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Anastasia a 32 ans. Elle travaille dans une agence de voyages, se passionne pour le crossfit et binge-watche toutes les séries TV possibles. Sa vie? Elle l’adore. Pourtant, tout son entourage (ou presque) est d’accord pour affirmer qu’elle a un «problème». Elle ne se drogue pas, n’a pas d’addiction au jeu, ne se transforme pas en loup les soirs de pleine lune. Son «problème»? Anastasia est célibataire.

«Dès que je me suis séparée de mon ex, il y a 5 ans, mes proches se sont sentis investis d’une mission: me caser à tout prix», confie-t-elle. Sauf qu’elle, elle n’avait rien demandé. «C’est comme si être célibataire était un défaut, un vide à combler le plus rapidement possible». Et peu importe avec qui: «J’ai eu droit aux dîners arrangés, aux «viens, j’ai quelqu’un à te présenter», aux printscreen Tinder, aux clins d’œil appuyés lors de soirées chez des copains…»

Jalousie ou volonté de bien faire?

Paradoxe: alors que de plus en plus de gens vivent seuls, notre société tolère de moins en moins le célibat. Lorsque l’on n’a pas encore trouvé son âme sœur, c’est forcément que quelque chose cloche (ou que l’on est jaloux du statut de célibataire de ses potes, au choix). Jeanne, 24 ans (!), en fait la douloureuse expérience. «Je suis très bien seule, ma vie est parfaite comme cela. Mais ce n’est pas l’avis de ma famille et de mes meilleures amies… On m’a suggéré de me couper les cheveux/d’aller voir un psy/d’essayer la kinésithérapie.» Au risque de se répéter: Jeanne non plus, n’a rien demandé:

Non, vraiment! Je n’ai jamais dit quelque chose du genre: «Présente-moi tous les mecs plus ou moins célibs que tu connais, je me sens tellement mal.» On a juste décidé pour moi qu’il fallait à tout prix que je sois en couple.

Vous souvenez-vous du film «The Lobster» avec Léa Seydoux, Rachel Weisz et Colin Farrell? On y décrivait un avenir proche dans lequel toute personne n’ayant pas trouvé l’amour finissait transformée en animal. Anxiogène au possible, le long-métrage de Yorgos Lanthimos nous interrogeait sur notre perception de la vie à deux.

Être célibataire, «un état civil plus normal pour les hommes»

La situation n’est certes pas si catastrophique, mais elle pose problème. Une étude suisse réalisée en 2016 par l’agence matrimoniale Parship aboutissait à la conclusion suivante: 41% des célibataires interrogés se sentent mal vus dans la société (le taux est encore plus élevé chez les femmes: 54%). Un quart des hommes et 43% des femmes sont par ailleurs convaincus que la majorité des bien-pensants considère le célibat comme «un état civil plus normal pour les hommes que pour les femmes», note la «Tribune de Genève».

Si l’on ne fait pas bouger les choses à notre échelle, la société ne risque guère d’évoluer. Arrêtons une bonne fois pour toutes de regarder nos copines célibataires de travers. Anastasia, Jeanne et toutes les autres ont le droit de mener leur vie comme elles l’entendent. Avec ou sans Romeo, avec ou sans Juliette (et même avec Romeo et Juliette réunis, si ça leur chante!). Respecter leur choix, ne pas s’immiscer dans leur vie privée et résister à la tentation de leur présenter Paul? Just do it.


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