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#FeminaOpinion: peut-on vraiment tout plaquer pour voyager?

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© Getty

Quand j’étais adolescente, j’étais bien trop peureuse pour imaginer lâcher mon cocon familial plus de deux semaines afin de parcourir le monde. Par curiosité, j’ai toujours suivi d’un œil ceux qui partaient à l’époque en Australie ou même en Nouvelle-Zélande (c’était le trend début des 90ies), vivre de petits boulots et de bières pas chères, six mois ou durant une année sabbatique.

A la vingtaine, je me suis mise en couple rapidement. Encore étudiante, j’avais déjà un compagnon chef d’entreprise, un appart et beaucoup trop de confort pour imaginer tout abandonner pour partir une année traverser la Californie dans un van et goûter ainsi au spleen façon Kerouac. Pourtant si en adéquation avec ma personnalité d’éternelle rêveuse.

Depuis une dizaine d’années, j’ai pu, grâce à mon job de journaliste et mon CDI (merci les congés payés), ma famille et mes amis globe-trotteurs, partir en vacances à l’étranger par quinzaine de jours off, rarement plus longtemps. Mais peu importe, car je suis heureuse d’avoir découvert à mon âge déjà, la grande majorité de l’Europe, le Japon, l’Asie et mes adorés Etats-Unis (Hawaii, San Francisco, L.A, New York, la Nouvelle-Orleans, Miami en passant par Las Vegas et ses beautés sauvages de parcs nationaux). Tout cela avant l’arrivée de l’ouragan Trump.

Il y a trois ans, j’ai été terriblement marqué par la disparition de ma mère, et quand le téléphone a sonné ce jour-là pour m’annoncer l’inimaginable, je m’étais jurée de ne plus jamais passer mon badge dans l’entreprise qui m’embauche depuis 2009.

Et pourtant… 36 mois plus tard et des miettes, je suis toujours dans ce même open space. Avec une routine de bureau réglée comme un coucou suisse ou presque. Avec les yeux qui brillent dès qu’on raconte sur Femina.ch des parcours de vies inspirants comme l’histoire de Katy Collins. Un article que vous avez partagé plus de 11 milles fois sur les réseaux sociaux! Larguée trois mois avant son mariage, l’Anglaise est partie faire le tour du monde. A terre, face à ce coup du destin (et d’un gros con), la jeune femme s’est relevée, a fait le tour de l’Asie, publié un livre inspiré de son blog «Not Wed or Dead» («Ni mariée ni morte») et enfin rencontré l’amour avec un grand A. En la personne venue l’interviewer sur sa sortie littéraire… Preuve que les happy end ne sont définitivement pas réservés aux films de Disney ou aux comédies romantiques diffusés sur Netflix (ne lisez ici aucun sentiment d’expérience personnelle).

Génération «on efface tout et on recommence»

Et des exemples de ce genre de filles qui plaquent tout pour «rebooter» leur vie en mode «On the road», et bien le Web en publie chaque jour que Dieu fait. A l’image de cet autoportrait sincère et viral, «J’ai trente ans, j’ai quitté mon CDI et je suis heureuse». Toute cette tendance est d’ailleurs parsemée de bons plans d’internautes (My Travel Dreams), comptes Instagram (Go-Van), témoignages de voyageurs, forums pour préparer son trip sur mesure (Travelise)… C’est facile, essayez de cliquer dans la recherche Google «tout quitter pour voyager», il y a plus de 400 000 résultats en moins d’une seconde. De quoi nous donner le vertige. La promesse d’une herbe plus verte ailleurs n’a jamais autant inspiré notre monde moderne.

Mais aujourd’hui, à 34 printemps, je me pose les mêmes questions qu’à l’époque de mes 18. Comment font ces nénettes pour dire bye à leur quotidien, leurs attaches, leur appartement… Quelles sommes ont-elles économisé pour s’offrir une vie boulevard du paradis? Quels sacrifices ont-elles dû faire pour ne plus payer de factures? Plus spirituellement, que pensent-elles apprendre sur elles-mêmes sous d’autres latitudes? Et plus pragmatiquement, où ont-elles trouvé le courage d’embarquer seules sans se retourner?


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Des rêves, encore plein la tête, comme celui de vivre six mois dans le désert californien, je me dis finalement que cet engouement pour une vie «jamais sans mon barda» n’est probablement pas pour moi.

«Travailler pour vivre», et pas l’inverse

Mais comme je la comprends, cette génération Y (ce sont clairement les 25 – 35 ans qui sont concernés par cet exode international), qui, de burnout en coup de blues, décide de couper court à la scoumoune professionnelle ou privée en prenant le large. A l’instar de mon amie Sylvia qui a perdu également sa maman d’un cancer il y a peu. La jeune trentenaire sillonne la planète depuis novembre 2016 avec 7000 euros en poche. Elle m’a conté son trip et m’a confirmé que sa priorité à elle était bien de vivre, le travail pourra attendre:

Après le décès de ma mère, j'ai décidé de quitter mon job de rêve (réalisatrice de deux émissions télé pour enfants, où je devais filmer des avant-premières ou mes potes pendant des compétitions de surf ou snowboard). J'ai commencé mon voyage en traversant l'atlantique sur un cargo. Ce fut une expérience incroyable, j'ai vécu trois semaines à bord et partagé la vie des marins, je suis même tombée amoureuse de l’un d’entre eux. Arrivée à Montevideo, c'était le début de mon trip à travers l’Amérique du Sud. Je suis restée dans une famille et ai vécu avec eux pendant deux semaines. Ça m'a fait beaucoup de bien d'atterrir ici après le navire car j'avais le cœur brisé. J'ai réapprivoisé la civilisation et retrouvé l'envie de continuer mon périple.

Une photo publiée par zzcrew (@zzcrew) le

«Quand tu voyages seule, tu n'es jamais vraiment seule»

Sylvia m’a également raconté comme il est finalement difficile de se retrouver vraiment «Seul au monde» comme Tom Hanks dans le film éponyme. Même à l’autre bout de la planète, «tu rencontres toujours plein de monde» me disait-elle. Pêle-mêle, la Savoyarde basée à Paris s’est retrouvée à prendre en stop un homme avec une tronçonneuse dans la pampa uruguayenne. Puis elle a rencontré un chirurgien sri lankais australien (né dans un camp de réfugié) à Valparaíso et commencé l'année 2017 dans ses bras… A La Paz, l’aventurière - par nature très sociable - a même bossé comme barmaid.

Une photo publiée par zzcrew (@zzcrew) le

Si on s’imagine que son voyage n’est que romances et fuite délibérée en avant, on se trompe, la baroudeuse n’oublie pas de préciser qu’elle va bien finir par rentrer travailler un jour (il lui reste à visiter le Pérou, Mexico City ou Toronto). Elle a, par ailleurs, bien conscience que peu importe la durée du séjour, la beauté des paysages ou l’adrénaline provoquée par la multitude des contacts humains, que tout cela n’est pas une fin en soi.

Peines de cœur mis à part, la story de Sylvia vous a inspirée? Vous êtes peut-être alors en train de taper sur Google «tout quitter pour voyager»… A contrario, vous n’avez tout bonnement pas encore les «cojones» de dire adieu à vos jours de paie? Prétextez (je le ferai aussi) que vous ne souhaitez pas alourdir le bilan carbone de la planète. Un peu snob, mais tellement 2017.

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