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Bastian Baker chante 26 heures sur 24. C’est sa mère qui le dit. On la croit. Il ne le fait pas exprès: il ne peut pas s’empêcher de fredonner. Entre deux phrases d’interview, dans les petits espaces de silence, il chantonne. En anglais, toujours. Pourquoi, d’ailleurs? persiflent les amuseurs publics dans leur pastiche du jeune chanteur suisse. «Ici, la plupart des gens ne comprennent pas la langue d’Harry Potter» (son premier livre de chevet). Et alors? «Je peux dire les pires horreurs dans mes chansons, personne ne comprend», ironise l’impertinent. Sinon? C’est une question de mélodies. Les siennes ne s’harmonisent pas encore avec sa langue maternelle. Il a bien précisé «pas encore», pour sous-entendre que son travail d’artiste est un work in progress. Une philosophie héritée de sa vie d’avant. Cette vie de sportif de haut niveau où les petites et grandes victoires se gagnent step by step.

Hockeyeur prometteur, Bastian Baker a joué en ligue nationale. Comme son père, Bruno Kaltenbacher, de qui il tient son sens du perfectionnisme, de l’effort. Des valeurs distillées dans de petites phrases qui ressemblaient un peu à «rien ne tombe du ciel». «Lors d’un match, j’avais marqué six buts, j’attendais les honneurs paternels. Je me souviens que mon père avait relevé abondamment une faute dans mon jeu mais n’avait guère disserté sur ma prouesse.» Pour autant, Bastian Baker n’a pas été élevé à la dure. Au contraire.

«J’ai grandi à Villeneuve, au bord du lac, avec de l’amour, deux sœurs plus jeunes que moi, beaucoup d’espace.» Et puis Queen, Simon and Garfunkel en fond sonore. Les standards qu’écoutaient ses parents. Des inspirations qui imprègnent sa petite enfance. Qui ne sont jamais très loin de ce qui le fonde. Même si celui qui se prénomme encore Bastien (avec e) ne sait pas que la musique finira par l’emporter sur tout le reste. Le reste, c’est donc le hockey. Ou plus exactement le hockey ET l’école. Oui, il a été bercé par la petite formule que scande la majorité des familles: «Passe ta matu d’abord.» Il faut dire que sa mère est enseignante. Alors pas question de badiner avec la chose scolaire. Du coup, il suit la filière sport-études, découvre le tennis, entre au Conservatoire. Sans broncher. Enfin si, un peu quand même. «Je n’étais pas très bon élève au Conservatoire. La musique sans les paroles, je ne comprenais pas bien le concept.»

Il crée, il réfléchit, il ose

Il est vrai que le jeune garçon est prolifique. A 7 ans, il a déjà écrit des centaines de textes et créé un groupe, Les Tigres de Feu. Trois ans plus tard, il enregistre son premier album a cappella au festival de Montreux. Les parents? Ils sont toujours là en soutien, pour accompagner chacun de ses pas vers ces univers qui le captent, le captivent aussi. Après, il y a l’uni. Forcément. Toujours ce principe transmis par ses proches et qui consiste à mettre le plus d’atouts possibles dans sa manche. L’étudiant Baker (ah oui, son nom d’artiste est la terminaison anglicisée de son vrai nom de famille) s’inscrit en histoire. Curieux, pour quelqu’un qui possède une maîtrise presque innée des langues (il parle couramment l’allemand, l’italien, l’espagnol, l’anglais version outre-Atlantique). Sans compter que, doté d’un esprit toujours aux aguets, il continue d’en assimiler de nouvelles. Il vient de mémoriser quelques phrases de japonais. Ça l’amuse autant que ça l’intéresse, toutes ces ballades (avec un ou deux l) linguistiques – tiens, à propos, il n’a pas l’accent vaudois.

Au fil de ses voyages devenus plus incessants depuis qu’il s’est hissé au rang de vedette internationale, il a un peu disparu. Certes, iI a traversé trente-cinq pays. A 24 ans, ça donne le vertige. Mais c’est un hyperactif de la scène. De toutes les scènes: celle de la porte de Brandeburg (Berlin) devant plusieurs centaines de milliers de personnes, celle d’un petit bar alternatif face à une poignée d’aficionados. Alors? Il manque de sommeil, il est fatigué, affirme sa grand-mère maternelle dont il est très proche. «J’ai gardé ma chambre d’étudiant chez elle, à Lausanne. J’aime nos instants complices quand je lui fais décou vrir mes nouveaux titres. Quand je répète dans son salon.»

Ne pensez surtout pas que l’artiste a tout plaqué, sport et fac, du jour au lendemain. Taratata, répondrait l’animateur français Nagui, producteur de l’émission du même nom. L’un des premiers à avoir repéré son talent et ses jolis yeux verts et à l’avoir propulsé sur le devant de la scène française. «Avant d’imaginer une carrière de chanteur, j’ai longuement réfléchi.» Le hasard et la chance réunis lui ont permis de rencontrer l’homme d’affaires vaudois Patrick Delarive. Le déclic. Et avec le succès, les plateaux de télé qui s’enchaînent, la notoriété qui prend l’ascenseur, l’ego devient-il volumineux? «C’est le phénomène inverse qui s’est produit. Je faisais davantage le petit malin avant d’être connu et reconnu.» Ah bon? «Je me sens si privilégié que je n’ai aucune envie d’abuser de ce statut.» Et puis? «Dans mon premier album, j’ai beaucoup évoqué le mal-être qui chahute l’adolescence. Les centaines de lettres que j’ai reçues, souvent de très jeunes gens, m’ont rendu humble. Elles m’ont fait prendre conscience de la fragilité des choses.»

De toute façon, l’auteur-compositeur-interprète a une parade pour lutter contre la tentation égotiste. L’humour et la dérision. Ces choses de l’esprit qui installent la bonne distance entre ce que l’on fait et ce que l’on est. Bastian le rationnel sait faire le pitre. Dans la vie et sur scène. «Après un concert où j’avais prolongé les intermèdes parlés, j’ai demandé à ma mère ce qu’elle avait pensé du spectacle. Elle m’a répondu avoir beaucoup ri. J’ai compris que je devais me recentrer sur la chanson.» Certes, il n’a pas fini d’apprendre. A jamais imprégné de cette culture d’«une étape après l’autre». Un jour, il fera du cinéma. Il n’est pas pressé. Il a encore envie d’écrire des textes. Il aime tremper sa plume dans la vie pour retranscrire des extraits de réalité. Des histoires sombres comme dans son dernier album, «Facing Canyons». Car il n’a plus peur du trouble qui monte dans la salle. Bastian Baker le Magnifique (l’évocation de son nom sème l’émoi) a gagné en audace.

Questions d’enfance

Mon premier souvenir musical «The show must go on», de Queen. J’ai été littéralement soufflé par ce titre. Par l’énergie, la puissance de Fredy Mercury.

Un film qui m’a marqué «Sugar Man», qui relate l’histoire de Sixto Díaz Rodríguez, ouvrier maçon devenu auteur-compositeur-interprète. Sans succès dans son pays, il devient une idole en Afrique du Sud. Le film raconte comment un journaliste retrouve sa trace.

Un plat aimé Un plat italien, n’importe lequel. Mais aussi la fondue et toutes les spécialités suisses.

Un parfum L’odeur qui vous enveloppe quand on pénètre dans une voiture neuve. Parce qu’elle me rappelle celle des voitures de location que mes parents louaient lorsque nous allions aux Etats-Unis.

Une phrase qui me revient Ma mère nous disait toujours: «Eteins la lumière, pense aux ours polaires. J’avais de la peine à faire le lien entre les deux éléments.

Un vêtement préféré Une veste en cuir. Déjà. Comme celle que je porte aujourd’hui.

Un concert Les «Mumford and Sons», groupe de rock et de musique traditionnelle anglais qui avait enflammé la scène bernoise.

Légendes de gauche à droite: Bastian Baker enfant, même visage d’ange. De cette enfance choyée, le chanteur suisse garde des souvenirs pleins de vie. Il aurait pu être hockeyeur, comme papa. Ado, à Villeneuve: repas en famille avec ses parents et ses deux sœurs.

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