faveur d’un remplacement qu’elle intègre le service des vols spaciaux, seule femme noire au milieu d’hommes 100% blancs, pour ne plus jamais le quitter. Là, où rien ne compte davantage que cette volonté effrénée de devancer les Russes, ses talents en géométrie analytique la rendent vite indispensable et font oublier sa couleur et son sexe. En quelques décennies, Katherine prend part à toutes les grandes étapes de la conquête spatiale: en 1961, elle analyse la trajectoire du premier Américain lancé dans l’espace lors du programme Mercury.

Un an plus tard, l’astronaute John Glen doit accomplir la première orbite autour de la Terre mais, peu confiant envers les tout récents ordinateurs, il demande qu’elle vérifie manuellement les chiffres de sa trajectoire: «Si elle dit qu’ils sont bons, alors, je suis prêt à partir», lance-t-il aux ingénieurs médusés. En 1969, c’est un grand pas pour l’humanité qu’elle aide à réaliser en déterminant la trajectoire du vol Apollo 11 vers la Lune.

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Il y a quelques mois, alors qu’elle mène une vie paisible de retraitée, entourée de ses trois filles et de leurs enfants, les rumeurs de son décès ont fait frémir médias et réseaux sociaux. Il faut dire qu’à son grand et vénérable âge, 100 ans cette année, la disparition de la vieille dame aux cheveux blancs qu’est devenue Katherine Johnson n’aurait pas été totalement inattendue.

Toutefois, l’émotion que cette fausse nouvelle, heureusement vite démentie, a suscité même au-delà des frontières de son pays en dit long sur la popularité de celle qui est longtemps demeurée une figure de l’ombre.
Décorée en 2017 par Barack Obama de la médaille présidentielle de la Liberté, la plus haute distinction civile américaine, pour ses faits d’armes dans la course aux étoiles, la scientifique garde les pieds sur terre. Lors de ses remerciements, elle lance: «J’ai juste fait mon travail. La NASA avait un problème et j’avais la solution.»

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© Alfred_Seifert_Bonhams/wikicommons

Dans la grande histoire, on retient les noms de Galilée et Copernic, connus tous deux pour leurs recherches autour de la position centrale du soleil dans le système planétaire. Toutefois, dans l’Antiquité, sous les lumières du phare d’Alexandrie, s’est chantée une tout autre mélodie. Quelque dix siècles avant ces deux grands hommes, une femme à l’intelligence et à la beauté remarquables démontrait déjà que la Terre n’était pas une immense étendue plate. Egalement philosophe – et farouchement indépendante –, elle inspirera nombre d’œuvres d’art, dont un portrait dressé par le peintre Alfred Seifert (ci-contre).

On lui doit la construction d’astrolabes et la première théorie sur la forme elliptique du système solaire. Toutefois, en ces temps troublés, elle devient la victime des luttes d’influence entre le pouvoir romain et la religion chrétienne, alors en pleine expansion. Enlevée par des fanatiques au service de l’évêque d’Alexandrie, elle est mise à mort et démembrée, en mars 415.

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