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Dans les nouveaux bureaux des éditions de l’Âge d’homme, véritable dédale de bouquins, Andonia Dimitrijevic a l’air plutôt zen. Une prouesse. La jeune femme de 30 ans à peine a vécu un semestre «chargé», tant sur le plan professionnel que personnel. Son papa Vladimir Dimitrijevic, qui avait fondé les éditions de l’Âge d’homme en 1966, est décédé dans un accident de voiture en juin dernier alors qu’il effectuait l’un de ses nombreux allers-retours entre Lausanne et Paris pour son travail. Un événement tragique qui a propulsé Andonia dans le rôle de directrice de la maison d’édition.

«Directrice… C’est l’œuvre de mon papa, ça fait bizarre d’être mise en avant pour ça», dit-elle d’une voix douce. Et puisque l’Âge d’homme est une histoire de passion familiale, le compagnon d’Andonia et père de leur futur enfant a rejoint l’aventure récemment. «A la mort de mon papa, Jonathan s’est rendu compte de la montagne de travail. Il a quitté son boulot pour nous aider.»

Avec son pull noir pailleté, ses longs cheveux bruns, ses piercings dans les deux joues – Elle «aime la symétrie» -, dans la lèvre inférieure et le sourcil, elle n’a pas ce que l’on pourrait appeler le profil type de la working girl. Mais depuis quelques mois, elle prend son rôle à bras-le-corps, entourée de la petite équipe de passionnés qui constitue l’Âge d’homme. Avec une librairie à Paris, deux à Genève, des locaux à Lausanne, des dépôts en France voisine et en région parisienne, le développement des collections qui ont fait la renommée de la maison et le lancement de nouveaux projets, le challenge est de taille. Mais il ne semble pas déstabiliser Andonia Dimitrijevic pour autant.

«Il faut réussir à récupérer une vision d’ensemble. Quand on reprend une affaire, il faut structurer toutes les entités, savoir vers quoi on se dirige. J’aime les situations claires. Bien sûr nous voulons garder les traditions de la maison, comme les textes slaves, mais également axer sur de nouveaux auteurs, de nouvelles collections. Et il y a déjà 4500 titres à gérer!»

Le déménagement tout frais de la maison d’édition est aussi un moyen d’aller de l’avant. Après 45 ans à la tour Bel-Air à Lausanne, l’équipe a dû dénicher un nouveau local. Bureaux et stocks se trouvent maintenant à un jet de pierre de la place Saint-François. Ici, les employés travaillent dans un sacré labyrinthe formé par les stocks de livres! Andonia Dimitrijevic sourit en contemplant les cartons autour d’elle. «Il y a eu beaucoup de tri à faire, mon papa ne jetait rien. Le dernier jour où je l’ai vu, juste avant son accident, il est venu dans ce nouveau local. Il m’a dit: «Ah, c’est bien!»

Si le passage de témoin se fait si naturellement, c’est que la jeune femme baigne dans les bouquins depuis sa plus tendre enfance. A sa naissance, ses parents avaient déjà fondé les éditions depuis 15 ans. «Ma maman était une personne exceptionnelle qui a créé l’Âge d’homme avec mon père. Elle était discrète, mais très active.» Andonia grandit à Lausanne, et dit découvrir son papa «par les livres».

Lorsqu’arrive la fin de l’école obligatoire, elle n’a pas la moindre envie de faire un apprentissage, ni de se lancer dans des études. A l’âge de 16 ans, elle fait donc une entrée discrète mais déterminée au sein de la librairie de son père, place Pépinet à Lausanne. «J’aimais être là-bas, il y avait une chouette équipe, on pouvait me former. J’ai été aide-comptable, je me suis occupé des arrivages, j’ai testé plusieurs secteurs. Evidemment, après un certain temps, des employés sont partis. Moi qui étais très timide, j’ai été obligée d’aller à la vente! Je redoutais beaucoup!»

Mais passée la crainte, Andonia découvre le bonheur de l’échange. «C’était une grande surface avec une clientèle fidèle. J’ai adoré le fait de sortir un livre, partager ma découverte après avoir lu un texte qui me plaisait.»

Dans ces mêmes années 1990, la jeune femme voit son père traverser une période difficile. Ce dernier, publiant des ouvrages pro-serbes durant la guerre civile en Yougoslavie, se fait critiquer de toutes parts. «Cela n’a pas été agréable de lire certaines choses sur lui, qui avait surtout une belle ouverture d’esprit. C’est sûr, des livres engagés sont sortis sur ces thèmes. Mais aussi sur l’opposé. Son but était de combler les lacunes et d’apporter un regard critique. Moi je le vois comme ça. Cette histoire l’a poursuivi, mais j’espère que la page est tournée.»

En 2002, le magasin ferme ses portes. La jeune femme qui s’était habituée au contact avec la clientèle passe alors du côté de l’édition. Réception, comptabilité, tri du courrier, secrétariat, facturation, gestion des stocks, coups de main à la diffusion… «Ici on est tous multifonctionnels!»

Les éditions de l’Âge d’homme se retrouvent aujourd’hui avec, à leur tête, une jeune directrice qui a consciencieusement testé chaque maillon de la chaîne. Et qui ne craint pas d’ouvrir de nouveaux chapitres à la belle histoire créée par son père. «Il est important de tirer son épingle du jeu.».

L’un des projets qui lui tiennent à cœur: apporter une recherche esthétique aux couvertures des livres qu’elle édite. Car si pour Vladimir Dimitrijevic l’apparence était «accessoire», Andonia ne partage pas cet avis. «J’aime les objets, c’est agréable d’avoir un joli livre.» La jeune femme projette également de lancer la collection de livres ésotériques en format poche. Un thème qui lui correspond à titre personnel et qui rejoint certains de ses intérêts comme le cinéma, le dessin, la musique alternative ou la new wave.

Dans l’immédiat, elle prépare l’anniversaire des 45 ans des éditions. Une fête se déroulera à Paris le 26 novembre à la mairie du Vie arrondissement en présence des auteurs et des directeurs de collections, une seconde fête publique aura lieu dans les nouveaux locaux à Lausanne le 9 décembre. L’occasion également de rendre un hommage appuyé au fondateur de la maison d’éditions. Pour Andonia Dimitrijevic, le véritable hommage se situe certainement dans cette relève qu’elle assure avec une sérénité et une détermination à toute épreuve.

Pierre-Antoine Grisoni, www.strates.ch
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