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Chaque année, près de 5400 femmes en Suisse reçoivent un diagnostic de cancer du sein. Or, il n’y a pas que leur existence que cette annonce bouleverse de fond en comble. Leurs conjoints et enfants se retrouvent aspirés avec elles dans un quotidien empreint d’angoisses et d’incertitudes, où plus personne n’a l’impression de maîtriser grand-chose. Et ce sont eux qui se retrouvent au front, qui s’engagent et accompagnent, servent de confident, parfois d’exutoire, récupèrent la malade après ses traitements, découvrant avec un certain effroi ce que les termes «effets secondaires des chimiothérapies» signifient, et gèrent tant bien que mal le quotidien. Si leur soutien est indispensable, ils ne sont guère l’objet d’attention. Témoignages d’un fils et d’un mari.

Geoffrey Vauclair, 35 ans

«C’est mon père qui m’a annoncé, il y a deux ans, que ma mère avait un cancer du sein. Elle le savait déjà depuis quelques semaines, mais l’avait gardé pour elle: elle ne voulait probablement pas que ça perturbe la vie des autres.

Sa tumeur devait être réduite avant d’être opérée. Elle a donc subi d’abord une chimiothérapie. C’est là qu’elle a commencé à aller vraiment mal. Ma mère a toujours été forte, physiquement et dans sa tête. Jamais je n’aurais cru qu’un traitement pouvait être aussi violent.

Les deux premiers jours, tout allait bien. Et puis, je suis passé la voir. Je l’ai trouvée dans sa chambre, allongée, toute blanche, les yeux fermés et enfoncés dans les orbites… Je n’ai pas osé la toucher, j’ai cru pendant quelques secondes qu’elle était morte. Durant cette période, elle n’a été plus que l’ombre d’elle-même, et dormait pendant une grande partie de la journée.

J’ai beau penser que les médecins savent ce qu’ils font, je ne peux pas m’empêcher de me poser des questions. Les effets des traitements vont bien au-delà des cheveux qui tombent, des vomissements… Ma mère n’a pas vomi, par exemple. Mais sa peau est devenue froide et sa personnalité a changé. Elle n’est plus la même: tout le temps épuisée, souvent nerveuse, sauf avec ses petits-enfants. Elle fait de son mieux, mais je pense que pour mon père, c’est extrêmement dur.

Elle a mieux supporté son opération, tout comme le traitement par voie orale qu’elle suit maintenant. On la récupère gentiment. Mais je sais que cela prendra des années. Courage maman!»

Jean-Claude Schindelholz, 52 ans

«Mon épouse a eu deux diagnostics de cancer du sein. Le premier, en 1994, au sein droit. Le deuxième en 2005, au sein gauche. En 1994, le diagnostic nous a été annoncé un soir, au téléphone. Son médecin nous attendait à son cabinet le lendemain. Un choc terrible. Lorsqu’il nous a expliqué comment se déroulerait la prise en charge, j’ai eu l’impression d’être bombardé d’informations médicales, mais que personne n’était là pour moi ni pour me dire où chercher de l’aide. Il n’a été question que de la malade. Elle a d’abord subi une opération, puis une chimiothérapie et une radiothérapie. Je l’ai accompagnée à presque chaque séance, mais j’ai fait l’énorme erreur de ne parler à personne. De retour à la maison, je prenais la fuite, j’allais marcher des kilomètres en forêt. En fait, je suis parti en vrille.

En 2005, lorsque le nouveau diagnostic est tombé, je savais où j’allais et ce qui m’attendait. Je voulais être présent pour elle, je me suis fait aider. Elle a eu les mêmes effets secondaires: perte poids, perte de cheveux, elle était cassée, fatiguée, écoeurée par certaines odeurs. Mais cette fois, je savais, par exemple, qu’il ne fallait pas que je mette tel après-rasage ou que je cuisine tel plat, pour ne pas la dégoûter. Ce sont ces petites choses qui vous améliorent la qualité de vie.

Avec le temps, vous regravissez peu à peu l’échelle d’où vous étiez tombé, mais la vie normale, vous ne l’avez plus. Chaque année, il y a des contrôles, cette menace, cette pression. Et il faut vivre avec.»

Cette année, dans le cadre de sa campagne d’octobre «Unis contre le cancer du sein», la Ligue suisse contre le cancer a fait poser des hommes connus –Bernhard Russi, Heinz Frei, Franco Marvulli, Sergei Aschwanden et Massimo Busacca – aux côtés d’une femme qui leur est proche. Une autre façon de souligner l’importance de l’entourage pour les malades.

Plus d’infos

La Ligue suisse contre le cancer a publié la brochure «Accompagner un proche atteint de cancer» www.liguecancer.ch/

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