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Anna Chedid, la musique dans la peau

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© Patrick Fouque/Paris Match/Contour by Getty Images

Avec les Chedid, trois générations d’artistes, on se met à douter des fluctuations aléatoires de la génétique tant l’histoire bégaie. Tel un refrain qui s’obstinerait à tourner en boucle. Nouvelle variation d’une saga polyphonique amorcée par Andrée, unique maillon littéraire d’une lignée devenue musicale, Anna étrennait ses propres partitions en avril 2015. Comme ses frères (Matthieu alias M, Joseph alias Selim), la petite dernière du clan a choisi d’avancer masquée, se taillant une identité sur mesure: Nach, pont entre la fin de son prénom et le début de son nom.

Un besoin de distance. Une manière de dissocier sa face A de sa face B, de pactiser avec une dualité dont elle a détecté très tôt les symptômes: «Petite, j’étais timide. J’avais peur de tout et même de moi-même. Avec des inconnus, il arrivait que je ne desserre pas les dents. Je me mettais en retrait, j’observais. En revanche, dès qu’il s’agissait de chanter ou de jouer la comédie, je sortais de ma coquille. Je devenais la rigolote de service. Ce cocktail d’audace et de candeur faisait marrer tout le monde.» Désormais mieux armée pour affronter les soubresauts de l’existence, l’incandescente brune avoue ne pas avoir changé fondamentalement. Si, à 28 ans elle est toujours désinhibée et expansive sur scène, sensible et réservée au quotidien, elle a appris à composer avec le double tempo qui rythme ses jours.

Futur programmé

Prête à explorer le disque dur où sommeillent ses souvenirs, ceux-là mêmes qui parfois s’effacent et qu’elle a croqués en chanson dans «Ce qu’ils deviennent», l’auteur-compositeur-interprète en extirpe le plus lumineux, le plus lointain: «J’ai eu la chance d’aller voir mon père en concert très tôt, à 3 ou 4 ans déjà. Ces instants étaient ceux que je préférais.» L’émerveillement initial, premier détonateur d’un futur programmé mais réinventé, ne va pas tarder à être nourri par d’autres éblouissements, d’autres ferveurs déterminantes. «Ce qui m’a vraiment donné le goût de la scène? Les comédies musicales. J’y étais accro. Mes favorites: «Un Américain à Paris», «Drôle de frimousse». Mon héros, mon modèle: Fred Astaire.

Danser, chanter, jouer, je trouvais tout ça chic, joyeux, coloré, raffiné… C’est le genre de vie que je voulais avoir.» Résultat: la cadette s’initie à la pratique des claquettes. Aux heures ingénues, un autre registre plus classique allait allumer le feu d’une passion inconditionnelle: le timbre de Maria Callas. «Sa voix m’a bouleversée. C’était sublime, spirituel, divin. Moi qui n’appartiens à aucune chapelle, j’avais découvert ma religion.»

A ces influences et pour affiner les prémices de ses sources d’attraction, il faut encore ajouter une corde de résonance: le piano. Un complice qui lui permet de se distinguer de ses pairs. Car dans la tribu Chedid la guitare se conjugue toujours au masculin. Cet inventaire serait incomplet si on omettait d’y insérer la touche verbale. Comprenez: la plume de grand-mère Andrée, ou plutôt le porteplume et le cahier rouge que cette grande dame de l’écriture, auteure et poète, allait offrir à sa petite-fille. Un cadeau qui a agi comme un révélateur, lui inoculant la passion des mots.

Née au mauvais moment

Délaissant le concertino de ses inspirations enfantines, la fille aux racines orientales s’amuse à rembobiner d’un coup la bande-son de sa destinée. «Je suis née au mauvais moment, celui de la séparation de mes parents. Le fait de ne les avoir jamais connus ensemble a été une vraie blessure. J’ai souffert, mais ce revers m’a permis de me construire, de me renforcer.»

Louis, le papa chanteur, étant accaparé par sa carrière, la benjamine grandira essentiellement auprès de Marianne, journaliste et styliste. «Ma mère est une rockeuse. Et ses 70 ans n’ont en rien tempéré son ardeur. Elle m’a transmis son ouverture, sa tolérance. Attentive à préserver les liens, elle est le ciment de la smala. Dans la mise en place de la tournée 2015 des Chedid, son rôle n’est pas négligeable.»

Si l’absence paternelle était compensée par des relations très intenses, à l’adolescence elle éprouvera toutefois le besoin de partager, brièvement, le même toit que son père. Se prêtant avec grâce au petit jeu des ressemblances avec ses proches, elle poursuit: «Mon côté dynamique, énergique et travailleur, je le dois à ma mère. Cette débordante fougue est tempérée par l’héritage que mon père m’a légué, la sagesse, le recul.»

A reconstituer le puzzle du passé, voilà qu’on déniche une autre pièce maîtresse: Joseph, son frère d’un an son aîné, son alter ego. «On se ressent, on n’a pas besoin de parler pour se comprendre. On est aussi étroitement connectés que des jumeaux.» Symbiotiques, ces deux-là partageront tout. Unis comme un tandem, mais pas idem.

Véritables anges gardiens veillant sur le duo, Matthieu et Emilie, respectivement âgés de 15 et 16 ans de plus qu’Anna, sauront orchestrer leurs jeux mieux que personne. «Ils nous ont hyperchouchoutés. Maman étant très occupée par son travail, ils nous gardaient souvent. Avec eux, on faisait de la musique et on participait à de petites vidéos, tournées par ma sœur, réalisatrice.» Un coaching maison qui sera prolongé, Anna ayant fait ses gammes en tant que choriste de M.

Suite logique, Nach se résout à son tour à prendre la clé des… chants. Se l’appropriant avec brio: deux trophées (prix Raoul-Breton et Femmes en or) sont déjà venus saluer son premier album (distr. Universal Music). Signe que bon sang ne saurait mentir.

Questions d’enfance

Une odeur d’enfance Celle qui émanait des roses trémières et du jardin, le matin, lorsque je passais la porte de notre maison de campagne. Cette demeure était le lieu où la fratrie se retrouvait, tous les week-ends, autour de ma mère.

Le vêtement dont elle était fière Pour faire la première partie d’un concert de Matthieu, je m’étais approprié une robe du soir bien trop grande pour moi. Vous m’imaginez juchée sur des talons, chantant, à 8 ans, «Dieu m’a donné la foi» d’Ophélie Winter!

Son premier amour Il s’appelait Thomas. J’avais 5 ans, mais on était vraiment très amoureux. Inséparables, on se tenait par la main, on se donnait des p’tits bisous. Entre nous, c’était si fort que nos mères ont fini par se rencontrer.

Les premières vacances Notre escapade en Egypte avec ma mère. Louxor, les pyramides du Caire… que de souvenirs merveilleux! En plus, j’avais l’impression de croiser mon frère Joseph, qui a une vraie tête d’Oriental, à chaque coin de rue.

Son jouet fétiche Sans hésitation, le piano. C’était mon terrain de jeu, on m’y a initiée très tôt, vers 3 ou 4 ans.

Son dessert enchanteur La tarte aux framboises qu’on achetait et qu’on dégustait au coin du feu, le dimanche, dans notre maison de campagne.

Pause tendresse entre Louis, 39 ans, et la petite dernière du clan Chedid, née le 2 février 1987.
Deux frimousses, celles de Joseph et d’Anna.
Déguisée, la fratrie au grand complet: Anna, Joseph, Emilie et Matthieu.
Dans le visage de Marianne, jeune, on reconnaît Anna, sa fille.

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